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Interview Flashscore - Rigobert Song : "Le football africain est en pleine mutation"

Rigobert Song lors de son passage sur le banc du Cameroun.
Rigobert Song lors de son passage sur le banc du Cameroun.FRANCK FIFE / AFP / AFP / Profimedia

Rigobert Song n’est pas simplement un ancien footballeur : il est une véritable institution, un symbole vénéré dans toute l’Afrique, et une légende absolue des Lions Indomptables.

Icône de courage et de résilience, son nom est à jamais gravé dans l’histoire du football international, des batailles épiques disputées sous les couleurs du Cameroun lors de quatre éditions de la Coupe du monde jusqu’aux triomphes en Coupe d’Afrique des Nations. Aujourd’hui, en attendant de bientôt retrouver un banc de touche, Song consacre son immense expérience et son charisme aux jeunes générations.

Il est le moteur du Douala Youth Tournament, organisé avec l’ambassadeur turc Volkan Oskiper et les agents Tom Edwards, Mostafa Hosny et Juillet Bell. Prévu en octobre, l’événement vise à dépasser les défis structurels du football africain et à offrir une vitrine directe aux jeunes talents locaux en les mettant à l’épreuve devant des recruteurs internationaux.

Dans cet entretien exclusif pour Flashscore, nous avons retracé les étapes marquantes d’une vie hors du commun, du choc de son arrivée en Europe à ses années glorieuses avec Liverpool, West Ham et Salernitana, en passant par la tragédie de Marc-Vivien Foé et ses propres combats pour la santé, afin de comprendre l’héritage humain qu’il souhaite transmettre aux enfants qui rêvent de marcher sur ses traces.

Le Douala Youth Tournament aura lieu en octobre. Pouvez-vous nous parler de l’importance de cet événement et de ce dont les jeunes talents africains ont réellement besoin aujourd’hui pour percer ?

Ce tournoi vise à offrir une visibilité directe aux jeunes joueurs devant des recruteurs internationaux présents lors de l’événement ; il leur permettra aussi d’être placés en situation de compétition de haut niveau. 

Quel est l’état actuel du football africain et comment jugez-vous son poids sur la scène internationale ?

Le football africain est en pleine mutation, oscillant entre un talent brut reconnu mondialement et des défis structurels persistants à l’échelle locale, notamment le manque de compétitions ; d’où le lancement de notre tournoi, qui apportera un peu plus de visibilité à la jeunesse. 

Vous avez disputé quatre Coupes du monde et remporté deux Coupes d’Afrique des Nations. Quel est le poids de ce maillot, en sachant que vous représentez les espoirs de toute une nation ?

Je peux vous dire que c'est une immense fierté, mais aussi un poids monumental. Représenter les espoirs de tout un peuple change à jamais votre façon d’aborder le football, surtout dans un pays où ce sport occupe une place très importante dans la vie quotidienne. 

En finale de la CAN 2000 à Lagos, vous avez inscrit le pénalty décisif contre le Nigeria. Qu’est-ce qui vous a traversé l’esprit dans ces secondes interminables en marchant vers le point de pénalty ?

Le trajet entre le rond central et le point de pénalty restera l’un des moments les plus intenses de ma vie. Marcher vers le ballon face à un stade hostile de 60 000 Nigérians en colère transforme ces quelques secondes en une éternité. Mais la fin a été légendaire, ce qui a rendu la victoire encore plus belle. 

Votre arrivée en Europe s’est faite via la Ligue 1. À quel point le choc avec le football européen a-t-il été difficile, et comment cela a-t-il forgé votre caractère ?

Mon arrivée en Ligue 1 a été un véritable choc culturel et sportif. Le premier contact avec le football européen a été brutal, mais c’est précisément cette épreuve qui a forgé mon caractère de guerrier.

Vous avez évolué en Italie avec Salernitana. Quels souvenirs gardez-vous de la Serie A de la fin des années 90 et de la passion des supporters de Salerne ?

Mon passage à la Salernitana reste un moment marquant de ma carrière. La Serie A de la fin des années 90 était le meilleur championnat du monde, et la passion des supporters de Salerne était tout simplement incandescente. 

Que représentait pour vous le fait de porter le maillot de Liverpool et de ressentir l'atmosphère à Anfield ?

Evoluer à Anfield procure un sentiment presque sacré. Porter le maillot de Liverpool et s’imprégner de cette atmosphère unique reste l’un des sommets de ma carrière. 

En pensant à aujourd’hui, comment voyez-vous le “nouveau” Liverpool par rapport à votre époque, et que pensez-vous de l’incroyable évolution de la Premier League ?

Je constate que le nouveau Liverpool et la Premier League ont basculé dans une toute autre dimension par rapport à notre époque, portés par une évolution athlétique, tactique et financière fulgurante qui rend le championnat encore plus attractif. 

Après les Reds, vous avez rejoint West Ham. Quelles différences d’ambiance et d’approche du football avez-vous constatées entre la région de Merseyside et la capitale londonienne ?

J’ai découvert des différences frappantes, tout en conservant la passion des supporters : à Liverpool, on ressent encore plus le poids de l’histoire alors qu’à Londres, on vit une ferveur brute et locale.

Vous êtes une idole en Turquie. Avec la croissance spectaculaire du football turc et des arrivées sensationnelles comme Salah à Trabzonspor, quel impact pensez-vous que cette vague de champions aura ?

La Turquie est un pays qui m’a beaucoup donné et que j’adore, je mesure chaque jour l’immense passion de ce pays pour le football. L’évolution fulgurante de la Süper Lig, marquée par des arrivées sensationnelles comme celle de Mohamed Salah à Trabzonspor, fait basculer le football turc dans une toute autre dimension. 

Vous avez été expulsé à seulement 17 ans contre le Brésil lors de la Coupe du monde 94 aux États-Unis. Cet épisode a-t-il immédiatement défini votre identité de défenseur féroce mais loyal ?

Le carton rouge reçu à seulement 17 ans contre le Brésil a été le véritable acte de naissance de mon identité sur la scène internationale. Cet épisode a instantanément défini mon profil de défenseur : un guerrier féroce mais loyal. 

En 2003, la tragédie absurde de Marc-Vivien Foe s’est produite. En tant que capitaine et ami proche, comment avez-vous trouvé la force de maintenir l’unité du groupe durant ces jours dramatiques ?

Marco n’était pas seulement un coéquipier, mais un frère. La tragédie a frappé notre équipe et le monde du football de plein fouet. En tant que capitaine et proche de Marco, trouver la force de maintenir le groupe uni au cœur de ce drame absolu a été l’épreuve la plus difficile et la plus douloureuse de ma vie d’homme et de joueur. 

L’AVC que vous avez subi en 2016 a été une grosse épreuve. Comment cela a-t-il changé votre regard sur la vie et votre approche auprès des jeunes générations ?

Mon AVC a été, sans aucun doute, l’adversaire le plus redoutable et terrifiant de toute ma vie. Ce combat ne s’est pas déroulé sur un terrain de football, mais il a été une véritable lutte pour ma survie. Cette épreuve a profondément bouleversé ma vision de la vie. C’est pour ça que j’ai créé la Fondation Rigobert Song pour aider les autres. 

Au-delà des résultats, quel héritage humain souhaitez-vous laisser à l’histoire de ce sport ?

La résilience : je souhaite que la jeunesse s’inspire de mon parcours et se dise, s’il a pu le faire, moi aussi. 

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