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Des Jeux du Commonwealth à la pointe de l'attaque du Malawi à la CAN : l'été fou d'Asimenye Simwaka

Des Jeux du Commonwealth à la pointe de l'attaque du Malawi à la CAN : l'été fou d'Asimenye Simwaka
Des Jeux du Commonwealth à la pointe de l'attaque du Malawi à la CAN : l'été fou d'Asimenye SimwakaCOSAFA // Lui Siu Wai / Xinhua News / Profimedia

Après avoir manqué le début de la Coupe d'Afrique des nations pour représenter son pays sur 200 m et 400 m en Écosse aux Jeux du Commonwealth, Asimenye Simwaka a rejoint la sélection du Malawi en pleine phase de poules. Profitant d'un concours de circonstances et de la blessure de la titulaire Sabina Thom, la plus rapide des Malawites se retrouve propulsée en pointe pour le quart de finale historique face au Ghana. Récit d'un été extraordinaire pour la sprinteuse et numéro 9 d'un Malawi qui rêve de Coupe du monde.

Arrivée à l'hôtel où crèche le Malawi durant cette Coupe d'Afrique des nations au Maroc avec les traits tirés, un jogging blanc et une simple valise cabine, Asimenye Simwaka, 29 ans, avait déjà manqué deux journées de la phase de poules avec les Scorchers. Et pour cause : la numéro 7 du Malawi n'est pas que joueuse de foot. Elle est aussi une sprinteuse qui avait de bonnes raisons de manquer les victoires face au Nigeria et à l'Égypte.

Jusqu'au 2 août, Simwaka défendait en effet les couleurs de son pays sur 200 m et 400 m aux Jeux du Commonwealth à Glasgow. Sur la distance courte, elle s'est hissée en demi-finale avec un temps personnel de 23,60 secondes, après une quatrième place en série. Sur 400 m, son parcours a été plus mouvementé : qualifiée pour les demi-finales avec 54,16 secondes, meilleure performance de sa saison, elle est allée jusqu'en finale, avant d'être disqualifiée pour être sortie de son couloir. Une sprinteuse confirmée, déjà passée par les Jeux olympiques de Tokyo puis de Paris 2024, et détentrice des records nationaux du 100 m, du 200 m et du 400 m au Malawi, mais qui n'a donc pas eu le temps de savourer sa campagne écossaise avant de devoir tout de suite penser football.

Asimenye Simwaka participe à la série des 100 m féminin lors des épreuves d'athlétisme des Jeux Olympiques de Paris 2024, à Paris, en France, le 2 août 2024.
Asimenye Simwaka participe à la série des 100 m féminin lors des épreuves d'athlétisme des Jeux Olympiques de Paris 2024, à Paris, en France, le 2 août 2024.Credit: Lui Siu Wai / Xinhua News / Profimedia

C'est dans la foulée de cette double campagne, sans même avoir eu le temps de souffler, qu'elle a rejoint le rassemblement des Scorchers le 2 août à Rabat, quelques jours seulement avant le dernier match de poules des siennes face à la Zambie. Un timing plus que serré : l'athlète-footballeuse s'est retrouvée, dès la 24e minute de cette rencontre décisive du 5 août, propulsée sur le terrain en remplacement de la numéro 9 titulaire Sabina Thom, sortie sur civière après un choc sévère.

Ce jour-là, à l'Al Madina Stadium, le scénario tourne pourtant à l'avantage de la Zambie sur le tableau d'affichage : Barbra Banda ouvre le score dès la première minute, puis Prisca Chilufya double la mise. Tabitha Chawinga réduit l'écart en seconde période, mais le Malawi s'incline 2-1. Une défaite qui n'empêche cependant pas les Scorchers de valider leur billet pour les quarts de finale, la sélection terminant en tête du groupe C au bénéfice des buts marqués dans les confrontations directes, devant le Nigeria et la Zambie, pourtant vainqueur du soir. Une élimination cruelle pour les Copper Queens, un exploit historique pour le Malawi, qui découvrait la compétition. Les Scorchers défieront désormais le Ghana en quart de finale, avec donc Simwaka en pointe, après la blessure de l'habituelle titulaire.

