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Exclu' Flashscore - Abdel-Kader Salifou : "Maintenant, je comprends ce que c'est de jouer avec son frère"

Abdel-Kader Salifou en 2026.
Abdel-Kader Salifou en 2026.Crédit : A-K Salifou

Ex-membre de l'équipe de France et désormais représentant de celle du Bénin, Abdel-Kader Salifou continue de s'éclater à la table. Avant le Grand Smash Europe en Suède qui débute ce week-end, il s'est longuement confié pour Flashscore France.

Flashscore France : 36 ans, toujours sur le circuit mondial, c’est une façon de vivre votre passion d’une autre manière ?

Abdel-Kader Salifou : Il y a plusieurs objectifs. Honnêtement j'ai toujours l'idée de performer. Quand j'ai repris avec le Bénin, je n'étais pas forcément dans un objectif de carrière, c'est juste que j'ai eu une envie de représenter le Bénin parce que j'ai la double nationalité et que quand je jouais pour la France j'étais aussi béninois, donc j'ai toujours eu la double nationalité de naissance. Puis, je pense que j'avais envie d'aider aussi un petit peu le Bénin parce que je sais que je pouvais apporter quelque chose au pays. J'en avais envie, c'était quelque chose qui avait grandi en moi au fur et à mesure des années. Maintenant, je ne mets pas une grosse pression, mais j'ai quand même l'idée de performer. Je cherche à performer pour les autres compétitions. Il y a eu le Smash des États-Unis à la fin du mois de juin. Suite à ça, j'ai pris quelques jours de repos. Je suis plus près de la fin que du début de ma carrière et c'est plus dur pour moi de suivre, d'aller partout dans le monde, de prendre les décalages horaires de l'avion. Quand j'étais plus jeune, je digérais mieux les voyages, ça c'est clair (rires). Donc, j'ai choisi qu'il fallait une vraie préparation, un vrai repos pour être frais mentalement. On a beaucoup de compétitions, on ne peut pas jouer sur tous les tableaux. Si on regarde bien, même les Chinois font l'impasse sur des Smash, ils ne sont pas sur tous les Champions. Je pense qu'à mon niveau, où je ne suis pas spécialement dans les meilleurs, je ne suis pas là pour gagner la compétition, je peux aussi faire des impasses.

FSF : Représenter le Bénin, c’était une évidence, comme pour boucler la boucle ?

AKS : Je suis béninois-togolais, j'ai même les deux nationalités et ce qui était sûr et certain, c'est que si ce n'était pas pour jouer pour le Bénin ou pour le Togo, je n'aurais jamais joué pour un autre pays, c'est déjà important de le dire. Pour moi c'est important, c'est quelque chose qui a grandi, on peut dire que la boucle est bouclée, que j'ai réussi à avoir une médaille aussi au Championnat d'Afrique (en 2025) et je pense que je me suis dit pourquoi pas, pourquoi pas aller jouer, pourquoi pas aider aussi à ma manière et puis c'est ce que j'ai essayé de faire et pour l'instant je suis là, je ne sais pas où ça va me mener mais pour l'instant en tout cas je suis là.

FSF : Le fait de jouer avec votre frère Farouk compte aussi beaucoup ?

AKS : Il m'a suivi toute ma vie, il a été mon entraîneur, mon coach, il a été mon confident, il a été la personne la plus proche de moi dans le tennis de table depuis que j'ai commencé à 10 ans. J'ai commencé parce qu'il en faisait avant. Maintenant on joue ensemble, ça me tenait à cœur de pouvoir le faire. On s'est qualifié avec le Bénin aux Championnats du monde par équipes (en 2026). Maintenant, je comprends ce que c'est de partager ça avec un membre de sa famille. J'ai toujours été plus ou moins seul quand j'ai fait ma carrière, mais là c'est génial de pouvoir jouer avec son frère.

Les frères Salifou ensemble.
Les frères Salifou ensemble.Abdel-Kader Salifou

FSF : Ça vaut tout l'or du monde (sourires) ?

