Aller au contenu principal

Lamine Yamal, un Mondial comme un boxeur avec son direct du bras avant

Lamine Yamal
Lamine YamalReuters/Mark J Rebilas

Lamine Yamal n'a pas été aussi flamboyant qu'à l'accoutumée mais par son sérieux tactique, il a réalisé une grande Coupe du monde, dans un style inattendu qui démontre sa maturité malgré ses 19 ans.

En comparaison de Kylian Mbappé, Lionel Messi, Erling Haaland, Jude Bellingham ou encore Harry Kane, les statistiques pures et dures de Lamine Yamal font pâle figure, avec un seul but inscrit pendant toute la Coupe du monde. Oui, mais lui, il est devenu champion du monde le 19 juillet, avec un apport incontestable qui a, peut-être de manière imprévue et inattendue, agrandi sa palette. Arrivé en reprise après une blessure à la cuisse, le Catalan a couru après sa meilleure forme mais sa maturité dans le jeu a amplement compensé. Son implication collective, quasiment ascétique sur l'ensemble du tournoi, a été une valeur cardinale de l'Espagne

Dans ce qui a été longtemps présenté comme le Mondial des stars (un sobriquet bien pratique pour masquer en partie l'inanité du niveau global), Lamine Yamal a brillé par son intelligence : limité dans ses accélérations, contraint de fixer à lui seul les défenses adverses en raison de l'absence de Nico Williams pendant l'essentiel du tournoi (on a vu la différence quand il est entré en finale en termes de déséquilibre), le numéro 19 a été davantage dans l'ombre, ce qui ne signifie pas qu'il a été moins influent. 

Sa phase finale a été une vraie réussite. Omniprésent en 1/16 de finale contre l'Autriche, il a provoqué la blessure de Nuno Mendes contre le Portugal (certainement le tournant du match) en 1/8, a centré en retrait pour Dani Olmo avant que Fabián Ruiz ne suive sur l'ouverture du score contre la Belgique en 1/4, provoqué un penalty qu'il a inventé tout seul en demi-finale. En finale, il a mis la défense argentine sens dessus-dessous, totalement décimée au fur et à mesure. Et sur le but décisif de Ferran Torres, c'est lui qui crée le décalage pour Pedro Porro

La qualité de dribble de Lamine Yamal est ébouriffante, c'est indéniable. Mais un ailier doit savoir évoluer dans son jeu car les analyses sont toujours plus pointues et surprendre est de plus en plus difficile une fois passé l'effet de surprise. En l'espèce, le Catalan y a été contraint par ses moyens physiques du moment. Néanmoins, avoir la lucidité de moins briller individuellement pour apporter collectivement n'est pas donné à tout le monde, surtout quand il s'agit d'un joueur si jeune. Il n'a pas fait de caprice et il n'a pas joué au sauveur de la patrie, alors que son retour anticipé en fin de match contre le Cap Vert et sa titularisation contre l'Arabie Saoudite en donnaient furieusement l'impression. Au contraire, il a été très présent et dévoué en défense (nous l'avions évoqué avant France-Espagne), preuve qu'il avait en priorité pour objectif le bilan collectif. 

Pour donner une comparaison, Lamine Yamal a été comme un boxeur amoindri par l'état de son bras arrière et qui a particulièrement bien utilisé son bras avant pour user avec des directs très précis qui empêchent l'adversaire de s'approcher. Ce travail de sape indispensable n'est pas le plus spectaculaire, mais c'est celui qui distingue le champion qui comprend le jeu, l'enjeu et la tactique, de celui qui reste dans son registre et refuse de changer sa stratégie par orgueil ou manque d'intelligence situationnelle. Un sacrifice qui vaut à Lamine Yamal d'avoir remporté l'Euro et la Coupe du monde à seulement 19 ans et quelques jours.