Aller au contenu principal

Pas une star mais des tripes : Brandon McNulty sacré champion du monde !

Brandon McNulty
Brandon McNulty Wilkinson/SWpix.com / Shutterstock Editorial / Profimedia

Au bout d'une course déjà mythique, Brandon McNulty est devenu champion du monde à Montréal. Parti seul à 33 kilomètres de l'arrivée, l'Américain, coéquipier de Tadej Pogacar chez UAE-Team Emirates, a résisté à la meute de prétendants qui n'ont jamais su s'entendre pour faire la jonction. Le podium est complété par l'éternel Michael Matthews (Australie) et Mathieu van der Poel (Pays-Bas). Foudroyé par les crampes dans les derniers instants, Paul Seixas termine 15e.

Après la course fabuleuse achevée par le triomphe de Demi Vollering samedi, le peloton masculin avait un sacré défi pour proposer aussi bien ce dimanche dans les rues de Montréal.

Le défi fut relevé haut la main et le nouveau champion du monde s'appelle Brandon McNulty, superbe vainqueur, aidé par une Team USA magistrale dans son organisation collective. Les favoris ont tout donné mais leur marquage a permis à un magnifique outsider de s'imposer. Le maillot arc-en-ciel reste une saison de plus chez UAE-Team Emirates. Après Greg LeMond (1983 et 1989) et Lance Armstrong (1993), il est le troisième américain à revêtir la tunique irisée. 

Armirail bouche 8'30 en 65 kilomètres !

Dès les premiers hectomètres de la course, une échappée s'est formée avec 16 coureurs dont Andreas Leknessund (Norvège), Felix Engelhardt (Allemagne), Guillaume Boivin (Canada), Biniam Girmay (Érythrée) et l'insolite dossard nº1 porté par le Slovène Tilen Finkst en l'absence de Tadej Pogacar. La troupe a pris 8'30 d'avance tandis que... le Mexique tirait le peloton, une manière pour les coéquipiers d'Isaac del Toro de se montrer avant de laisser leur leader seul contre la meute. Il restait 170 bornes à l'entrée du circuit à parcourir 12 fois et donc aucune raison de s'affoler. En revanche, le ciel québécois s'assombrissait de gros nuages gris et lourds qui menaçaient de crever. 

Dès le premier passage par la voie Camillien-Houde (1,6km à 7,4% de moyenne), l'écart s'est réduit d'une minute sous l'impulsion de Bruno Armirail. Au terme de la boucle, il n'y avait plus que 5'45. Neuvième à Kigali l'an dernier, Afonso Eulálio (Portugal) a lâché prise prématurément en raison d'un ennui mécanique rédhibitoire.

L'Equipe de France était en nombre en tête de peloton pour faire le ménage le plus tôt possible. À l'avant, il n'était plus que 7. Encore 10 tours à couvrir, 2'35 d'avance : Armirail faisait mal mais revenait-il un peu trop vite sur les fuyards ? Après un contre-la-montre de 60 kilomètres, le Béarnais a récupéré ce qui restait de l'échappée et Valentin Paret-Peintre a placé une attaque dans Camillien-Houde. 

Dans tous les sens

Il restait 105 bornes et la deuxième partie de la course pouvait s'ouvrir. Vainqueur de la Vuelta, Enric Mas (Espagne) a mis les warnings, tout comme Joao Almeida (Portugal), Felix Gall (Autriche) et Lawrence Pithie (Nouvelle-Zélande). Remplaçant de Louis Barré, forfait après une chute, Jordan Jedat a encore serré la poignée. 

Pas de Pogi ? Pas de problème ! Le Slovène Gal Glivar est sorti du peloton et, pour la première fois, l'Italie a pris la tête du peloton avec Alberto Bettiol. Troisième du GP de Québec récemment, Anthon Charmig (Danemark) est parti dans la côte du chemin de la Polytechnique (780m à 6% de moyenne). À l'initiative d'Alex Baudin, un groupe s'est formé avec notamment Maxim van Gils (Belgique), Oscar Onley (Grande-Bretagne), Santiago Buitrago (Colombie), Ben Healy (Irlande), en bronze en 2025 et... Mathieu van der Poel (Pays-Bas). Christian Scaroni a insisté, quitte à faire mal à Giulio Pellizzari (Italie), au rupteur avant la bascule. 

