"Trois ans de cauchemar" après des commotions pour l'ex-joueuse Manon Nairac

Manon Nairac avec le ballon en juillet 2022.
Manon Nairac avec le ballon en juillet 2022.ALEX NICODIM/NURPHOTO VIA AFP

Depuis trois ans et une série de chocs à la tête en jouant au rugby, Manon Nairac ne peut plus faire de sport, ni même travailler: chez les femmes, les impacts des commotions cérébrales sont plus durables, selon une étude médicale.

Lors d'un tournoi de rugby à 7 avec la sélection nationale belge en 2023, elle reçoit plusieurs chocs et notamment des coups de crampons, à la tête. "J'avais la nausée, des vertiges et, pas de bol, à ce moment-là toute l'équipe fait une intoxication alimentaire, donc on me met dans le tas", raconte l'ancienne joueuse aujourd'hui âgée de 25 ans.

Pas de médecin pour l'équipe sur le bord du terrain, mais un kiné référent chargé de déceler les commotions. Sauf que la joueuse réussit tous les tests "sans aucun problème". Elle finit ses matches "en pilote automatique" mais "s'écroule" à la fin.

"J'ai dormi pendant deux semaines, j'avais l'impression que ma tête allait exploser, que j'étais dans un bateau", raconte-t-elle. Le début de trois ans de calvaire, qui la contraignent à cesser de travailler.

Selon une étude menée en 2020 par trois médecins – un neurologue, un neuropsychologue et un médecin du sport – sur 510 athlètes dont 82 femmes, le délai de récupération est deux fois plus long chez les femmes que chez les hommes et elles ont significativement plus de signes commotionnels persistants (53,66 % des femmes contre 27,8 % des hommes) et de syndrome post-commotionnel (12,2 % des femmes contre 3,97 % des hommes).

"J'ai des migraines dès que je fais un effort physique ou mental et on parle, par exemple, de 30 minutes de conversation au téléphone", dit l'ex-joueuse du club belge Kituro rugby. Constamment épuisée, elle est aussi hypersensible au bruit, à la lumière, aux écrans.

Depuis des mois, elle cherche des solutions pour soulager ses symptômes et partira le 9 juin pour trois semaines de traitement expérimental, sorte de "rééducation du cerveau", dans une clinique privée du Canada. "Je mise tout là-dessus", souffle la jeune femme, retournée vivre chez ses parents à Bruxelles.

Après avoir longtemps gardé le silence sur ses symptômes, "pour ne pas inquiéter" ses proches, elle s'exprime sur ses maux depuis quelques mois. "Cela m'a vraiment aidé à avancer, j'ai reçu énormément de soutien et notamment financier", explique Manon Nairac qui sait désormais qu'il "ne faut pas rester seule dans ce cas-là", mais "partager pour faire avancer la prise en charge des commotions".