AKS : Franchement oui, parce que c'est différent. Des Championnats du monde, j'en ai déjà connu, j'ai déjà joué plusieurs Championnats d'Europe, j'ai fait les plus grandes compétitions au monde, ce qui me manquait, c'était la Coupe du monde et les Jeux olympiques. Il me manque toujours les JO (rires), mais j'ai fait la Coupe du monde. Mais les Championnats du monde, quand il a fallu se qualifier… On était à un match, on savait que si on gagnait la rencontre contre l'Angola, on était qualifié et si on perdait on ne l'était pas. Franchement j'avais une pression folle pour tous ceux qui étaient autour, tout ce que la Fédération du Bénin a fait, tout ce que le ministère… Je sais que ce sont des coûts énormes, je sais qu'ils ont fait énormément d'efforts pour qu'il puisse y avoir une équipe du Bénin qui soit en position de se qualifier. Et puis donc pour mon frère, s'il peut avoir la chance de faire les Championnats du monde… Il m'a toujours suivi, donc tout ce que j'ai aujourd'hui, toutes les compétitions que j'ai jouées, il a aussi sa part de réussite, mais lui il n'a jamais pu les voir, il n'a jamais pu les vivre c'est vrai qu'il a fait les Championnats du monde à Bercy en 2003, mais il était tout jeune, c'était pas pareil, c'était à Paris, et puis quand j'ai eu la chance de faire ces grandes compétitions-là, c'était mon coach à la Coupe du monde, donc il a pu voir ça de ses propres yeux. C'est quelque chose de génial de partager ça avec son frère, ça n'a pas de prix. On se regardait dans la salle avec notre entraîneur, on se disait qu'on venait de loin. On vient du quartier de Reims, et là on se retrouve dans les plus grandes compétitions au monde, c'est quelque chose d'extraordinaire donc je ne regrette pas du tout d'être venu et de partager ça avec lui, avec toute ma famille.

FSF : De quelles façons avez-vous pu aider le Bénin, avez-vous des actions en tête ?

AKS : Forcément avec les compétitions que j'ai jouées, avec l'expérience que j'ai, forcément je ne peux pas me contenter que d'être joueur. Le Bénin n'avait jamais eu de représentant capable de gagner des médailles. Je suis arrivé avec mon expérience et j'ai essayé d'aider la fédération du mieux possible, bien sûr. Mais je ne peux pas tout faire tout seul, donc il faut dire qu'il y a des gens derrière qui ont donné beaucoup d'énergie, qui ont essayé d'apprendre, qui sont allés au contact des gens pour apprendre, que ce soit moi ou d'autres personnes. J'essaie d'aider comme je peux au niveau du matériel, par exemple. Je sais que quand je vais en compétition, j'ai du matériel pour les joueurs du Bénin parce que le ping ça ne se joue pas tout seul, donc par équipe, je ne suis pas tout seul, il faut trois points, donc si on veut essayer de faire de grands résultats, c'est avec une équipe, c'est pas avec un joueur. C'est faux de dire qu'il n'y a qu'un joueur, c'est toujours une équipe. Même les plus grandes équipes comme la Biélorussie qui avait Samsonov (Vladimir) qui était numéro 1 mondial, les autres étaient beaucoup moins forts mais je peux vous dire que c'était une vraie équipe. Ils ont remporté des médailles, Samsonov n'a pas gagné tout seul. Au niveau du coaching aussi on coachait tous un petit peu. Il y avait un coach qui était là, c'était lui qui dirigeait. Mais, sur le banc, on discutait énormément de la stratégie à adopter avec mes partenaires.

FSF : Pendant de nombreuses années, vous avez joué sous les couleurs de l’équipe de France, quel regard portez-vous sur ses succès récents ? De l'admiration, vous qui avez connu des périodes plus compliquées ?

AKS : Je vais commencer par leur dire bravo pour le niveau de jeu qu'ils arrivent à atteindre parce que c'est un truc de dingue et je ne parle pas que des Lebrun. Il y a d'autres joueurs derrière comme Lilian (Bardet), Léo (De Nodrest), eux aussi ont un vrai niveau de jeu. Ça veut dire que le ping français ne se repose pas seulement sur les frères Lebrun. J'admire ce qu'ils font. De toute façon, on n'est pas au même niveau (rires). Mon époque, c'était une autre époque, c'était pas le même système, ce n'étaient pas les mêmes joueurs, il y avait beaucoup moins de recul. Je pense qu'on sortait de la génération Gatien, Chila, Eloi et Legoût, qui a été mon partenaire de double pendant un petit moment au niveau international. Je les ai vraiment côtoyés pour le coup et ils ont eu une sacrée génération et puis ils étaient un petit peu plus vieillissants. On était un peu dans une génération où il fallait changer de système, le précédent ne fonctionnait plus parce que c'était un autre temps. Les systèmes de jeu ont complètement évolué, ce n'est pas du tout le même, le matériel a énormément évolué, on ne jouait pas du tout avec les mêmes raquettes. Moi j'ai commencé, j'avais la colle rapide, on jouait avec des balles de 38 centimètres en celluloïde, on jouait en 21 points, on cachait les services avec le bras.

