La Roja a porté à 38 son nombre de matchs sans défaite, un record pour une sélection européenne ou sud-américaine, grâce à sa victoire contre l'Argentine lors d’une finale qui restera sans doute comme l’une des plus déséquilibrées dont on se souvienne. Et, comme en 2010, ce succès lors de la grande fête de la FIFA fait suite à un titre européen.
16 titres en cinq ans
Il s’agit de la seule sélection à détenir simultanément les Coupes du monde masculine et féminine. Plus incroyable encore, au cours des cinq dernières années, l'Espagne a remporté pas moins de 16 titres mondiaux et européens, des U17 jusqu’aux seniors.
Les joueurs changent, mais la culture de la gagne demeure. Pour les nations qui échouent souvent, il est intéressant de s’interroger sur les raisons de cette réussite.
En résumé, tout repose sur une philosophie affinée au fil des années.
Si l’on se demande pourquoi l'Angleterre reste un glorieux perdant face à l’Espagne, voire la France, il suffit d’observer la façon dont chaque fédération aborde le football dès les catégories de jeunes.
Une philosophie claire
Dès huit ou neuf ans, les jeunes joueurs espagnols apprennent à jouer d’une certaine manière.
En matière de philosophie de club, le FC Barcelone est sans doute l’exemple le plus parlant pour les amateurs de football.
Quel que soit l’âge, tout jeune qui enfile le maillot du Barça évolue exactement selon les mêmes principes.
Quand les plus talentueux accèdent à l’équipe première, la transition est d’autant plus facile qu’ils jouent dans le même style depuis leur arrivée au club.
Même si quelques nuances peuvent exister selon le staff technique, la méthode reste fidèle à celle instaurée par Johan Cruyff, qui a totalement révolutionné le club à la fin des années 1980 et au début des années 1990.
Neuf sélectionneurs anglais en 26 ans
Le football espagnol, au niveau national, fonctionne de façon similaire depuis de nombreuses années. Il suffit de comparer cela à la manière dont la Fédération anglaise a procédé ces deux dernières décennies.
Neuf sélectionneurs ont été nommés depuis 2000 (Sven Goran Eriksson, Steve McLaren, Fabio Capello, Stuart Pearce, Roy Hodgson, Sam Allardyce, Gareth Southgate, Lee Carsley et Thomas Tuchel), chacun apportant des idées tactiques radicalement différentes.
Dans le cas d’Allardyce, il n’a dirigé qu’un seul match et n’a guère eu le temps d’imposer ses idées avant d’être démis de ses fonctions.
Considéré comme l’un des entraîneurs les plus novateurs de sa génération, malgré une réputation parfois injuste de partisan du jeu long, il aurait été intéressant de voir ce qu’Allardyce aurait pu accomplir avec la sélection s’il avait eu sa chance.
St George’s Park n’a ouvert qu’en 2012
Le problème de fond serait toutefois resté le même, et c’est bien pour cela que l’Angleterre accuse un tel retard sur ses voisins européens.
Par exemple, ce n’est qu’en octobre 2012 que St George’s Park a ouvert ses portes comme centre névralgique de la sélection à tous les niveaux, offrant enfin un "centre d’excellence" aux jeunes joueurs.
La France, elle, a inauguré son Centre National du Football (CNF) à Clairefontaine dès 1988, soit 24 ans avant que l’Angleterre et la FA ne s’en inspirent.
Il aura fallu dix ans de plus aux Bleus pour décrocher une Coupe du monde, mais cela prouvait qu’ils étaient sur la bonne voie. Depuis, le football français ne cesse de progresser.
Pas de déviation dans le style
Comme l’Espagne, la France a compris très tôt qu’imposer un style précis, sans jamais s’en écarter dans une filière de jeunes bien structurée, finirait par porter ses fruits.
De plus, le fait d’avoir une façon de jouer unique, comprise par tous dès le plus jeune âge, donne la confiance nécessaire pour s’exprimer sans crainte.
Les erreurs sont souvent encouragées comme faisant partie de l’apprentissage, alors que les jeunes garçons deviennent adultes et, espérons-le, des talents de classe mondiale.
La Ciudad del Futbol, littéralement "ville du football", à Las Rozas au nord de Madrid, sert de base à toutes les sélections espagnoles.
Là-bas, comme à Clairefontaine, les entraîneurs travaillent selon ce style bien connu des joueurs, garantissant une transition fluide à mesure que les plus doués montent de catégorie.
Dans les deux cas, ces centres d’excellence accueillent généralement les garçons à partir de 13 ans. Tandis qu’en Angleterre, le football en académie commence dès neuf ans, ce n’est qu’à 15 ans que certains jeunes sont invités à St George’s Park.
Ces deux années pleines ne sont pas anodines, car les jeunes Anglais auront eu 24 mois de plus pour jouer de multiples façons, parfois sans lien avec celles des sélections nationales, qui elles-mêmes peuvent changer de style selon le responsable de chaque catégorie.
La vision de Cruyff
Il n’est pas rare non plus que de jeunes Anglais, avant d’intégrer ce cadre, disputent des matchs sans vainqueur ni perdant, pour ne pas heurter la sensibilité de certains.
Quoi qu’il en soit, il n’y a pas vraiment de secret sur l’écart qui subsiste entre les inventeurs du football et leurs rivaux continentaux. Peut-être que l’une des citations les plus célèbres de Cruyff l’exprime parfaitement.
"Jouer au football est très simple, mais jouer simple au football est la chose la plus difficile qui soit".
Les dirigeants du football anglais feraient bien d’en prendre de la graine.
