37 ans et toujours la même compétitivité. Alejandra Salazar a atteint les 50 tournois remportés sur le World Padel Tour. Avec Gemma Triay, sa coéquipière depuis 2021, la Madrilène a renversé la finale à La Rioja (Argentine) après avoir concédé la première manche (6/7 6/4 6/1). Le binôme cartonne avec 21 tournois remportés. Et avant même le début de la saison, "Ale" avait annoncé dans l'émission radio "Esto es pádel" aborder cette année "le couteau entre les dents". La preuve par les faits.
Une saison 2022 paradoxale
La résultante d'une saison 2022 achevée sur une victoire au Master Final de Barcelone contre leurs grandes rivales Ariana Sánchez et Paula Josemaría mais bien plus agitée que prévu, avec 6 tournois consécutifs sans gagner, soit près de 2 mois. Une éternité pour une paire de ce niveau et largement de quoi se remettre profondément en questions malgré deux finales. "Les gens se sont mal habitués avec nous, pointait-elle dans les colonnes de Marca après la victoire à Santander, début octobre. Il paraît qu'il faut tout gagner et qu'on ne peut pas perdre. Or il faut garder à l'esprit que nous sommes nombreuses à travailler pour la même chose. Certaines personnes disaient qu'on ne travaillait pas, qu'on ne valait plus rien... Des propos péremptoires que je ne partage pas".
Des attentes exagérées car Salazar et Triay ont remporté... 12 tournois sur 21 ! Le début d'année avait été exceptionnel avec 4 victoires et une finale lors des 5 premiers tournois Open inauguraux. Pour autant, ces deux mois ont paru bien long, au point que la frustration a tendu l'autocritique : "la super exigence que nous avions a un peu disparu, estimait-elle dans Marca. Les choses ne s'enchaînent pas comme prévu et l'anxiété et l'agitation arrivent... Ça nous a frustré au lieu de nous resserrer, ce qui a généré une dynamique négative, avec des reproches".
Si une séparation n'a pas été envisagée, il a fallu une bonne explication de texte pour repartir de l'avant. La fin de saison a frisé la perfection avec 5 victoires en 5 tournois et le retour sur la plus haute marche du ranking mondial. Toujours dans Marca : "nous avons une excellente relation sur et en hors du terrain, ce qui est important pour surmonter ce type de moments. Je fais confiance à Gemma à 100%, à la joueuse qu'elle est et à ce qu'elle peut donner. Ce n'est pas parce que nous avions de mauvais résultats et qu'on ne s'y attendait pas qu'on allait lâcher".
Une 4e saison consécutive au somment du WPT ?
La rivalité avec la paire Sánchez/Josemaría, qui a remporté le Master d'Abou Dhabi pour reprendre la 1re place mondiale, sera au coeur de la saison 2023. Les "Triar" comme elles sont surnommées, ont pris leur revanche à La Rioja, premier tournoi jamais disputé par le WPT en Argentine. Salazar et Triay ont remporté l'Open 1000 en battant Marta Ortega/Bea González qui avait réalisé la surprise en 1/2, précisément contre Sánchez/Josemaría.
La preuve que le niveau se resserre. "Avec tant de tournois et de nouveaux couples qui se forment et qui viennent aussi avec beaucoup d'envie, il y aura beaucoup plus de jeu et beaucoup plus de gagnantes dans les tournois de cette année, détaillait-elle au micro d'Esto es Pádel. Je pense que ça va être une année très divertissante et imprévisible". Cela implique une volonté d'amélioration dans le jeu, que cela soit au niveau personnel mais aussi dans la gestion collective : "sur le plan individuel, nous avons des choses à améliorer, des coups nouveaux à apporter. Tout est déjà inventé mais il faut inclure des choses pour être plus complètes".
Terminer au sommet de la hiérarchie mondiale pour la 4e année consécutive est un objectif d'envergure qui use physiquement et aussi mentalement, avec 25 tournois au programme en 2023. Mais c'est aussi la raison pour laquelle elle prolonge l'aventure. "Je dis toujours que cette pression est une bénédiction, affirmait-elle dans les colonnes de La Razón le 18 février dernier. J'espère que ça va durer Être numéro un est le rêve de tout athlète et, une fois que vous y êtes, vous devez travailler pour que cela devienne votre norme au quotidien. Vous devenez la rivale à abattre, tout le monde veut vous battre et vous mettre la pression".
La même flamme
À 37 ans, Salazar a vécu l'évolution du padel et sa professionnalisation progressive, même si le Premier Padel ne comporte pas, pour l'instant, de circuit féminin. "Ça s'est fait très petit à petit, se remémorait-elle pour La Razón. J'ai continué à étudier en suivant un cursus d'administration et gestion des entreprises. Le circuit n'était pas ce qu'il est aujourd'hui, on ne se disait pas "je vais être joueuse professionnelle de padel" car ce n'était pas possible possible financièrement. C'était une passion mais c'est devenu mon métier et mon mode de vie. Mais maintenant, une fille de 15 ou 16 ans peut se dire qu'elle peut devenir professionnelle".
L'émulation et la volonté de se maintenir au sommet poussent "Ale" à poursuivre son chemin et cette 50e victoire sur le World Padel Tour démontre qu'elle n'est pas rassasiée de titres malgré les aléas qu'elle a rencontrés, comme sa blessure au genou en 2008 et plusieurs changements de binômes : "je trouve toujours des défis, les années passent, on change de partenaire, les rivaux changent aussi, les villes... Ce n'est jamais la même année". Mais avec Gemma Triay, en dépit de quelques péripéties, les saisons se suivent et se ressemblent dans l'excellence.