FSF : Pensez-vous avoir apporté votre pierre à l'édifice ?

AKS : Je ne sais pas tout. Ce que je sais c'est qu'on a essayé de faire du mieux possible. J'ai joué aussi en équipe avec Simon Gauzy. Quand il a intégré l'équipe de France, on peut dire qu'à ce moment-là il était moins fort que moi, donc il avait une tendance à regarder un petit peu ce qu'on faisait forcément, même s'il nous a dépassés hyper rapidement. Mais si j'ai pu l'aider  à atteindre un petit peu son potentiel… Ou alors même pour la relance puisqu'à ce moment-là il s'entraînait avec nous, donc lui il était quand même plus jeune. Il a été en équipe de France junior avec moi alors qu'il était minime, donc moi j'étais le numéro 1 français et en junior, j'étais déjà 140 mondial ou quelque chose comme ça. À ce niveau-là, on peut dire que j'ai eu une petite influence, mais franchement c'est pas grand-chose, il y a beaucoup de gens qui ont eu beaucoup plus d'influence que moi sur l'équipe de France. J'ai essayé de faire mon histoire du mieux possible et puis c'est un temps que j'ai adoré, j'ai adoré jouer pour l'équipe de France mais maintenant je joue pour le Bénin, d'ailleurs c'est aussi pour ça que j'ai arrêté l'équipe de France, parce que je voulais vraiment qu'il y ait une page qui se tourne. Je ne voulais pas les Championnats de France individuels, même si c'est la compétition sur laquelle je me suis le plus battu dans ma vie. Je me suis éclaté, mais maintenant c'est fini, je suis là avec le Bénin et c'est une autre histoire de ma carrière.

FSF : Vous avez commencé le ping à 10 ans, avez-vous suivi le parcours typique d’un jeune pongiste voulant devenir professionnel ? Était-ce dans les plans ?

AKS : C'était hyper cadré dans le sens où j'étais sûr que je n'étais pas là pour être sportif professionnel (rires) ! C'est juste que j'adorais m'éclater, j'adorais la victoire, j'adorais gagner. Il y avait mon frère qui jouait aussi, donc je le suivais. Peut-être que d'autres personnes avaient une vue plus grande pour moi. Quand on a 10 ans, on a aussi rêvé d'être pompier. Mais c'est vrai que mon premier entraîneur Philippe Georgelin ainsi que Manasse Batix (le père d'Ylane qui représente le Cameroun et actuellement 119ᵉ mondial, ndlr) ont tout de suite dit à mon frère qu'il valait mieux que je fasse du ping. À ce moment-là, j'avais 9 ans et demi et j'avais fait un tournoi après l'école et j'avais failli battre quelqu'un qui faisait du ping en club. Mon frère qui en faisait déjà l'a également pensé. Le ping, c'est un sport qui est très dur, très compliqué de jouer avec un objet qui est le prolongement du corps n'est pas si évident, même pour les joueurs amateurs. C'est pas parce que j'ai réussi à atteindre un niveau où forcément on me voit un peu plus sur le devant de la scène mondiale que je ne me rends pas compte de la difficulté du sport… Je suis un joueur qui fait beaucoup de tournois et quand je me retrouve dans des salles, quand je parle aux gens, peu importe le niveau du joueur en face, je me rends compte de la difficulté. On a tous souffert dans ce sport (rires). En tant que pongiste, on sait tous de quoi on parle ! 

Abdel-Kader Salifou et Manasse Batix lors des Frances 2025.
Abdel-Kader Salifou et Manasse Batix lors des Frances 2025.Abdel-Kader Salifou

FSF : Vous êtes un joueur plutôt spectaculaire et offensif, ça a toujours été logique d’évoluer ainsi ?

