Ils se sont massés juste en face du podium et le volume de décibels n'a pas faibli pendant plus d'une heure. Maillots d'El Tri sur les épaules et immenses drapeaux frappés de l'aigle qui dévore un serpent, les supporters d'Isaac del Toro sont tout à leur joie : le sherpa de Tadej Pogacar a remporté la deuxième étape du Tour de France, au prix d'un effort immense dans la dernière ascension à Montjuïc et d'un coup de pouce de son leader qui a fait la cassure avec Jonas Vingegaard et Remco Evenepoel.
À plusieurs reprises, "Cielito lindo" résonne, tout comme les chants à la gloire de la nouvelle idole. "Queremos el Toro" scandent-ils, pendant que le champion national assure ses obligations médiatiques. La petite troupe capte évidemment l'attention des journalistes présents, français comme catalans et norvégiens.
Au niveau de la passion pour la chose cycliste, le Mexique n'est pas la Colombie, même si le site d'Aguascalientes est très populaire chez les pistards. Mais cela pourrait changer. Víctor García vient de Zapacu, dans l'état du Michoacán, à l'est du pays, là où trône la plus grande bicyclette du monde de 7,5m de haut, 12 de large et 7000 kg. Son sourire est contagieux : il est aux anges. "Il a fallu près de 40 ans pour réaliser à nouveau un tel exploit sur le Tour, depuis les deux étapes remportées par Raúl Alcalá, explique-t-il. Le Mexique ne produit pas beaucoup de bons cyclistes parce qu'il n'y a pas assez de soutien. Mais on a l'équipe AR Monex qui développe des talents et c'est cette équipe qui a lancé Isaac. Il a ainsi pu courir sur votre continent. Quand il court, on n'imagine pas qu'il a 22 ans, mais dix de plus. Il ne stresse jamais, il ne se désespère pas, il a la tête froide".
Meilleur jeune en 1987 et vainqueur de deux étapes (un contre-la-montre et une en ligne), Raúl Alcalá est populaire comme le chanteur Luis Miguel en ce dimanche après-midi. "El Duende" (le lutin) enchaîne les autographes et les selfies. La victoire de Del Toro le ravit. "C'est une super nouvelle pour le Mexique et tous ceux qui le suivent", s'enthousiasme-t-il au micro de Flashscore. Parce qu'au-delà de la victoire, il y a cette photo déjà iconique du Mexicain et de Pogacar bras levés sur la ligne d'arrivée et ça, en termes de répercussion, c'est immense : "c'est un bon duo, ça s'est beaucoup remarqué, ils se sont parlé avant le dernier tour de circuit, et ça nous donne de bons espoirs pour ce Tour de France".
Et puis, quand les voeux sont suffisamment forts, ils peuvent se réaliser. Del Toro sort de la zone technique, la rumeur devient clameur : le héros du jour débarque sur son vélo, passe devant l'ambassade mexicaine improvisée, lève le bras, tape dans les mains et repart déjà vers le pullman de son équipe où Pogacar déploiera un immense drapeau ("piqué" à un supporter !) en son honneur.
Le Tour ne fait que commencer mais les Mexicains voient déjà plus haut. "Isaac a déjà terminé deuxième du Giro et même si ce ne sera sûrement pas cette année, parce qu'il est le gregario de Pogacar, il gagnera le Tour un jour ou l'autre", estime Víctor et ses amis. Quant à Alcalá, il n'y a aucun doute : la notoriété de Del Toro va battre des records, "et sa popularité dépassera celle du boxeur Canelo Álvarez".
