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Partout et nulle part : à quoi sert Ivan Ljubičić à la FFT ?

Ivan Ljubičić
Ivan LjubičićCredit: ČTK / imago sportfotodienst / Juergen Hasenkopf

Alors qu'il va prendre le rôle de coach de Félix Auger-Aliassime, Ivan Ljubičić reste à la Fédération Française de Tennis. Mais pourquoi faire ? On se le demande encore et encore...

Ivan Ljubičić, c'est avant tout un ancien joueur de talent. N°3 mondial à son meilleur, 10 titres ATP en carrière dont le Masters 1000 d'Indian Wells en 2010. Le tout en pleine ère du Big Three, durant laquelle il a quand même réussi à exister tennistiquement parlant, même s'il n'a pas décroché le sacro-saint titre en Grand Chelem qui rehausse instantanément n'importe quel palmarès.

Mais le Croate s'est surtout distingué en étant le dernier coach officiel de la carrière de Roger Federer. De 2016 à 2022, il a contribué au rebond du Suisse, qui remportera trois derniers titres en Grand Chelem après 5 ans d'attente. Un état de fait qui lui a ouvert une porte prestigieuse : celle de la Fédération Française de Tennis, pour s'installer au poste de responsable des équipes de France. Ou de Directeur du Haut Niveau. On n'a jamais vraiment su.

Échec sur échec

Fin 2022, on lui a confié un projet nommé "Ambition 2024". Bien évidemment, il concernait les Jeux Olympiques de Paris. Mais réussir à relancer Roger Federer, c'est du même calibre que Patrick Mouratoglou qui s'enorgueuillit d'avoir redonné un deuxième souffle à la carrière de Serena Williams : les grands champions ne meurent jamais, ils ont juste parfois besoin d'un petit coup de pouce, pas de quelqu'un qui s'approprie leurs succès, alors qu'ils gagnaient déjà avant eux. 

Cette "réussite" avec le Suisse, c'est ce qui a fait de lui le candidat idéal pour le poste à la FFT alors que le cadavre de Federer était encore chaud. Il faut bien manger, comme disait un célèbre présentateur télé français. Mais d'un âne, on ne fera jamais un cheval de course. Le bilan du tennis français aux JO 2024 est net et sans bavure : zéro médaille. Néanmoins, il y a une chose qu'on ne peut reprocher à Ljubičić : son manque de lucidité. Pendant les JO, en conférence de presse, il n'y allait pas par quatre chemins. 

"Les résultats sont catastrophiques. C'est la réalité, il faut absolument prendre ses responsabilités (…). J'ai proposé ma démission (…) parce qu'on n'a pas réussi à préparer les joueurs."

Mais visiblement, la FFT, par la voix de son président Gilles Moretton, avait un avis différent sur la question.

"La FFT estime que le projet mis en place par son Directeur du haut niveau, sa disponibilité auprès des joueuses et des joueurs, son expérience en tant que joueur et entraîneur, font d'Ivan Ljubicic la personne idoine pour poursuivre la transformation de la cellule haut niveau et permettre l'émergence d'une nouvelle génération ambitieuse et performante".

Quand on veut démissionner, on démissionne. On n'a besoin de la permission de personne, peu importe le poste occupé. Mais Ljubičić est resté. Et même si cela ne filtrera sans doute jamais, c'est probablement une belle rallonge qui lui a été proposée pour le faire changer d'avis. Car dans le monde actuel, cela vaut tous les beaux discours du monde. Le tout après un échec monstrueux à domicile. 

Deux ans plus tard ? Il a été officiellement relevé de ses fonctions. Depuis son arrivée, les hommes se sont qualifiés une seule fois en phase finale de Coupe Davis, les femmes ont quitté le groupe mondial en Fed Cup, et hormis l'épiphénomène Lois Boisson (on peut officiellement le dire au vu des performances de cette dernière depuis un an), il n'y a rien à retenir de ses quatre années de présence au sein de la FFT.

La triple casquette d'Ivan Ljubičić

Direction la porte donc. Non ? Non. Une promotion, voilà ce qui l'attendait. Le voilà conseiller spécial du président Moretton. Un poste dont on se demandait, depuis sa nomination, à quoi il servait. On vient d'avoir la réponse : à rien. En effet, on a appris aujourd'hui que Ljubičić allait devenir l'entraîneur de Félix Auger-Aliassime. 

Demi-finaliste de l'US Open 2025, le Canadien est en perte de vitesse depuis un an. Et cela s'est accéléré depuis quelques semaines. Mais il va avoir un titre à Bruxelles et une finale au Masters 1000 de Paris à défendre très prochainement. Et en cas de contre-performance, il pourrait tout simplement quitter le top 10 mondial. De quoi avoir envie de créer un électrochoc : après tout, si Ljubičić a "relancé" Federer, ce devrait être un jeu d'enfant.

On attendait donc l'annonce de démission du Serbe. Que nenni : il conserve son rôle à la FFT ! Mais il conserve aussi ses fonctions au sein de Sky Sports Italia. Il y est analyste, consultant, star d'un documentaire, bref tout ce dont le média a besoin. Trois emplois, trois salaires. Mais bien évidemment, celui de coach est le plus prenant. Accompagner son joueur aux quatre coins du monde toute l'année : comment concilier une autre mission (et même deux donc) avec cela ?

C'était le messie quand il est arrivé. Les discours dithyrambique pullulaient, les huiles se gargarisaient d'avoir attiré un tel profil (comme s'il était venu gratuitement, comme s'il n'avait pas fallu allonger les billets pour le voir débarquer) qui devait permettre de passer ce cap, de refaire du tennis français une place forte. Quatre ans plus tard, où est le retour sur investissement ?

Une vraie-fausse démission, une rétrogradation qui est en fait une promotion, une demi-finale de Grand Chelem et un titre en Masters 1000 pour Arthur Fils au moment où il quittait son poste de responsable des équipes de France (ou de Directeur du Haut Niveau, on ne saura jamais vraiment). Voilà, de façon crue, le bilan de Ljubičić depuis qu'il a rejoint la FFT.

Et sans un accroc dans la voix - notez l'impertinence - il va conserver sa casquette de conseiller spécial du président de la FFT. Et là encore, on ne verra aucun effet. Le tennis français n'allait pas forcément bien quand le Serbe est arrivé. Mais s'il peut s'enorgueillir de l'avoir mis dans un plus sale état encore. Et il va rester pour constater les bienfaits de sa méthode. Après tout, si Federer est une légende, c'est grâce à lui.

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