AKS : C'est une bonne question. Je pense qu'on joue comme on est de toute façon. C'est hyper important pour n'importe quel joueur. Le ping c'est déjà assez compliqué, alors si en plus on joue à contre-nature de notre caractère… Ce qui est paradoxal, c'est que quand je jouais au foot, j'étais défenseur (rires). Même quand on a fait des foot plus tard dans nos préparations physiques où on faisait sur de petits terrains, donc ça pulsait quand même pas mal et puis comme c'était sous forme de préparation physique, j'étais toujours à ce poste là, j'aimais être défenseur ou milieu de terrain défensif. Mais à la table, j'ai horreur d'être agressé. Ça va avec mon histoire, je suis un joueur qui vient des quartiers donc mon but était de m'en sortir dans la vie. On a toujours eu un peu cette envie d'aller chercher plus haut. Tout le monde a des niveaux de jeu différents, des systèmes de jeu différents, des caractères différents. J'ai toujours été perçu comme un attaquant, comme quelqu'un qui s'arrache tout le temps, qui ne rompt pas. Il y a beaucoup de matchs où j'étais dominé, où le match était perdu sur des joueurs beaucoup moins forts que moi... J'ai toujours été ce type de joueur capable de prendre des risques. C'est quand même quelque chose qui a toujours été en moi dans le sport, c'est quelque chose qui me caractérise, je ne lâche jamais, je suis toujours là. Dès qu'on a essayé de me faire jouer un peu en contre-initiative où là il faut accepter d'être un peu plus agressé, c'était dur et même encore aujourd'hui c'est dur et pourtant je m'entraîne. Je suis un joueur qui aime aller de l'avant, qui aime marquer les points, même si maintenant, c'est un peu plus dur de jouer tout en coup droit (rires) ! Mais ça reste la caractéristique de mon jeu. Je vais plutôt m'encourager fort et essayer d'aller chercher le point.

FSF : Aujourd'hui, certains joueurs se découvrent un peu plus tard et sont plus complets...

AKS : Je suis complètement d'accord sur le fait que le ping a changé. Maintenant, les coachs ont une approche différente. Mais oui, j'ai vu beaucoup de joueurs qui ont été entraînés comme moi et qui n'étaient pas du tout dans ce registre-là. Ils ont fini par arrêter, ils ont fini par exploser parce que ça ne leur convenait pas du tout. On avait comme modèle Jean-Philippe Gatien, Christophe Legoût et Damien Eloi, qui étaient des joueurs de coup droit. Il n'y avait que Patrick Chila qui était beaucoup plus dans le toucher, mais même lui, c'était quand même un joueur de coup droit dans un registre bien différent des autres. J'ai eu la chance d'être dans cet ADN-là, avec un coup droit fort et de l'agressivité, ça correspondait bien à mes caractéristiques. Mais il y en a d'autres, ça ne leur correspondait pas du tout, et ils étaient entraînés comme moi aussi. C'est vrai que c'est parce que c'était une direction qui était donnée à beaucoup de joueurs. Maintenant, ce n'est plus vrai. Je trouve que les entraîneurs ont énormément progressé et qu'ils s'adaptent énormément à la personne qu'ils ont en face, alors qu'avant, c'était moins vrai, voire pas du tout...

FSF : Multiple champion de France jeunes, une grande fierté au vu de la concurrence ?

AKS : Oui, c'est aussi mes plus beaux souvenirs. Il y a eu beaucoup de différents souvenirs. Je n'oublie jamais d'où je viens, je viens de très loin. Je me battais pour pouvoir avoir une plaque avec quoi m'entraîner. Mes parents ne pouvaient pas me payer mes plaques. Merci à mes sponsors qui m'ont bien aidé aussi là-dessus, parce que sans ça, on sait tous que c'est tout de suite plus compliqué. C'est comme ça que j'ai grandi. C'est comme ça que ça m'a donné envie d'aller plus loin. Mon meilleur classement a été 81ᵉ mondial. Il y a beaucoup d'entraînements, beaucoup de victoires, de défaites avant. Si je suis arrivé à ce niveau-là, c'est avec tout ce que j'ai connu avant, mes victoires au Championnat de France minime (2002, ndlr) avec mon premier entraîneur Philippe Georgelin (décédé en 2006, ndlr). Ça a été l'un de mes plus beaux souvenirs. C'est mon premier titre. Il y a encore deux ou trois souvenirs que je peux évoquer. Quand on a été champions de France aux Interligues avec la Champagne-Ardenne, aussi en minimes. C'était la première fois que la Champagne-Ardenne était championne de France. Après, il y a eu le titre de champion de France cadet. Du coup, on intègre les équipes de France. Quand on a aussi été champions d'Europe par équipe juniors (en 2005, ndlr), avec Lebesson (Emmanuel), Mattenet (Adrien) et moi-même. En finale, c'était face aux Allemands, les N°1, 2, 3, 5 et 7 meilleurs européens. Nous, on était N°13, 21, 23 et 35, quelque chose comme ça. Avec Vincent Baubet et Clément Debruyères qui étaient là aussi. On arrive jusqu'en finale sur eux et on leur met 3-0. Donc ils jouent avec Ovcharov, qui était un Européen. Le premier match, c'est Lebesson qui bat Patrick Baum 3-1. Ensuite, je joue Dimitrij Ovtcharov et je le bats 3-2. Derrière, ils avaient Krieger (Alexander). Et je me souviens encore de ce moment où on regarde Adrien et on lui dit qu'il n'a pas le droit de perdre (sourires). Il gagne et on met 3-0 aux Allemands en finale. Ça m'en donne encore des frissons. J'ai adoré ces moments-là. C'est parmi mes plus beaux souvenirs du ping. 

