Flashscore : Avec 4 points en deux journées, le début de Troyes pour son retour en Ligue 1 est satisfaisant ?
Hillel Konaté : On a travaillé toute la prépa pour faire ce début de championnat-là. On savait que ça allait être compliqué et franchement, c'est un très, très bon début de saison.
Gagner au Moustoir, ce n'est jamais anodin, même si Lorient a changé d'entraîneur et donc de méthodologie.
On a bien préparé ce match car on savait que ça allait être compliqué là-bas. Lorient sort d'une très bonne dernière saison, surtout les six derniers mois. Il fallait être solide et efficace pour mettre nos occasions au fond.
Renaud Ripart a ouvert le score sur penalty. Il est éternel non ?
(Rires) Il est toujours là, Renaud ! C'est un battant, une personne sur qui on doit beaucoup s'appuyer parce qu'on aura vraiment besoin de lui pour nous apporter vraiment toute sa hargne, toute son expérience et aller chercher ce maintien.
Des cadres sont partis cet été, notamment dans le secteur offensif : Martin Adeline, Mathys Detourbet, Tawfik Bentayeb entre autres. C'est compliqué de remplacer de tels joueurs créatifs et de recomposer tous les automatismes ?
Beaucoup de joueurs sont partis et il faut les remplacer. Pas mal de recrues sont arrivées, de très bonnes recrues même qui vont pouvoir nous apporter.
La saison dernière, vous étiez initialement le remplaçant de Nicolas Lemaître qui s'est gravement blessé. Vous avez réalisé une saison exceptionnelle.
C'est le rôle d'un numéro 2. Quand on est gardien et qu'on est numéro 2, on sait très bien qu'on peut rentrer à n'importe quel match et il faut se tenir prêt. J'avais déjà eu ce rôle aussi à Valenciennes. On va pas se mentir : je ne m'attendais pas à entrer aussi tôt dans la saison. Et puis, il y avait le contexte : on est à 10 contre 11 contre Bastia à domicile. Il fallait directement que je switche rapidement et que je mette dans ce rôle de numéro 1.
Vous validez officiellement la montée à Saint-Étienne. C'était la cerise sur le gâteau d'y parvenir dans un tel stade ?
On était très libéré. Franchement, quand on est parti à Geoffroy Guichard, on se taquinait un peu entre nous, on savait que ça allait être un peu chaud au niveau des supporters. Et puis l'adversaire allait vouloir directement nous monter dessus. On savait qu'il fallait être solide les 15-20 premières minutes, parce qu'ils allaient pousser. On a bien su le faire et après on a eu des contre-attaques à jouer. On était serein, on savait qu'on allait faire le boulot.
Un nouveau gardien, l'Australien Patrick Beach, est arrivé. Comment vous l'avez vécu ?
Ça fait un peu comme la saison dernière. Je suis le numéro 1 bis. Je le savais, le club avait été très clair avec moi sur le fait qu'il y aurait une arrivée d'un gardien pour concurrencer. Il a fait une belle Coupe du Monde aussi il vient dans un nouveau championnat qu'il ne connaissait pas forcément. Dans le foot, il faut une concurrence saine. Donc on l'a aidé pour qu'il s'intègre et pour qu'il nous montre aussi ce qu'il sait faire.
Comment parvient-on à garder son niveau de performance ?
Tous les gardiens doivent préparer leur semaine comme s'ils allaient jouer, parce qu'on ne sait jamais, il peut y avoir une blessure la veille du match, à l'échauffement. Si tu es numéro 2 ou même numéro 3 et et que tu te comportes comme un numéro 2 ou un numéro 3, tu ne seras pas forcément prêt psychologiquement. Je prépare mes semaines comme si j'allais jouer chaque match. FInalement, ça pousse aussi le numéro 1 à être bon, à être performant. Je pense que c'est comme ça qu'on se tire la bourre aussi.
Comment s'organise une séance avec Stéphane Dumont, notamment dans le secteur défensif ?
Il vit vraiment les séances avec nous, avec les adjoints, il nous parle beaucoup. L'année dernière, on avait des automatismes où on relançait court quand c'était possible, mais quand ce n'était pas possible, on ne s'enfermait pas dans un seul registre. Ce qu'il nous demandait, c'est d'être efficace dans les deux surfaces. Si c'est compliqué, si on a un doute, on joue long, on sort vite. C'est ce qu'on a fait l'année dernière. On est monté comme ça. On n'était pas forcément l'équipe qui jouait le mieux au ballon, mais dans les 30 derniers mètres, je pense qu'on était l'équipe qui jouait le mieux au ballon.
Le niveau des gardiens sur les ballons très longs est de plus en plus précis, savoir relancer court est une obligation, au point que vous devenez un joueur de champ supplémentaire.
Il y a eu la période où les gardiens devaient jouer court, ressortir de derrière. Et puis plus le temps passe, plus je pense que les coachs nous demandent des gardiens d'allonger dans les bonnes zones pour mettre en difficulté la défense adverse.
Justement, vous êtes un gardien explosif. Est-ce que c'est compliqué de garder cette caractéristique sur la ligne tout en devant développer d'autres aspects de son jeu ?