Wout van Aert (Belgique), Primoz Roglic (Slovénie) et Brandon McNulty (États-Unis) ont fait la jonction. Dès lors, Remco Evenepoel (Belgique), Paul Seixas, Juan Ayuso (Espagne) et del Toro étaient dans l'expectative. Les Bleus ont ramené le peloton mais van Aert a contré, suivi par van der Poel et Onley. Charmig et Roglic se sont faits la peau pour recoller et Quinn Simmons (États-Unis) a réussi un jump prodigieux pour s'agréger à cette échappée royale. Il restait 85 kilomètres et ces six-là pouvaient aller très loin. C'était le feu dans le camp français qui n'était pas représenté. Pour Paul Seixas, Evenepoel et del Toro, cela pouvait déjà être fini, tandis que Tom Pidcock (Grande-Bretagne) et Mathias Vacek (République tchèque) sont tombés. Sorti à contre-temps, Nicolas Prudhomme s'est relevé. 

Outre la France, l'Italie et l'Espagne étaient aussi dans la nasse. En résumé : soit ça sortait dans Camillien-Houde dès à présent, soit c'était un enterrement de première classe avec le croque-mort de Lucky Luke pour prendre les mesures. L'écart était de 40 secondes quand Del Toro a accéléré et créé une cassure. Le Mexicain a bouché 25 secondes en quelques hectomètres. Il a été relayé par Seixas, contraint de se découvrir. 

Champagne et pop-corn

Ça se rapprochait alors van der Poel a mis une sacoche. Sec et net, le champion du monde 2023 a mis van Aert, Roglic et Charmig dans le rétroviseur dans Polytechnique. Seuls Onley et Simmons ont pu suivre le "Petit Phénomène". Cela remettait la Belgique dans le jeu de la poursuite, d'autant qu'Evenepoel semblait facile et que van Aert, quoique bouilli, passait de gros relais pour contraindre Seixas à travailler un cran plus bas. 

Encore 5 tours et l'épouvantail orange était en position idéale. Le groupe Seixas-Evenepoel-Del Toro était déjà à une minute et des coureurs revenaient de l'arrière tant la désunion était patente. Dans Camillien-Houde, WVA a capitulé quand Roglic est parti faire le jump. Dès lors, Evenepoel pouvait jouer sa partition en solo. Mais ce sont Healy et Pidcock qui ont bougé, bien suivis par Matteo Jorgenson et McNulty (États-Unis). Alors del Toro a bougé, avec Seixas harnaché à son porte-bagage, en mode final du GP de Montréal. Et Evenepoel dans tout ça ? Soit il bluffait très bien, soit il était beaucoup moins fringant qu'on ne le pensait tous. 

Quatre tours, 54 kilomètres et une course échevelée qui part dans tous les sens. Cette fois sorti seul, Healy pointait à 15 secondes du quatuor de tête, en chasse-patate à équidistance du groupe de poursuivants bientôt remplumés avec le retour d'une grappe emmenée par Evenepoel. Plus haut, van der Poel a remis un taquet. Simmons a tenu, Roglic est revenu au train pendant qu'Onley a baissé pavillon et a été repris à Healy. Del Toro y est retourné aussi, relayé par Seixas qui ne voulait pas trop en donner. Cela a redonné du champ au trio de tête. 

Derrière, Evenepoel continuait de faire le yo-yo mais il a retrouvé van Aert qui l'a ramené auprès de Seixas et Del Toro. Infatigable, WVA a pris la tête du groupe et... Evenepoel a attaqué ! Un pétard mouillé contré par le Mexicain qui a forcé le Tricolore à faire le travail. 

Dans Camillien-Houde, Healy a largé Onley, il est revenu sur le trio de tête... et il a contré ! Plus bas dans la pente, capot ouvert, van Aert venait de se garer mais Evenepoel et Ayuso n'ont pas soutenu la nouvelle initiative de Del Toro. Plus que 15 secondes d'écart et bientôt la jonction. La course de cadets de 65 bornes s'achevait !