FSF : Vice-champion de France en 2013, un vrai regret de n’avoir jamais grimpé sur la plus haute marche ?

AKS : Oui et non. Parce que, d'une, je n'étais pas du tout favori pour le titre. Je revenais de loin. Je n'étais même pas dans l'équipe de France qui allait faire les Championnats du monde en France. On avait huit joueurs et je n'étais pas dedans. Ensuite, j'ai remonté la hiérarchie. Déjà vice-champion de France, c'était quelque chose de super bien. J'ai toujours eu ce recul. Bien sûr que j'ai ce petit regret de dire que je n'aurais jamais été champion de France senior. Je l'ai été dans toutes les catégories jeunes. J'ai fait une fois troisième, une fois deuxième. Bien sûr que j'aurais voulu faire premier. Mais, voilà, c'est comme ça. Je m'en suis remis. Et puis, quand on regarde derrière, je me dis que ce n'est déjà pas si mal, parce qu'il y a beaucoup de joueurs dans le monde. En France, on est, en ce moment, on doit être à 180 000, quelque chose comme ça, 200 000 licenciés (presque 260 000 en 2025 selon les chiffres de la FFTT, ndlr). J'ai toujours ce petit regret. Je me dis, c'est dommage, mais franchement, j'ai absolument tout donné sur ce match. Je ne pouvais pas faire mieux. Je pouvais prendre d'autres décisions, bien sûr, mais j'ai fini ce match en me disant que j'avais donné tout ce que je pouvais. C'était Gauzy en finale, donc, je n'ai pas joué non plus n'importe qui. Pour moi, c'est très loin d'être un mauvais souvenir. 

FSF : Sur le circuit international, tu as gagné trois titres, si je ne me trompe pas, aurais-tu préféré connaître ce que la génération vit actuellement avec le WTT ?

AKS : J'ai envie de dire que c'est juste un système différent. Je n'ai aucun regret de ne pas avoir connu la WTT quand j'étais plus jeune parce que c'est un autre système qui fonctionnait très bien. Je ne suis pas sûr, aujourd'hui, que la WTT soit mieux que l'ancien système – sans entrer dans les débats de savoir si c'est mieux ou pas. Et puis, je suis toujours là. Dans dix ans, ça sera un autre système. D'ailleurs, je crois que j'ai entendu que ça allait pas mal changer là, bientôt... Dans dix ans, ça sera un autre système. Et peut-être que je serai encore là ou pas...

FSF : Le souhaitez-vous ?

AKS : Je ne sais pas si je serai encore là en tant que joueur. On en discutera, si mon corps le permet, on verra.

FSF : Comment abordez-vous ce Grand Smash Europe ? L’idée est de faire mieux qu’en 2025 ?

AKS :  Je n'ai pas d'objectif, mais je ne sais pas si c'est possible de faire moins bien que l'année dernière. J'avais pris 3-0 sur Joe Seyfried et j'avais fait un très mauvais match. Déjà qu'il joue bien… Il y a des chances que je fasse mieux en 2026

FSF : Avez-vous donc adapté votre préparation ces dernières semaines ?

