Vu d'Italie : Gonçalo Ramos, le futur pilier de l’attaque rossonera

Gonçalo Ramos
Gonçalo RamosFRANCK FIFE / AFP

À la découverte de Gonçalo Ramos à travers les données Opta : son style de jeu, les chiffres sur les expected goals (xG) et les interrogations concernant sa capacité à s’imposer comme titulaire au Milan.

Soixante millions d’euros fixes, avec des bonus pouvant atteindre soixante-quinze. Le Milan est prêt à battre son record de dépenses pour Gonçalo Ramos, qui a passé la visite médicale aux États-Unis, où il est engagé avec le Portugal pour le Mondial 2026.

Rúben Amorim, nommé entraîneur le 16 juin, a fait de lui le pivot incontournable du nouvel avant-centre rossonero.

D’Olhão à la Ligue des champions

Ramos a été formé au Benfica, où il a terminé meilleur buteur de la UEFA Youth League lors de la saison 2019-2020 avec 8 buts. En 2022-23, il a été appelé à succéder à Darwin Núñez, transféré à Liverpool. Là bas, il a inscrit 27 buts et distribué 12 passes décisives en championnat, a remporté le titre national, et décroché le record du plus jeune joueur à inscrire un doublé lors du derby de Lisbonne face au Sporting.

L’esclat de joie de Ramos avec Benfica
L’esclat de joie de Ramos avec BenficaPATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP

La consécration internationale est arrivée lors du même Mondial au Qatar : triplé face à la Suisse en 1/8 de finale à 21 ans.

Au PSG depuis août 2023, il a accumulé 132 apparitions, 45 buts et 10 passes décisives. Avec les Parisiens, il compte, trois championnats de France, deux Coupes de France, trois Trophées des champions, la Supercoupe de l’UEFA, la Coupe Intercontinentale et deux Ligues des champions consécutives. Il a remporté la première en étant décisif lors d’une finale gagnée 5-0 contre l’Inter.

Entre-temps, il a disputé la Ligue des Nations 2024-2025 avec le Portugal.

À seulement 24 ans, Ramos possède déjà un palmarès que beaucoup n’atteignent jamais au cours de leur carrière.

Ce qu’il fait mieux que (presque) tout le monde

Ramos vit dans la surface adverse. Le radar Opta le place au 96e percentile pour les touches dans la surface adverse par rapport aux attaquants des cinq grands championnats européens sur les 15 dernières années avec au moins 1 350 minutes jouées. Cela signifie que presque personne ne passe plus de temps que lui dans cette zone, ni ne l’exploite aussi bien.

Le petit total de 4 % de joueurs qui le devancent dans cette statistique sont exclusivement des finisseurs purs ayant bâti toute leur carrière autour du but.

Données et statistiques
Données et statistiquesOpta by Statsperform

Sa zone de touches lors du PSG-Metz du 21 février illustre parfaitement cette tendance : aucun ballon touché dans sa moitié de terrain et des passes très rares sur la ligne médiane. 20 % de ses touches totales sont concentrées dans le couloir central-droit du dernier tiers du terrain, tandis que 12 % se situent sur le côté droit de la surface de réparation.

Touch Zone
Touch ZoneOpta by Statsperform

Ramos n’est pas un attaquant de soutien classique, mais plutôt un avant-centre vertical, qui préfère se positionner directement dans la zone de finition. Les 74 conduites de balle enregistrées cette saison en Ligue 1 confirment également cette tendance : elles se développent presque toutes dans la moitié de terrain offensive et, dans de nombreux cas, déjà à l’intérieur ou aux abords de la surface.

Les conduites de balle de Ramos
Les conduites de balle de RamosOpta by Statsperform

En somme, le Portugais n’aime pas porter le ballon depuis le milieu de terrain. Quand il décide de dribbler ou de conduire, il se trouve déjà en zone rouge.

Le chiffre qui fait débat

En 1 309 minutes de Ligue 1, le Portugais a tenté 58 tirs, générant une valeur totale de (xG) de 9,0 et un xG moyen par tir de 0,16. Avec quatre tentatives toutes les 90 minutes, il se situe au 94e percentile parmi les attaquants européens. Sa carte de tirs montre que la quasi-totalité de ses tentatives provient de l’intérieur de la surface, avec les ballons à fort potentiel de but placés dans la zone centrale, juste devant le but.

