"Luis Rioja n'a pas l'air à l'aise dans ce rôle, il a du mal à s'orienter". Au micro de DAZN, Fernando Morientes manie l'euphémisme. Au Riazor, le gaucher a été aligné au poste de… piston droit. Une illumination venue de l'esprit fécond de Carlos Corberán, complètement perdu dans ses compositions depuis le début de saison.
En trois journées, le Valencia CF n'a pris qu'un seul point, marqué une seule fois et encaissé deux buts contre son camp. En somme, à part l'attaque, il n'y a que la défense qui pèche. Guère encourageant avant de recevoir le FC Barcelone qui peut prendre trois points d'avance sur le Real Madrid, un an après avoir infligé un 6-0 retentissant au stade Johan-Cruyff.
Corberán, entraîneur naufragé
En décembre 2024, Corberán a réussi ses premiers mois quand il a remplacé Rubén Baraja avant de s'enliser. Dans un club où le 4-4-2 est une institution, l'entraîneur aligne un 5-3-2 déprimant, sans aucune cohérence. Cela donne des matches soporifiques et l'impression que, cette fois-ci, le club va bel et bien descendre en Segunda.
Ses choix tactiques sont illisibles, de sa volonté de reléguer le plus souvent le capitaine José Luis Gayà au profit du très neutre Jesús Vázquez à ses atermoiements pendant des mois concernant Javi Guerra, clairement le meilleur joueur de l'effectif. La préparation estivale pose question également. Le nouveau défenseur Justin de Haas s'est blessé dès la première journée contre le Celta et Guido Rodríguez a été touché à la cuisse à La Corogne.
Après la défaite au Riazor la semaine dernière (3-1), les dirigeants se sont enfin rendus compte qu'à deux jours de la clôture du mercato, l'effectif était aussi court que peu qualitatif. Alors en urgence, le CEO Ron Gourlay, qui joue aussi le rôle de directeur sportif, a arraché les prêts d'Harvey Elliott et du gardien remplaçant Kayne Van Oevelen. Pas de quoi révolutionner le jeu che, et sûrement pas de quoi redorer le blason du coach.
Invité dans "El Último Latido" de SuperDeporte, Fernando Gómez Colomer, joueur le plus capé de l'histoire du club avec 554 apparitions officielles, a glissé un tacle qui a fait beaucoup de bruit à Valencia : "je crois que Corberán n'aurait pas dû commencer la saison. Finalement, il l'a commencée, mais il n'aurait pas dû être prolongé d'un an. Il ne l'a pas mérité. Si au cours de la saison, il le mérite, alors là tu peux lui donner un an supplémentaire".
Gourlay, CEO dilettante
Depuis de nombreuses années, Peter Lim a décidé de plomber son propre club, avec la bénédiction de Javier Tebas qui n'a jamais prononcé le moindre mot contre le magnat singapourien, unanimement détesté par l'afición blanquinegra. En fait, le propriétaire attend la destruction de Mestalla, enceinte la plus vieille de Liga inaugurée en 1926, et l'entrée dans le Nou Mestalla (pas du tout situé dans le quartier éponyme d'ailleurs), 19 ans après le début des travaux. Reste à savoir dans quelle division, même si le gain immobilier intéresse plus Lim que le futur du club qu'il avait acheté en 2014. Le temps des transferts organisés avec son ami Jorge Mendes est révolu depuis bien longtemps et le VCF oscille entre l'exaspérant et le médiocre, bien loin de son statut du début du siècle.
Cet été, le club a royalement investi… 9 M€. Devant la presse jeudi, Gourlay a revu son discours initial à la baisse. Une qualification européenne n'est plus à l'ordre du jour, comme lors de son arrivée il y a 18 ans. En même temps, il est toujours plus facile de passer pour un cador quand on a de l'argent… Désormais, l'Écossais résume les objectifs blanquinegros en trois verbes : "s'améliorer, avancer, continuer". De la pure méthode Coué avec la promesse que les lendemains qui chantent arrivent, quand l'équipe jouera au Nou Mestalla. Dans l'esprit des dirigeants, les revenus vont augmenter de manière exponentielle, grâce à la fidélité inébranlable de supporters qui remplissent Mestalla au point d'en faire le deuxième stade au meilleur pourcentage de remplissage de la Liga : 90,4 % la saison dernière, juste derrière le Camp Nou (93,8 %) et devant San Mamés (89,4 %) !
Le discours de Gourlay est suranné et creux, son refrain a été déjà siffloté mille fois par les (ir)responsables passés avant lui, incapables d'infléchir les positions aberrantes de Lim. "Valencia a une histoire pleine d'ambition", a-t-il notamment affirmé, oubliant assurément que le dernier trophée remonte à 2019 et que Marcelino avait été écarté pour avoir osé privilégier la Copa del Rey plutôt que la qualification en Ligue des Champions, objectif pourtant rempli par l'Asturien... "Pour pouvoir maintenir ces standards, il faut bien planifier le futur", a-t-il également ajouté avec l'assurance de quelqu'un qui donne un coup d'épaule dans une porte ouverte. "Pour faire les choses bien, il faut se battre et les supporters doivent voir la faim des joueurs", joueurs qu'il a en partie choisis et qui ont démissionné dès le coup d'envoi au Riazor... "Je suis très ambitieux, nous avons eu des succès par le passé et nous les aurons dans le futur", a-t-il martelé sans trembler, apparemment satisfait de la neuvième place en Liga la saison dernière.
Ça valait bien le coup d'organiser une conférence de presse après 7 mois de silenzio stampa, surtout pour esquiver, avec le petit sourire ironique qui va avec, les questions qui fâchent. Parce que, quand il est arrivé en mai 2025, sa feuille de route était simple : quatre mercatos pour construire une équipe capable de lutter pour les places européennes. Il ne lui en reste plus qu'une seule pour... décevoir encore une afición qui fait toujours corps, une rareté et même un mystère vu comment elle est méprisée depuis des années.
Dans un championnat homogène où le maintien s'est joué à 42 points la saison dernière avec trois équipes ex aequo, la concurrence est énorme et le langage corporel de Corberán n'inspire pas d'optimisme, d'autant qu'il n'est jamais parvenu la saison dernière à trouver une équipe-type viable. La version 2026-2027 est très inquiétante. Dans quelques mois, Mestalla sera un tas de gravats. Et le Valencia CF peut-être aussi.