Un dilemme entre deux étés

Avant même de fouler la pelouse marocaine, Simwaka avait dû trancher un cas de figure peu commun : les Jeux du Commonwealth de Glasgow et la CAN féminine au Maroc (26 juillet-16 août) se chevauchaient presque entièrement sur le calendrier. D'un côté, Athletics Malawi voulait la voir courir dans le cadre de son programme de bourse de solidarité olympique, en vue des Jeux de Los Angeles 2028. De l'autre, elle figurait dans la liste provisoire des Scorchers pour la CAN.

Le bras de fer s'est réglé à l'amiable, la Commonwealth Games Association du Malawi (CGA) obtenant qu'elle honore d'abord ses engagements en Écosse. "En ce qui nous concerne, Asimenye participera d'abord aux Jeux du Commonwealth avant tout autre événement. Sachez qu'Asimenye est au Portugal, en préparation pour de grandes échéances. Nous ne la bloquons pas, mais la priorité va d'abord aux Jeux du Commonwealth. Nous apprécions qu'elle soit une athlète aux multiples talents, c'est pourquoi elle sera libérée pour un autre événement une fois sa mission en Écosse terminée", avait expliqué le secrétaire général de la CGA, Henry Sakala.

Du côté de la fédération malawite de football, le directeur général Abdul Chiwalo confirmait que le sélectionneur des Scorchers, Lovemore Fazili, avait personnellement demandé son inclusion. "Le sélectionneur l'a incluse en raison de ses qualités. Nous nous attendons donc à ce qu'elle honore la convocation. Cela dit, je dois échanger avec Fazili pour savoir à partir de quand elle sera disponible pour les Scorchers", précisait-il.

Résultat de ce compromis : Simwaka a manqué les deux premières sorties du Malawi dans le tournoi, deux victoires pourtant retentissantes contre le Nigeria (3-2) puis l'Égypte (3-1), avant de débarquer directement d'Écosse pour le rendez-vous face à la Zambie. Un sprint contre la montre qui a précédé, presque littéralement, son entrée en jeu.

D'une course de cross improvisée à la légende du sport malawite

Le parcours de celle qui porte aujourd'hui les couleurs du Malawi sur deux terrains différents tient presque du hasard. Il y a encore quelques années, le nom d'Asimenye Simwaka n'évoquait que le football, sport dans lequel elle brillait en club comme en sélection. L'athlétisme n'était même pas une option.

Tout a basculé le 16 février 2020. Quatrième d'une fratrie de sept enfants, alors basée à Mzuzu, dans la région Nord du pays, la jeune femme entend à la radio qu'un championnat national de cross-country doit se dérouler à quelques kilomètres de chez elle, au Mzuzu Golf Club. Par simple curiosité, elle décide de s'y rendre pour assister à l'épreuve. Elle finira par s'inscrire, et par la remporter.

"Comment pourrais-je oublier ce jour-là ? Je me souviens de tout avec précision. J'ai quitté la maison pour me rendre au Mzuzu Golf Club, là où devait se dérouler le cross. En arrivant, j'ai vu des athlètes en train de s'inscrire pour participer à la course. Sur le moment, j'ai cru que c'était réservé à des personnes sélectionnées. Je me suis approchée, j'ai pris mon courage à deux mains, puis j'ai décidé de m'inscrire. Pour une première participation, on aurait pu penser que j'irais vers la catégorie junior, mais je me suis retrouvée, sans trop savoir comment, inscrite dans la catégorie senior femmes sur 10 000 mètres", racontera-t-elle plus tard.

Ni la présence de coureuses expérimentées comme Mary Kamwendo et Caroline Mhango, ni son équipement improvisé, un simple short et un débardeur, ne la dissuadent. La course s'élance, Simwaka se fond d'abord dans le peloton avant de se détacher progressivement, laissant ses adversaires derrière elle comme si elle courait depuis toujours. Elle s'impose en 42 min 48 s, devant dix-neuf autres concurrentes, et participe dans la foulée au relais victorieux du 10 000 m.

"C'était le pur produit d'un rêve. Je n'arrivais pas à croire que j'avais décroché l'or face à un plateau d'athlètes aussi expérimentées. C'était non seulement ma toute première expérience en athlétisme, mais en plus je n'avais jamais été entraînée", confiera-t-elle. La journée lui rapporte 37 euros de prime, complétés par des dons de spectateurs conquis, dont un policier de la circulation qui se propose spontanément comme sponsor. Au total, elle repart avec environ 80 euros. "Ce jour-là, avant de gagner les prix, je n'avais littéralement rien sur moi et j'avais désespérément besoin d'argent. Heureusement, je l'ai eu", se souvient-elle. "Les choses n'allaient pas bien à la maison quand j'étais partie, alors j'ai donné une partie de l'argent à mes parents pour qu'ils achètent de quoi manger, et j'ai gardé le reste pour mes besoins personnels."

