Il s'appelle Zidane. Un prénom arabe, porté dans une famille mancunienne dont le père vient de Sahiwal au Punjab pakistanais et la mère de Samawah, au sud de l'Irak. Pas un hommage à Zizou, contrairement à ce que l'on serait tenté de croire : le prénom Zidane, orthographié aussi Zidan, est assez répandu dans le monde arabe. Et Zidane Iqbal lui-même n'a jamais fait le lien entre lui et la légende du football français. Mais c'est bien avec ce prénom si symbolique côté français que le joueur de 23 ans s'apprête à défier les Bleus ce lundi. Un destin cocasse pour celui qui est aussi milieu de terrain, avec un style de jeu semblable.
Maicon, son premier souvenir de Coupe du monde
Le premier souvenir de Coupe du monde de Zidane Iqbal, c'est un but... de Maicon. Il rentre alors de l'école avec son père, qui avait mis Brésil-Corée du Nord en pause. "On est rentré, on a remis le match et j'ai vu le but", explique-t-il à The Athletic. Ce coup de pied dévissé depuis un angle quasi impossible, rentré entre la main gauche du gardien et le poteau, en Afrique du Sud en 2010 a marqué le jeune Zidane qui avait alors sept ans. "Maintenant je vis un rêve que j'avais à sept, huit ans. J'espère qu'il y aura des enfants, qu'ils soient asiatiques, arabes, peu importe, qui regarderont ça et se diront qu'ils peuvent le faire. Parce que c'est possible. Si moi je l'ai fait, pourquoi pas eux ?", confie-t-il au même média.

À neuf ans, Zidane Iqbal intègre l'académie de Manchester United. Il ne la quittera que quinze ans plus tard, après en avoir gravi chaque échelon. Son terrain de jeu d'enfance, c'est le Trinity High School, où lui et ses amis "escaladaient les grilles pour jouer", visible depuis les fenêtres de l'hôtel où United le loge la veille de son grand soir. "Une minute, je jouais là avec mes amis. La suivante, je me préparais pour un match de Ligue des champions dans un hôtel à deux minutes à pied", raconte-t-il à The Athletic.
L'entrée dans l'histoire
Le 8 décembre 2021, sous l'intérim de Ralf Rangnick, Zidane Iqbal entre en jeu à la 89e minute contre les Young Boys de Berne lors du dernier match de poules de Ligue des champions. Premier joueur britannique d'origine sud-asiatique à jouer pour Manchester United, premier de cette communauté à fouler une pelouse de Ligue des champions. Il remplace alors Jesse Lingard, dont il gardera le maillot floqué du numéro 14, encadré chez lui. Ce 14 deviendra son numéro en sélection irakienne.
Deux mois plus tôt, lors d'un match de préparation contre Liverpool (4-0), Erik ten Hag l'avait lancé en seconde période à la place de Fred alors que son équipe menait 3-0. Sa sérénité balle au pied, son sens du placement et sa qualité de passes avaient fait forte impression : un 1,88m capable de regarder Thiago Alcantara et Fabinho dans les yeux, avec une assurance assez bluffante pour un gamin de 19 ans. Les fans mancuniens s'étaient emballés sur les réseaux, l'un d'eux allant jusqu'à écrire "le meilleur Zidane de l'histoire", comme le relaie ensuite le Daily Mail.
Ten Hag le bloque, Utrecht le relance
La suite est moins belle pour le nouveau chouchou des supporters mancuniens. 17 apparitions sur le banc sans jouer une seule minute sous Erik ten Hag. "Je voulais juste jouer dix minutes pour me montrer et ça me frustrait vraiment que le coach ne me fasse pas assez confiance", confie-t-il à The National. Il se souvient d'une promesse de titularisation en League Cup contre Charlton, des billets réservés pour sa famille, puis son nom absent du tableau blanc dans le vestiaire : "Je me suis dit : je ne suis qu'un numéro."
En 2023, il rejoint Utrecht pour un million d'euros et un contrat de 4 ans, s'inspirant des exemples de Jadon Sancho et Paul Pogba, qui avaient osé quitter Manchester pour relancer leur carrière à l'étranger. "J'avais fait tout ce qu'on me demandait et je n'avais pas eu ma chance. J'avais besoin de partir", résume-t-il à The National. En Eredivisie, le milieu de terrain retrouve du temps de jeu et cumule 47 matchs toutes compétitions confondues depuis son arrivée, même si une opération du genou en avril 2025 à quelque peu freiné sa progerssion.

Trois drapeaux, une identité
Au-delà de ce parcours en clubs, Zidane Iqbal a dû aussi faire un des choix en sélection. Sa mère Ayat a quitté l'Irak à l'âge d'un an pour fuir la guerre. Son père Aamar, né à Sahiwal au Punjab, est arrivé à Manchester à sept ans, fan de cricket. "Mon père vient avec le maillot de l'Irak, mon nom et mon numéro dans le dos. Et quand on marque, il crie aussi fort que tout le monde", sourit-il auprès de The Athletic.
Éligible pour représenter l'Angleterre, l'Irak et le Pakistan, Iqbal choisit les Lions de Mésopotamie dès 2021. Une grande page Instagram qui suit les Irakiens à travers le monde l'avait contacté pour vérifier les rumeurs sur ses origines. La Fédération irakienne a suivi, à travers une série de visioconférences avec lui et ses parents. "Quand quelqu'un vous montre autant d'amour, il n'y a qu'une chose à faire : le ressentir, dit-il à The Athletic. C'était simplement la bonne décision pour moi."
Mais pour les 250 millions de Pakistanais qui regardent le tournoi, son entrée en jeu contre la Norvège le 16 juin à Foxborough avait une saveur particulière : il est le premier joueur d'ascendance pakistanaise à disputer une Coupe du monde masculine.
Un Zidane contre la France
L'Irak a réalisé l'une des campagnes de qualification les plus longues de l'histoire du football : 21 matchs pour décrocher la 48e et dernière place du tournoi, avec notamment un penalty à la 107e minute contre les Émirats arabes unis pour accéder aux barrages intercontinentaux. En chemin, Iqbal avait inscrit le but victorieux contre l'Indonésie en sortant du banc provoquant les cris de sa mère en tribunes, qu'il distingue du brouhaha des tribunes. "Cette génération d'Irakiens a traversé des temps si difficiles avec les guerres et toutes les épreuves. Je crois que le football, c'est leur liberté, leur joie", poursuit-il à The Athletic.
Ce lundi soir à Philadelphie, il se retrouve donc face à la France, grande favorite du groupe. Lui n'y voit pas de quoi s'affoler. "La France a tout à perdre face à nous. Nous, on y va sans pression. C'est eux qui doivent nous battre. Je crois qu'on va surprendre du monde", assure Zidane Iqbal. Une coïncidence que le destin, décidément, semble avoir programmée de longue date.
La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le tournoi réunira 48 sélections et se jouera dans 16 stades modernes.
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