Flashscore : Vous parlez japonais couramment à présent ?
Ibrahim Boukedim : (Rires) Effectivement, je reviens du Japon. J'y suis resté trois semaines. J'ai effectué une grosse prépa qui va me servir sur le long terme. J'ai boxé avec le top de la catégorie, notamment le top 9 mondial et des membres du Top 30. Franchement j'ai fait un gros training camp, j'ai beaucoup appris. Les Japonais sont les meilleurs dans ma catégorie, des maîtres de l'esquive.
On imagine que vous êtes déjà proche du poids et qu'il s'agit de peaufiner ?
On vient de finir dix jours de préparation, maintenant on descend en poids et en intensité. La phase de perte de poids est la plus dure, ça se voit au niveau de mon visage, c'est bien creusé. Mais ça veut dire que je suis prêt. Maintenant, on travaille sur les derniers petits réglages, la dernière petite technique, on révise. Sur le plan cardio, je sais que la préparation a été bien faite et je suis content de ça. Il faut se rendre compte : juin, juillet, août, c'est l'été et pendant que tout le monde part en vacances et profite du soleil, toi tu travailles dur et il ne faut pas dévier.
Vous défendez votre ceinture WBC Youth des coqs, le plan est suivi à la lettre.
Oui, et en plus, c'est chez moi et avec mon organisation. Il y a une grosse pression mais elle est positive.
Vous vivez entre Dubaï et Metz, c'est compliqué de gérer votre combat et l'organisation ?
Je reviens surtout pour ma famille. Je fais tout avec mon père qui gère les trois-quarts du gala.
C'était le plan d'organiser vous-même ?
Quand j'ai pris ma ceinture, j'ai fait une pause pour récupérer pendant un mois, un mois et demi. Je devais défendre mon titre de champion de France une troisième fois mais mon adversaire a déclaré forfait à un mois du combat. Donc là, je me suis retrouvé avec un gros écart entre février et septembre. Il a fallu faire des choix et on a réalisé qu'on n'arriverait pas à défendre la ceinture nationale. Alors j'ai créé ma propre promotion qui s'appelle IPP Promotion et désormais je peux organiser mes galas, grâce à tous les sponsors. C'est grâce à eux, parce que sinon, on n'est rien. Mais dans le même temps, il fallait que je commence une préparation. On s'est renseigné sur l'Angleterre, les États-Unis mais le Japon était idéal, surtout pour trouver des gauchers comme mon adversaire. Tous mes sparrings ont été contre des gauchers. Je suis arrivé là-bas déjà prêt physiquement. Le rythme des sparrings a été très élevé. Finalement, j'ai fait trois mois de préparation.
Que vous ont apporté ces trois semaines au Japon ?
Le travail technique avec les coaches, c'était magnifique. J'ai deux ou trois entraînements par jour et ils sont focus sur la technique et ils apportent des conseils. Les boxeurs japonais arrivent à garder leur endurance, à conserver leur puissance. En plus, ce sont des experts en stratégie. C'est un jeu d'échecs dans un ring, avec beaucoup d'intensité. Les mecs travaillent au millimètre. Il y a de la préparation d'attaque, des feintes et la prise de risque. Tu penses que tu sais boxer mais les coaches te remettent à ta place. Tout est travaillé, la position du poing notamment, le placement du bras avant. Leur bras arrière, c'est un fusil à pompe ! J'ai énormément appris et j'y retournerai, surtout qu'il y a beaucoup de boxeurs de ma catégorie.
Ça correspond à votre style de boxe ?
Je suis un boxeur de contre-attaque, avec le coup d'oeil. Mais je dois prendre l'initiative aussi. J'essaie de faire les deux. J'ai travaillé ma condition physique comme jamais. Je sais que je vais tenir les huit rounds, mais lui ? Il faut que je sache lui mettre la pression. J'ai tout étudié pour qu'il n'ait aucune chance. Je dois développer ma puissance et j'ai commencé cette phase avec mon préparateur physique. J'espère que ça va me servir pendant le combat parce que je sens que j'ai pris musculairement et que je suis plus explosif.
Une défense réussie avec une ceinture WBC, ça va être un accélérateur de carrière dans les prochains mois ?
C'est à moi de faire le boulot parce que je sais que c'est un gros combat qui va m'ouvrir de grandes portes derrière. On a pris un vrai risque, Erick López est classé devant moi (91e contre 96e au moment où nous publions, ndlr). Je ne voulais pas un 150e, un 180e mondial. On me l'a proposé mais j'ai refusé. J'ai demandé un adversaire qui allait me faire gagner des places. En cas de victoire, je serai dans le Top 50 mondial.
Il n'a jamais dépassé les six rounds et ce sera une première à l'étranger.
Au Mexique, les boxeurs commencent jeunes mais il n'a pas de grosses références alors que j'ai très vite pu boxer 10-rounds. Il a mis 5 KO mais contre qui ? Est-ce qu'il aura les aptitudes physiques ? Je dois monter serein dans le ring. J'aurai une pression positive parce que c'est chez moi, tous mes proches seront là, ma famille va me voir boxer pour la première fois. Ça va être une belle soirée, avec une ceinture mondiale, devant un parterre de responsables politiques locaux, ce qui est toujours bien. Ce sera à moi de montrer à tout le monde que c'est moi le numéro 1.