Asimenye Simwaka et Elaine Thompson-Herah, de la Jamaïque, réagissent après les demi-finales du 200 m féminin d'athlétisme lors des Jeux du Commonwealth à Birmingham, le 5 août 2022.
Asimenye Simwaka et Elaine Thompson-Herah, de la Jamaïque, réagissent après les demi-finales du 200 m féminin d'athlétisme lors des Jeux du Commonwealth à Birmingham, le 5 août 2022.Credit: Ben Stansall / AFP / AFP / Profimedia

Repérée après ce coup d'éclat, elle est convoquée en équipe nationale d'athlétisme, alors en pleine préparation pour les Jeux de Tokyo. C'est au sein de ce groupe que le staff technique décide de la reconvertir du fond vers le sprint. Les progrès sont fulgurants : 24,19 s sur 200 m et 57,46 s sur 400 m dès mars 2021 à Lusaka, puis un record national du 200 m établi en juin à Yaoundé (23,51 s), avant un chrono de 52,57 s sur 400 m qui la place à quelques centièmes d'une qualification olympique directe. "J'en étais à quelques millisecondes. Je vous mets au défi : avec un entraînement adéquat, des moyens et de meilleures infrastructures, je peux devenir la toute première athlète malawite qualifiée directement pour les Jeux", lançait-elle alors.

Sans validation directe, elle se rend malgré tout à Tokyo au titre de la solidarité olympique. Elle y efface le record national du 100 m de Susan Tengatenga, vieux de douze ans, avec un temps de 11,76 s en tour préliminaire, avant de descendre à 11,68 s en série. Une expérience qu'elle dit avoir mise à profit sur le plan technique : "J'ai appris que gagner une course, c'est aussi une question de départ. Avant, je démarrais n'importe comment, mais j'ai compris que l'accélération doit venir de la vitesse des appuis."

Une double vie sportive assumée

Le retour de Tokyo ne signe pas un adieu au ballon rond. Simwaka, également soldate au sein des Malawi Defence Force, replonge aussitôt dans son autre passion avec son club de Mzuzu, les Topic Sisters, et la sélection nationale. Elle sera de l'aventure du Championnat COSAFA féminin 2023 en Afrique du Sud, décisive dans le parcours du Malawi jusqu'en finale, y compris lors de la demi-finale remportée 3-2 contre les Sud-Africaines, hôtes du tournoi. Le Malawi s'incline finalement 1-0 contre la Tanzanie en finale, mais l'équipe est reçue en grande pompe par le président Lazarus Chakwera à son retour à Lilongwe.

Interrogée sur la difficulté de mener deux disciplines de front, Simwaka refuse de trancher : "Je ne peux pas dire laquelle est la plus facile, mais au football, il faut faire attention pour éviter les blessures parce que le jeu comporte des contacts physiques, alors qu'en athlétisme, on ne se concentre que sur soi-même."

Cette polyvalence, son sélectionneur Lovemore Fazili la valorise pleinement. À l'annonce de son retour dans le groupe pour affronter la Zambie, fraîchement débarquée du Royaume-Uni où elle courait le 400 m et le 200 m, il faisait part de sa satisfaction : "Asimenye est une joueuse sur laquelle nous comptons aussi. C'est bien qu'elle soit là. J'espère qu'elle fera du bon travail quand on fera appel à elle."

Convoquée dans l'urgence, entrée en jeu dans la douleur d'une blessure adverse, Asimenye Simwaka aura finalement contribué, à sa manière, à l'épopée des Scorchers jusqu'en quarts de finale de leur toute première CAN. Très probablement alignée comme numéro 9 à la pointe de l'attaque au côté des soeurs Chawinga face au Ghana, elle aura la lourde responsabilité de marquer pour envoyer le Malawi en demi-finale mais surtout en Coupe du monde, les quatre derniers qualifiés de la Coupe d'Afrique des nations validant automatiquement leur billet pour le tournoi brésilien en 2027.