Il faut toujours garder ses points forts, toujours essayer de les améliorer. Quand tu es pro, tu vas améliorer tes points faibles mais la performance vient de tes points forts et il faut absolument les garder. Aujourd'hui, il faut être complet., il suffit de regarder la Coupe du monde d'Unai Simón... et je le dis en tant que fan de David Raya ! Pour autant, le PSG a gagné deux fois la Ligue des Champions sans forcément avoir des gardiens extrêmements forts au pied. En revanche, ils arrêtaient tout sur leur ligne. Gianluigi Donnarumma et Matveï Safonov n'ont pas un très grand jeu au pied, mais ils étaient efficaces dans leurs cages. Pep Guardiola a finalement privilégié Donnarumma alors qu'Ederson est ce qui se fait de mieux au pied. Même lui a fini par changer un peu. Guardiola, c'est le Top 3 mondial et Luis Enrique aussi a fait ce choix. Un gardien doit savoir jouer au pied, mais il faut surtout qu'il arrête les ballons et qu'il soit efficace dans ce registre.
Il y a quelques années avec Valenciennes, vous aviez sorti trois tirs au but. Avec le développement de la data, est-ce que c'est devenu plus difficile pour les frappeurs ?
On me dit où frappent les tireurs le plus souvent, où ils ont loupé. Donc je me dis que s'il a loupé son penalty une fois à gauche et qu'il en a marqué trois à droite, je vais faire en sorte de l'influencer. Après, c'est une question d'explosivité. La saison dernière, j'en ai sorti deux. Je connaissais les côtés et j'ai tout fait pour emmener les tireurs sur ces côtés-là. Tout ça oblige les tireurs à vraiment forcer leurs gestes. C'est pour ça qu'on nous complique un peu la vie avec un des deux pieds sur la ligne, l'interdiction de toucher la transversale ou de parler au frappeur.
À propos du pied sur la ligne, les gardiens parviennent à trouver des solutions pour réduire l'angle de tir ?
C'est plus compliqué, mais les gardiens s'adaptent. Regardez Bono : il est incroyable, il est en train de révolutionner le truc. Il sait où le joueur tire et dès que le joueur baisse la tête, il part déjà du bon côté. Il arrête même debout ! Les gardiens de très haut niveau s'adaptent et on doit s'inspirer d'eux.
Il a rendu fou les tireurs néerlandais à la Coupe du monde.
Il se décale, il fait un petit pas chassé et après, il arrête sans plonger. En fait, il a arrêté tout sans plonger. Comment fait-il ? Franchement, c'est fort. Il en a encore arrêté un il y a deux semaines de la même façon, en plein match. Moi, je ne tenterai pas de faire ça, mais c'est fort (rires).
Il y a quelques années, vous avez aussi déclaré apprécier le style de Marc-André ter Stegen ?
C'est un gardien qui était très complet. Il était complet, il savait tout faire quand il était vraiment à son topTous les gardiens doivent s'inspirer des autres. J'apprécie aussi beaucoup David Raya.
Parlons des Étalons. La saison dernières, le Burkina Faso a brillé avec ses gardiens avec Hervé Koffi en Ligue 1 avec Angers et vous en Ligue 2 avec Troyes. Il y a un secret ?
Peut-être ce qu'on mange, je ne sais pas (rires). Et puis, il y a aussi Kilian Nikièma qui a été le meilleur gardien en deuxième division néerlandaise avec l'ADO Den Haag. Robin Risser a fait une très grosse saison avec Lens mais Hervé aurait aussi mérité d'être élu gardien de l'année. La première fois que je me suis entraìné avec lui en sélection, je me suis dit "waouh" ! Dans la sérénité, l'explosivité, c'est un gardien qui a le niveau européen et international.
Flashscore est très suivi en Afrique. Vous avez un message à adresser aux supporters des Étalons ?
Bien sûr ! L'objectif est de se qualifier le plus rapidement à la CAN. On a besoin d'eux, on a besoin de leur soutien, surtout lors des matchs qu'on va jouer au Burkina. Le peuple a toujours été avec nous, même dans les moments compliqués. Je sais qu'il attend la CAN avec impatience et qu'on rentre au pays avec le trophée. On va tout faire pour ça.
Le niveau de la CAN est de plus en plus élevé, loin des clichés trop souvent véhiculés sans connaître le football africain.
Lors de la CAN en Côte d'Ivoire, on a joué contre la Mauritanie. A priori, tu te dis que le niveau n'est pas très haut. Mais ça court, c'est puissant, c'est technique, c'est explosif. Et en plus, il fait chaud et il faut s'y adapter, tout comme à l'environnement local. Ce n'est pas tout le monde qui peut jouer la CAN. C'est vraiment particulier. Tu prends les meilleurs joueurs du monde, tu les envoies à la CAN, ils vont être surpris. Je n'ai encore pas fait de match, mais quand tu es sur le banc, tu vois l'intensité des matches. C'est le haut niveau. Il y a toujours des surprises. Et puis ça joue vraiment avec le coeur. Des joueurs qui ne sont pas dans un top championnat, quand ils sont avec leur pays, ça fait une sacrée différence. Et puis, il y a les supporters africains, c'est une très grosse pression pour les joueurs, c'est une autre énergie.
Pour terminer, parlons du match de ce dimanche contre Strasbourg qui s'est imposé contre Lens après une déroute à Marseille. L'ambition est de prendre au moins un point ?
On prépare les séances pour gagner le match. On sait qu'à domicile, on est très, très compliqué à jouer. On connaît notre terrain et eux ont eu une préparation difficile. C'est le bon moment de les jouer pour nous, surtout qu'on est en forme. On a eu des arrivées nous aussi et on est une équipe pénible à jouer. On veut faire un gros coup. Ça nous donnerait des jokers pour la suite.
