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Interview Flashscore - Jaouad Belmehdi : "J'aurais pu perdre un bras, voire y rester"

Jaouad Belmehdi
Jaouad BelmehdiJAMES CHANCE / GETTY IMAGES EUROPE / GETTY IMAGES VIA AFP

Victime d'une infection avant son championnat d'Europe des super-plumes contre Josh Padley en janvier dernier, Jaouad Belmehdi (28 ans, 23-3-3) a connu un très grave problème de santé, un changement de staff et une période psychologiquement difficile. Remonté en léger, il affronte Mace Ruegg (26 ans, 12-1-0) à Metz le 18 septembre, avec la même ferveur et la même ambition.

Flashscore : Votre année 2026 a été très agitée et vous revenez dans le ring le 18 septembre, cette fois en léger ?

Jaouad Belmehdi : Je suis remonté en léger après être descendu en super-plumes par rapport aux opportunités que je pouvais avoir. Je suis un vrai léger et je forçais trop pour être au poids en super-plumes. Après ce qui m'est arrivé lors du championnat d'Europe contre Josh Padley, j'ai décidé de revenir à ma catégorie initiale et de faire en sorte de revenir au plus haut niveau. 

Nous nous étions parlé deux semaines avant le combat et vous étiez visiblement fatigué. Ce n'était pas que par rapport à l'intensité de votre préparation, il y avait autre chose de plus grave pour votre santé. 

Ma contre-performance est due à quelque chose de grave : j'ai failli mourir, tout simplement. Le chirurgien m'a dit que j'étais un miraculé car j'aurais pu perdre un bras, voire y rester. Dieu merci, je m'en sors indemne. Au moment de notre interview, j'avais déjà ce ganglion sous l'aisselle mais je n'y portais pas attention. Mais lors de la fight week, j'ai commencé à me sentir mal. Je suis monté dans le ring avec 40 de fièvre, j'aurais perdu contre n'importe qui. J'ai été très bête, en plus je m'étais séparé d'avec mon entraîneur pendant la préparation, je n'avais plus de coin et personne pour me dire de ne pas y aller. J'y suis allé mais c'était impossible. Tu peux avoir la plus grande des envies mais si tu n'as pas d'essence. C'est frustrant parce que ça fait mille ans que j'y ai droit à cette ceinture européenne. J'étais convaincu de le battre, même chez lui. Mon combat précédent, je perds en Chine contre Can Xu, mais lui c'était une pointure. Padley ne tape même pas fort. 

Vous avez ignoré la douleur mais vous avez failli le payer très cher.

Mon bras était en train de pourrir. J'ai été opéré en urgence à mon retour en France. Le chirurgien m'a demandé si j'avais boxé dans cet état. En fait, le ganglion avait explosé et j'ai eu un début d'infection. Au moindre coup, mon bras se gorgeait de ça. J'ai passé un moment compliqué, également mentalement. J'étais dans les eaux profondes. Ma foi m'a beaucoup aidé. C'est rageant parce que je n'ai jamais eu peur d'affronter quelqu'un. C'est dur à accepter. Je n'ai pas voulu écouter le roi des mondes et j'ai failli mourir alors que j'ai une femme et des enfants. 

Comment s'est passée la rééducation ?

Je n'ai rien pu faire pendant deux mois. Une infirmière me mettait des mèches dans le bras parce que l'infection avait rongé le muscle. Mais je suis vraiment un taré : je n'ai pas écouté, je n'ai pas voulu attendre et mon bras s'est de nouveau infecté. Le chirurgien a été clair avec moi : si je continuais comme ça, le prochain coup je perdais le bras. Il n'a plus eu besoin de me le redire. J'ai repris du poids et c'est une renaissance pour moi aujourd'hui. 

Vous avez changé de staff ?

Oui, je suis au Boxoum de Toulouse avec la famille Oumiha. Je garde la même ambition. Mon manager voulait me donner un petit combat de rentrée mais j'ai réclamé un bon adversaire. J'ai validé le profil de Mace Ruegg qui a déjà boxé dans les soirées de Queensberry. C'est peut-être un défaut mais je boxe parce que j'aime ça et parce que j'aime me challenger. Il y a un peu d'ego. Je veux retrouver la scène internationale, me régaler, prendre du plaisir, me battre. 

Boxrec vous a déjà reclassé chez les légers et vous êtes 89e mondial et numéro 1 français. Une victoire vous permettrait de faire un bond dans la catégorie. 

Je veux retrouver les gros combats car une fois qu'on y a goûté, tu ne veux faire plus que ça. On prendra ce qu'il y a à prendre. Je suis un drogué de boxe, j'aime trop ça ! Le ring, c'est là où je me sens en paix. Inactif, j'étais malheureux, j'avais perdu la gnaque. C'est un sport ingrat. Quand tu repars du bas, c'est difficile à l'entraînement, tu ne trouves plus ton placement, tu en prends plein la gueule contre des amateurs. Ça revient, je reprends du poil de la bête et je ne lâche rien.

Le Boxoum est l'un des plus grands clubs de France. Ça se passe comment ? 

C'est ce qui se fait de mieux, aucun doute là-dessus. Je suis de Béziers donc hors préparation, je prends le train jusqu'à Toulouse trois fois par semaine et en période de combat, je suis à 100% au club. Ça peut paraître difficile mais j'ai le choix : soit j'arrête, soit je me donne les moyens comme il faut. Mehdi Oumiha, c'est mon frère, ça fait des années qu'on travaille ensemble et son écurie, ce sont des tueurs à gage, une usine à champions. 

Vous êtes sur une belle carte à Metz, avec notamment la défense d'Ibrahim Boukedim pour la WBC Youth des coqs. Vous prenez un vrai risque en plus, c'est un gros 8-rounds. 

C'est moi ça, je ne veux pas faire les choses en petit. C'est ça qui me donne envie de m'entraîner et de croire en mes rêves. Et on n'arrivera pas à me changer (rires).