L'heure du bilan est venue pour ce Mondial 2026, le premier à 48 équipes. Sans guère de surprises, il n'y aura pas grand-chose à en garder en termes de niveau de jeu. Car au moment de dresser un tableau des meilleurs matches, il est bien difficile d'établir ne serait-ce qu'un Top 10. C'est tout de même problématique quand il y a eu 104 rencontres.
L'allongement des saisons domestiques, le format XXL de la nouvelle formule de la Ligue des Champions, l'ajout de la Coupe du monde des clubs un an avant celle des sélections : tout est fait pour multiplier les matches mais, inévitablement, le niveau s'en ressent.
Une phase de groupes très, trop, longue, des 1/16 de finale sans guère d'intérêt : la compétition s'est diluée, d'autant que les conditions climatiques et la quantité de déplacements n'ont pas aidé à mettre les joueurs dans les meilleures conditions.
Si bien qu'après examen des 104 matches, il ne reste rien ou presque. Des scénarios épiques, oui, il y en a eu, comme à chaque fois. Mais des grands matches, où les deux équipes proposent du grand football au même moment ? Même quand la compétition s'est resserrée, à partir des 1/4 de finale, ce n'est jamais monté dans les aigus. Les deux demi-finales n'ont pas proposé un spectacle inoubliable, entre une Équipe de France totalement submergée par l'Espagne et des Three Lions qui ont arrêté de jouer pour mieux reculer après leur ouverture du score contre l'Argentine. Et c'est sans évoquer la finale, une attaque-défense de 120 minutes achevée par un pugilat.
Cet état de fait n'est pas une nouveauté. La finale de 2022 a totalement éclipsé le faible niveau global, ce qui est devenu une constante. Trente ans après, on peut encore se délecter de nombreux matches du Mondial 94. En 1998, on trouve encore des duels magnifiques qui n'ont pas pris une ride. Mais le football du XXIe siècle est ainsi fait qu'il va à l'encontre de toute logique basique du marketing : ce qui est rare est cher car c'est meilleur. Empiler les matches, user les joueurs jusqu'à la corde et faire du chiffre par le nombre plus que par la qualité : de quels cerveaux malades cela peut-il surgir ?
On reste tout de même pantois de voir Arsène Wenger, jadis chantre du beau jeu, toujours prêt à s'ériger en rempart contre les aberrations de l'époque, se tenir à côté de Gianni Infantino qui sanctionne les ingérences politiques dans les fédérations mais qui s'est carrément fait dicter sa conduite par Donald Trump. Les anciennes gloires aux costards siglés FIFA ont abandonné tout libre-arbitre contre des places en loges.
Alors jusqu'où irons-nous ? Jusqu'à 64 équipes sur 3 continents en 2030 manifestement, tout ça pour s'assurer les votes d'une réélection déjà jouée. Après tout, pourquoi s'en priver puisque les joueurs ne s'organisent pas en syndicat, puisque même les stars n'esquissent même pas le moindre geste de désapprobation.
Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse. Mais si vous mettez toujours plus d'eau et qu'en plus elle est tiède, alors ça devient complètement imbuvable. Et la réalité de cette 23e édition tient en un seul geste : joignez votre pouce et votre index pour faire un cercle et vous aurez la somme des matches qui resteront dans les mémoires de cette édition 2026.
