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Peut-on croire en un regain d'intérêt pour la boxe en France grâce à Flora Pili ?

Flora Pili
Flora PiliČTK / imago sportfotodienst / IMAGO

Challengeuse de la légende Katie Taylor, Flora Pili doit non seulement créer l'exploit pour devenir championne du monde unifiée des super-légères mais aussi contribuer à la médiatisation des boxeuses françaises... qui croient plus en ses chances contre la "Bray Bomber" que dans celles d'être reconnues à leur juste valeur.

"J'espère me tromper mais même si Flora remporte le combat, et vraiment je lui souhaite, ça n'amènera rien ou quasiment rien en termes de médiatisation et de répercussion en France. En fait, ça en aura beaucoup plus en Angleterre et aux États-Unis, là où la boxe compte". Dernière championne du monde française (WBO des super-coqs), Ségolène Lefebvre résume le sentiment global des boxeuses françaises : elles valorisent l'opportunité saisie par Flora Pili qui affrontera Katie Taylor samedi soir devant plus de 80000 personnes à Croke Park, mais elles ne se font guère d'illusions sur l'après. Un pessimisme ambiant qui s'explique par leur propre expérience. De la sueur, du sang, des larmes... et peu de gratification, financière notamment. 

Actuelle détentrice de la ceinture IBA des welters, Emilie Sonvico voit "un combat super engagé car Flora a toujours été très volontaire et elle voudra saisir sa chance. Ce sera très engagé, avec beaucoup de spectacle". Capable de faire venir de beaux noms dans son fief d'Uzès, elle estime que cette affiche est l'occasion de "montrer que la France est toujours en capacité de sortir de bonnes combattantes, même si le système de la boxe professionnelle est particulier et que même si on fait de grosses performances, il y a des pays plus puissants que le nôtre". 

"Il y a un minimum quand même"

L'ombre des grandes soirées organisées par les frères Acariès sur Canal+ hante toujours les esprits avec, en point d'orgue, les deux combats entre Anne-Sophie Mathis et Myriam Lamare. À l'ère du digital, il faut s'exposer continuellement, notamment sur les réseaux sociaux et c'est un mouvement souvent fait à marche forcée. Challengeuse mondiale il y a un an contre Tiara Brown pour la ceinture WBC des plumes, Emma Gongora a commencé à partager davantage... après avoir voulu se retirer de la boxe : "je me suis mise des barrières, notamment sur les réactions que j'aurais pu avoir. Pendant mes préparations, je restais enfermée dans un carcan. En début d'année, j'avais pris la décision d'arrêter mais je suis en train de revenir dessus. Un poids s'est enlevé et je me suis dit que j'allais partager ma vision du sport au quotidien". 

La Marseillaise d'adoption, qui a créé sa marque de matériel de boxe, a voulu marquer le coup à l'occasion du combat de Pili : "on se connaît mais on ne s'est jamais rencontré. Je lui ai envoyé du matos pour son entraînement et pour son combat. Elle va faire rayonner la boxe française. Évidemment, Flora respecte énormément Taylor mais elle a quand même la tête sur les épaules et beaucoup de sang-froid. J'espère vraiment qu'elle va pouvoir le mettre en application dans le ring"

Mais quand il s'agit d'envisager l'après, l'enthousiasme n'est plus le même : "on peut rêver... mais je ne suis pas forcément une rêveuse et je pense que ça ne changera rien". Et son diagnostic est sévère : "les gens de la boxe se plaignent beaucoup, disent que ce n'est pas assez médiatisé et qu'il n'y a pas assez d'argent mais ils aiment être dans un hangar, une salle pourrie, des gants qui puent. Personne ne veut payer les coaches ni les boxeurs et les boxeuses. Ça se complaît dans la médiocrité et ensuite ça explique que ça ne fonctionne pas...". 

Passée près d'un exploit aux États-Unis en juillet 2025 contre Samantha Worthington pour le titre mondial WBA des super-légères, Victoire Piteau dessine un paysage hexagonal où la pratique est valorisée mais pas la compétition : "j'ai l'impression que la boxe féminine se démocratise en France mais le plus dur est de pouvoir maintenir ce niveau. Après Londres 2012 et les médailles d'Estelle Mossely et Sarah Ouhramoune, les chiffres avaient bondi mais ça n'avait pas perduré malheureusement. On est plus axé sur le sport loisir". Le combat de Pili aurait pu créer un engouement mais elle regrette l'absence de couverture nationale pour un tel événement : "je trouve regrettable de ne pas avoir vu Flora sur de grandes chaînes nationales. C'est quand même fou d'avoir une Française disputer un tel combat ! Je ne sais pas si c'est moi qui vois trop grand, je ne dis pas qu'on doit en manger tous les soirs mais il y a un minimum quand même". 

Championne d'Europe en titre des super-welters, Marine Beauchamp reste tout de même enthousiaste car l'affiche et le lieu sont prestigieux : "j'attends ce combat avec impatience ! Flora est une pépite de la boxe française et même si Taylor est une très grande adversaire, je garde espoir et je suis à fond derrière elle. En boxe, si la stratégie est bonne, on peut gagner. Surtout, ça montre que les Françaises sont là et qu'elles méritent leurs places dans les meilleurs shows mondiaux. Flora va montrer que la boxe française est en pleine expansion"