À 90 minutes d'une finale historique, l'Algérie peut s'appuyer sur une certitude : dans ses cages, Chloé N'Gazi n'a quasiment rien laissé passer de tout le tournoi. Face au Malawi, au Stade olympique de Rabat, les Vertes joueront gros, et la gardienne qui a retrouvé le FC Fleury 91 à l'intersaison incarne à elle seule la solidité qui a porté cette épopée jusqu'ici.
Une série qui a marqué le tournoi
Décisive dès l'entame face au Sénégal (2-0), N'Gazi a signé un cinquième clean sheet consécutif en Coupe d'Afrique féminine, une série entamée lors de l'édition précédente et stoppée seulement en demi-finale par un but tardif de la Marocaine Sanaà Mssoudy, après plus de 450 minutes sans encaisser. Match après match, ses statistiques racontent la même histoire : deux arrêts sur deux et 0,17 but évité face au Sénégal en ouverture (note de 7,1 sur Flashscore), deux arrêts et 84 % de passes réussies contre le Maroc lors de la deuxième journée (6,4), puis deux arrêts sur deux, 0,71 but évité et 66 % de passes réussies contre le Kenya en clôture de la phase de groupes (7,5). En quart de finale, dans un match face à la Côte d'Ivoire qualificatif pour la Coupe du monde 2027, elle avait livré l'un de ses matchs les plus complets : quatre arrêts sur cinq, 86 % de passes réussies, 63 % de longues passes réussies, pour une note de 7,6, la meilleure de son tournoi.
Avant ce quart de finale décisif, elle avait posé les enjeux avec la sobriété qui la caractérise : "Chaque match, pour nous, est une finale, que ce soit des matchs de poule ou à élimination directe. C'est dans notre ADN, le fait qu'on se batte tous ensemble, c'est l'Algérie. On n'a pas le droit de décevoir. Peu importe le résultat, je sais qu'on aura tout donné à la fin du match." Une conviction qu'elle avait développée dans les mêmes termes en conférence de presse : "Le combat sur le terrain fait partie de notre identité. Nous sommes comme ça, nous les Algériens."
"Ça fait un an et demi que je galère" : la revanche d'une saison à oublier
Derrière la sérénité affichée sur le terrain, N'Gazi n'a pourtant rien caché de la traversée du désert qui a précédé ce tournoi. En zone mixte après la qualification contre la Côte d'Ivoire, la gardienne a livré une confidence rare sur sa saison à l'OM : "J'ai vécu une saison difficile l'année dernière, j'ai eu des problèmes avec ma coach. On n'avait pas confiance en moi, on a essayé de me mettre au plus bas. Aujourd'hui cette victoire c'est le plus d'un travail. Ça fait un an et demi que je galère mais ici j'ai un coach qui me fait confiance, des joueuses qui me font confiance, un pays entier qui me fait confiance et ça me redonne de la force."
Un aveu qui éclaire différemment sa performance à cette CAN : loin d'être une simple confirmation de son statut de gardienne numéro un, ce tournoi ressemble à une reconquête personnelle, menée à l'écart du climat de méfiance qu'elle dit avoir connu en club. C'est peut-être ce qui explique la force du message qu'elle a publié après la qualification historique pour le Mondial, alors que l'Algérie féminine n'a jamais participé au tournoi planétaire : "ON L'A FAIT. TOUTES ENSEMBLE. (…) Mes coéquipières, mes sœurs, mes soldats. Sur le terrain, sur le banc, on l'a fait toutes ensemble. Avec un coach et un staff qui croient en nous, qui nous accompagnent et qui se battent avec nous chaque jour. (…) Aujourd’hui, l'Algérie est qualifiée pour une Coupe du Monde. Rien que d'écrire cette phrase, j'ai les yeux qui brillent. Mais il nous reste une demi-finale à gagner. Et cette compétition à terminer."
Des ambitions qu'elle avait déjà formulées à L'Équipe avant le début du tournoi : "Nos ambitions sont toujours plus grandes. À la dernière CAN, notre objectif était d'aller au moins en quart de finale pour la première fois, objectif qu'on a réussi à remplir. Cette année, avec la potentielle qualification pour la Coupe du Monde (en demi-finale), on a envie d'aller encore plus loin."
Un test inédit face au Malawi
Adversaire de l'Algérie ce mercredi 12 août à Rabat, le Malawi n'est pas un foyer de tradition dans la compétition : les Scorchers disputent leur toute première phase finale de CAN et se sont hissés dans le dernier carré en renversant le Ghana (2-1), un exploit qui leur a valu, comme à l'Algérie, une qualification directe pour le Mondial 2027 au Brésil. Menées dès la 7e minute, les Malawites ont égalisé grâce à un but contre son camp, avant que Rose Kadzere ne leur offre la victoire à la 79e minute. Une équipe portée par une attaque prolifique, avec neuf buts inscrits en quatre matchs, mais dont la défense reste jugée perméable, ce qui pourrait offrir à N'Gazi l'occasion de confirmer son statut de rempart quasi infranchissable. L'Algérie est la 2e meilleure défense de cette CAN, derrière le Maroc qui n'a encaissé qu'un seul but.
Quel que soit le nom du vainqueur, l'enjeu dépasse la seule qualification : il s'agira, pour l'Algérie comme pour le Malawi, de disputer pour la première fois de son histoire une finale de CAN. De quoi donner un relief particulier à la détermination affichée par N'Gazi, et à cette revanche qu'elle semble être en train de prendre, match après match, sur une saison qu'elle a dit avoir traversée seule contre tous.