McNulty, lieutenant récompensé

Il n'était plus que neuf désormais. Les États-Unis étaient en surnombre : après une tentative de Jorgenson, c'est McNulty qui est parti et a profité des atermoiments rivaux pour faire le trou. Si Evenepoel et Healy étaient cuits à l'étouffée, Roglic et Healy sont revenus, inusables. 

L'Américain a fait grimper son avance plus d'une minute à deux tours de l'arrivée, ce qui ne l'a empêché de frôler la gamelle dans un virage pris trop rapidement. Seuls del Toro et Seixas devaient se coltiner la poursuite, le prix à payer quand on porte la pancarte de favori. Dans Camillien-Houde, Pidcock s'est mis en danseuse : c'est del Toro qui a sauté puis Seixas s'est tapé la cuisse, victime de crampes ! Le champion olympique de VTT en 2024 en a remis une et c'est van der Poel qui a plié, bientôt rejoint par del Toro. Vite remis, Seixas a relayé le Britannique et c'est Healy qui en a été victime. À la bascule, il restait Seixas, Pidcock, Jorgenson, Matthews et Giulio Ciccone (Italie), sage comme une image pendant que les autres s'écharpaient, ce qui a permis à Healy, MVDP et del Toro de rentrer.

Il ne fallait pas trop niaiser non plus : le groupe Evenepoel revenait tout près ! Ciccone a enfin bougé, tandis que le Belge faisait le jump. Healy a contré, épaulé par Pidcock. Ça faisait le spectacle mais surtout les affaires de McNulty qui a retrouvé sa minute d'avance. Chacun y allait de sa tentative... et c'est Evenepoel, après avoir pris son élan, qui a foutu le camp mais a été récupéré juste avant la cloche. 

Un tour, 13 kilomètres, 53 secondes d'avance pour McNulty : ce final était à couper le souffle, totalement indécis. La dernière occurrence de Camillien-Houde allait-elle tout décider ? Évidemment, Healy est allé, suivi par Ciccone. Or le statu quo a perduré. À 500 mètres de la bascule, l'Italien a été tranchant et embarqué Pidcock avec lui. Le Britannique n'a pas voulu laisser les survivants revenir. Del Toro s'est saigné, accompagné de Seixas, van der Poel, Matthews et Jorgenson. La montée avait fait des ravages pour McNulty qui n'avait plus que... 10 secondes d'avance à 10 bornes de l'arrivée. Ils ont cru avoir fait le plus dur ? Quelle erreur ! 

Car McNulty n'avait plus de questions à se poser. Son avance est remontée à 20 secondes. Evenepoel et Healy sont encore revenus et l'Irlandais a de nouveau tenté sa chance. McNulty allait-il tenir dans le chemin de Polytechnique ? Que c'était dur pour l'Américain ! Van der Poel a joué son va-tout, avec Jorgenson, Ciccone et... Mads Pedersen (Danemark), rarement devant mais toujours dans les parages dans des petits groupes revenus de l'arrière, tout comme Mauro Schmid (Suisse) qui s'est fait la malle. 

Un dernier talus à escalader avant d'aborder les terribles 500 derniers mètres : McNulty avait encore 25 secondes d'avance et il a relancé avec beaucoup de force. Pidcock était en furie, toujours avec Jorgenson dans sa roue. C'était l'effort de trop pour Seixas qui a capitulé, foudroyé par les crampes. Enfin débarrassé de l'ombre du Français, Del Toro a mis tout ce qui lui restait, suivi par van der Poel et Healy. 

L'Américain a remis de la braquasse dans le faux-plat descendant avec 30 secondes de marge à la flamme rouge. Ça jouait battu ! McNulty, équipier fidèle de Pogacar, s'est paré du maillot irisé sur son continent. Treize secondes plus tard, Matthews a devancé van der Poel au sprint, tandis que Simmons a terminé 4e, devant Del Toro et Pedersen. Seixas a pris la 15e place. 

Déjà vainqueur du GP de Montréal l'année dernière, McNulty a remporté son plus beau succès dans une ville qui, de toute évidence, lui porte beaucoup de bonheur. 

 

Choisissez Flashscore sur GoogleRetrouvez nos articles plus souvent
AjouterAjouter sur Google