Comme partout, Barcelone succombe à la fièvre du Tour de France. Malgré la chaleur écrasante, le dédale de rues bouclées par la police et les pullmans des équipes qui tentent de se frayer un chemin dans la cité comtale, le public a évidemment été au rendez-vous de la présentation des équipes à la Sagrada Familia et il ne fait aucun doute qu'il sera massivement là pour les deux jours complets en Catalogne.
Les peine-à-jouir râleront sur les départs à l'étranger mais le Tour, dans un cyclisme mondialisé, a une recette infaillible que tous les Français connaissent : la gratuité crée la proximité et développe un sentiment commun. Que ce soit sur le bord des routes ou devant la télévision, ce n'est pas tant le sport qui est célébré mais la réunion humaine. Et par les temps qui courent, une petite bulle de joie n'est pas à galvauder.
En France métropolitaine, Corse comprise, chacun a une histoire à raconter, souvent la même d'ailleurs avec la caravane publicitaire, les grands-parents, la glacière, les coups de soleil. L'identité du vainqueur de l'étape relève de l'anecdote, totalement passée au second plan car ce n'est pas le principal, ce n'est pas la course : c'est le moment de partage.
Avec le Tour, la diagonale du vide se remplit et même si ce ne sont que quelques heures, c'est toujours plus que d'ordinaire. Certes, les quartiers populaires des grandes villes sont trop souvent contournés mais le Tour reste accessible d'un point de vue géographique. Et rien ne ressemble plus à un débardeur-short-claquettes qu'un autre débardeur-short-claquettes. La différence sociale s'estompe parce que l'été, le style met beaucoup de monde à égalité.
Le Tour, c'est un spectacle gratuit. Si certains patrons d'équipes ont rêvé à haute voix de sections payantes, ils ont été rabroués car l'initiative serait totalement contre-productive et elle témoigne aussi du manque criant de réflexion de leur part. Car payer, c'est se couper du public. C'est surtout ne rien comprendre au sport dans lequel on investit.
L'organisation d'une compétition est une gabegie innommable, l'assurance de perdre énormément d'argent... Sauf quand il s'agit du Tour. Quand une ville investit 1€, elle en récupère 2€. Une bascule de 100%, qui plus est dans le sport, cela n'existe pas, hormis avec la Grande Boucle. L'accueillir, en plus d'améliorer sa voirie, c'est faire connaître sa ville partout dans le monde, avec une réalisation qui met les paysages et le patrimoine à l'honneur. Le résultat sportif est totalement secondaire.
À l'heure où tous les dirigeants liés au sport cherchent à gagner des fans et à les faire dépenser de manière outrancière, le Tour prouve qu'un autre chemin est possible pour attirer un public fidèle. Un succès qui ne se dément jamais depuis 1903.