Cependant, le verdict du terrain fait état de 6 buts réels : trois de moins que ce que suggèrent les xG.

Un écart qui mérite d’être analysé dans le bon contexte.

Les données sur les xG
Les données sur les xGOpta by Statsperform

Ramos, en effet, a souvent été utilisé comme remplaçant, avec une moyenne de seulement 43 minutes par match en championnat. À l’inverse, en Ligue des champions, il a inscrit 2 buts en 201 minutes réparties sur 11 apparitions : une moyenne de buts presque deux fois supérieure à celle de la Ligue 1, obtenue de surcroît sur les scènes les plus relevées.

Par ailleurs, ses 6 buts en championnat le placent tout de même au 94e percentile pour les buts marqués toutes les 90 minutes parmi les attaquants européens. Sa légère sous-performance par rapport aux xG coexiste donc avec un rendement absolu qui reste d’un très haut niveau.

Un avant-centre, pas un meneur de jeu

Le radar Opta le situe au 31e percentile pour les touches totales et au 50e pour les dribbles tentés. Ses 39 touches en moyenne toutes les 90 minutes sont peu nombreuses, ce qui met d’autant plus en valeur ses caractéristiques.

La carte des passes de PSG-Metz du 21 février – à considérer comme une photographie et non comme une règle absolue – illustre bien ce schéma : 31 passes au total avec 94 % de réussite, presque toutes jouées en retrait ou latéralement. Ramos reçoit le ballon, sert un coéquipier, et se déplace immédiatement. Son travail de liaison est essentiel et efficace, d’autant que, comme évoqué, sa zone naturelle est la surface de réparation, pas les trois-quarts.

Carte des passes
Carte des passesOpta by Statsperform

Pour un entraîneur comme Amorim, qui construit sa phase offensive sur la fluidité des mouvements collectifs plutôt que sur la créativité d’un seul meneur, ce profil est un atout majeur : Ramos n’a pas besoin de toucher constamment le ballon pour être dangereux, mais il sait déjà quel espace occuper dans la surface avant même que le centre n’arrive.

Le pressing

Dans les statistiques défensives, le radar Opta enregistre 3,2 actions toutes les 90 minutes, ce qui le place au 54e percentile : une donnée parfaitement dans la moyenne, qui n’impressionne pas en soi. Le pressing de Ramos, cependant, est avant tout positionnel, pensé pour couper les lignes de passe adverses et orienter la construction de l’équipe adverse vers des zones précises du terrain.

Luis Enrique a structuré une part importante de la phase sans ballon du PSG sur ce travail de l’ombre, et Amorim adopte une philosophie très similaire avec ses attaquants. Dans les duels aériens, le Portugais se situe également au 54e percentile (1,4 remportés toutes les 90 minutes) : une statistique normale pour un avant-centre de 1,85 m qui préfère se démarquer par l’anticipation plutôt que d’entrer dans des duels purement physiques avec les défenseurs.

La question en suspens

Au Parc des Princes, le PSG l’a souvent utilisé comme solution de luxe. Luis Enrique a toujours salué sa mentalité exemplaire et sa capacité à se montrer prêt en sortant du banc. Au Milan, cependant, le contexte va changer radicalement : Ramos sera appelé à être titulaire indiscutable du début à la fin de la saison.

Comment répondra-t-il à cette nouvelle centralité ? Pour l’instant, personne ne peut l’affirmer avec certitude. Ses excellentes moyennes par 90 minutes ont jusqu’ici été calculées sur des fenêtres de jeu réduites, profitant souvent de l’avantage d’entrer en jeu face à des défenses déjà fatiguées ou focalisées sur d’autres joueurs.

En Italie, les défenses adverses l’étudieront pour le neutraliser dès la première minute, le considérant comme l’ennemi public numéro un et non comme une variable imprévue en cours de match.

Ramos célèbre après un but
Ramos célèbre après un butMATTHIEU MIRVILLE / MATTHIEU MIRVILLE / DPPI VIA AFP

Investir soixante-quinze millions d’euros sur un attaquant qui doit encore prouver qu’il peut porter l’attaque comme titulaire indiscutable au plus haut niveau représente sans aucun doute un pari. Mais les paris de ce calibre, centrés sur des profils à fort potentiel et aux qualités techniques indiscutables, sont la norme dans le football d’élite. Milan a analysé les données et a décidé que le risque en valait clairement la peine.