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Tadej Pogačar et Jonas Vingegaard ne sont pas les seuls à guetter un faux pas du héros norvégien, le Tchèque Mathias Vacek compte aussi jouer sa carte.
Le Tourmalet est souvent une menace, un test de préparation et un col clé. Rien que son altitude (2 115 mètres au-dessus du niveau de la mer) en fait un monument.
On dit de lui qu’il est la Mecque du cyclisme, et à son sommet se trouve un monument dédié à Jacques Goddet, l’homme qui fut directeur du Tour de France pendant plus d’un demi-siècle. On y trouve aussi la statue d’un cycliste nu, rappelant le premier passage de la course en 1910. Les organisateurs de la célèbre épreuve voulaient alors, pour la première fois, emmener le peloton dans les Pyrénées.
À l’époque, cette étape folle de Luchon à Bayonne mesurait 326 kilomètres et le premier homme à franchir le col fut Octave Lapize. Il a parcouru la majeure partie de l’ascension à pied, et il aurait même parfois porté son vélo sur ses épaules. Au sommet, devant les officiels qui l’attendaient, il a prononcé une phrase restée célèbre et indissociable de la montagne : "Vous êtes des criminels…"
Les lacets du Tourmalet sont restés au programme de la course les années suivantes et sont devenus l’un de ses passages incontournables.
C’est aussi pour cela qu’il y a quelques années, l’ancien cycliste tchèque de haut niveau Karel Vacek a emmené ses deux fils sur ce lieu légendaire. Karel et Mathias encourageaient alors leur compatriote Roman Kreuziger, qui courait sous les couleurs de l’équipe Liquigas. Peut-être que cette excursion a contribué à leur passion pour le cyclisme. Aujourd’hui, le plus jeune des deux fait partie des coureurs dont on parle le plus.
"Le Tour de France est mon rêve depuis l’enfance et l’opportunité de le courir arrive. Si tout se passe comme prévu, que je reste en bonne santé et qu’aucun problème ne survient, cela pourrait se réaliser", racontait Mathias Vacek après la saison dernière dans une interview pour Livesport.
À l’époque, il disait vouloir participer à la célèbre course avec le maillot de champion de République tchèque. Il y est parvenu, il l’a porté pendant quatre étapes. Mais sur le Tourmalet, il portera déjà le maillot blanc, réservé au meilleur jeune, et il voudra prouver qu’il ne l’a pas par hasard. Il sent qu’il a la force et qu’il peut réussir.
Un col clé
Le col du Tourmalet joue cette année un rôle un peu différent de d’habitude. En général, le peloton l’aborde lors de la deuxième ou troisième semaine. Cette année, il donne un poids immense à la 6e étape.
Avec ses 17,1 km de long et une pente moyenne de 7,3 %, il est suffisamment long et raide pour révéler les faiblesses. Ce n’est d’ailleurs pas la seule ascension de l’étape. Il arrive après la montée vers l’Aspin (1 489 mètres d’altitude), donc les coureurs ne l’aborderont pas totalement frais. Et il ne marque pas la fin de l’étape. Il se situe à 38 kilomètres de la ligne d’arrivée. La dernière montée vers Gavarnie-Gèdre (1 380 m) ne sera pas non plus une promenade de santé.
Trois grandes ascensions posent la question des différentes stratégies. La décision se fera-t-elle sur le Tourmalet ou les favoris attendront-ils la dernière montée ? Le Norvégien Torstein Træen, qui porte le maillot jaune avec près de huit minutes d’avance sur les principaux favoris, devra se méfier et ses coéquipiers de l’équipe Uno-X Mobility auront une journée difficile. Mais ils peuvent conserver le maillot le plus convoité du Tour. D’autant plus que l’avance sur Tadej Pogačar est de près de huit minutes et que la formation compte Tobias Haaland Johanessen, qui a remporté le KOM au Tourmalet en 2023.
"Si la dernière montée était extrêmement raide, les favoris pourraient se permettre d’attendre. Mais Gavarnie-Gèdre est différente. Elle est plutôt longue et épuisante que sauvage. Cela signifie que la bataille pour le maillot jaune commencera déjà sur le Tourmalet et qu’Uno-X Mobility devra défendre chèrement sa position sur plus de 70 kilomètres de montagnes", analyse dans son point de vue d’expert Matthew Mitchell, journaliste pour le site Pro Cycling.
La chance de Vacek arrive-t-elle ?
Le fait que de nombreux regards soient tournés vers l’équipe norvégienne pourrait profiter à Vacek. Le cycliste tchèque attendra une erreur de Torstein Træen. Il compte moins de quatre minutes de retard sur le maillot jaune. Mais il a aussi devant lui l’Américain Sean Quinn, sur lequel il accuse 3 minutes et 22 secondes de retard.
À la veille du grand jour, le coureur tchèque s’exprimait avec humilité : "Je vais essayer de me battre et de garder le plus longtemps possible le maillot blanc. Je sais que je peux bien grimper en montagne. Je peux avoir confiance en mes capacités de grimpeur, je l’ai prouvé sur les ascensions en Suisse. Mais là, c’est le Tour de France et on ne sait jamais ce qui peut arriver. Demain, je vais simplement essayer de suivre les meilleurs grimpeurs et de tenir le rythme sur le Tourmalet", a-t-il confié au site officiel de la course.
Et Pogačar et Jonas Vingegaard ? Ils vont rejouer leurs duels habituels. Ils se sont toujours soldés par la victoire du phénomène slovène, qui a battu son rival à chaque étape passant par le célèbre col. Même en 2023, lorsque le Danois a finalement remporté le classement général. Mais dans le col, il s’était surtout contenté de contrôler pour que l’écart ne soit pas trop important.
Cette année, c’est au contraire une attaque de Vingegaard qui est attendue. C’est lui qui doit combler son retard. "Je pense qu’on verra une attaque de Jonas, qui va dynamiter le peloton et il ne restera peut-être qu’un petit groupe. Ce sera une ascension clé" prévoit le directeur sportif de l’équipe de Pogačar, Matxín Joxean Fernández.