AKS : L'année dernière, j'ai commencé à jouer avec le Bénin. Il y a eu la Coupe d'Afrique en février. Je me suis qualifié pour la Coupe du monde en avril. Du coup, j'avais un bon classement mondial et je me suis retrouvé en Grand Smash (aux premiers tours des qualifications, ndlr). Les Grands Smash, à partir d'un certain classement, on a une obligation de les jouer. Pas tous, mais on a une obligation de jouer la plupart des Grands Smashes. Sinon, on reçoit des pénalités, c'est comme ça. Je me suis retrouvé à jouer l'US Smash en juillet. Donc, pas de repos. Derrière, mi-août, la Suède avec l'Europe Smash. Entre-temps, il y a eu trois semaines donc toujours pas de repos. Et je suis quelqu'un qui a toujours fait de grandes préparations estivales. Et là, je n'ai pas pu les faire. Je me suis retrouvé dans un engrenage où je n'ai pas pu prendre de repos, je n'ai pas pu rebosser physiquement, qui constitue une grande partie de mon jeu. Et en plus, en vieillissant, forcément, ça devient encore plus important de maintenir une certaine qualité physique. À la fin, c'est mon niveau de jeu qui prend un sacré coup en enchaînant autant de compétitions sans repos. J'ai accumulé de la fatigue en tirant sur la corde et je suis arrivé en bout de course en fin d'année. C'est pour ça que cette année, je me suis dit que j'allais faire l'impasse sur la Suède. Comme j'ai des obligations de jouer, j'y vais quand même, mais c'est une stratégie où j'ai choisi d'accepter d'être un petit peu moins bien pour espérer être meilleur par la suite. Ça peut ne pas fonctionner, je n'en sais rien, mais c'est ainsi que j'ai choisi de diriger ma saison cette année.

L'équipe du Bénin.
L'équipe du Bénin.Abdel-Kader Salifou

FSF : Quel est votre état d'esprit concrètement ?

AKS : Je vais quand même jouer à 3 000 % parce que je ne vais pas me mentir, je me connais trop bien et je sais dans quel état je vais arriver. Quand il y a 0-0 et que l'on commence le match, ce n'est pas mon style du tout de ne pas donner à fond. Mais je sais que je ne disposerai certainement pas de mon plein potentiel à la table. J'ai peu d'entraînement, mais comme je dis, c'est un choix stratégique, donc j'ai plusieurs objectifs dans l'année. Chacun sa vision des choses.

FSF : Comment avez-vous planifié vos derniers jours de préparation ?

AKS : Mon premier match est samedi (le 8 août). Je m'entraîne en France durant cette semaine, car la Suède n'est pas très loin, il n'y a pas de décalage d'horaire. Je n'ai pas encore décidé si j'arrivais la veille du tournoi ou deux jours avant (déclaration prononcée le lundi 3, ndlr). Une fois que c'est terminé, je rentre chez moi et puis je continuerai ma préparation puisque mon premier match arrive le 19 septembre.

FSF : L'objectif le plus important est le début de la Pro B mi-septembre ?

AKS :  Oui, la Pro B (avec son club de Compiègne, ndlr) fait partie d'un de mes objectifs. Notre premier match en Pro B le 22 septembre (face à Courbevoie). J'ai aussi les Championnats d'Afrique et le China Smash (du 1ᵉʳ au 11 octobre) à la même période. Il faut que je sois prêt mi-septembre, et surtout pour toute la saison parce qu'une préparation physique, c'est aussi pour toute la saison. Après, on peut être en capacité de bien jouer pendant longtemps, alors que si on n'a pas cette base-là, c'est compliqué.

FSF : On sent beaucoup de plaisir dans la façon de se préparer...

AKS :  Oui, je prends du plaisir, mais je n'étais pas du tout comme ça auparavant. Les préparations physiques, c'est quelque chose qui m'a toujours intéressé. J'ai toujours été très proche de mes préparateurs physiques. J'ai énormément discuté avec eux, mais la planification n'était pas spécialement mon point fort. J'ai évolué au fur et à mesure des années. J'ai plus de recul. Je suis aussi papa, donc c'est différent, je vois la vie différemment. Cette année, j'ai essayé d'être un peu plus rigoureux sur certaines choses, un peu moins sur d'autres. On est bien d'accord que pour être à ce niveau-là et pour arriver dans les meilleurs mondiaux, c'est relatif, on est toujours obligé… J'avoue que je prends du plaisir et pour moi, c'est important. S'il n'y a plus de plaisir, j'arrête, ça c'est sûr. Je suis en fin de carrière, la notion de plaisir joue sur mon niveau de jeu. Mais chaque joueur est unique. Ce n'est pas la peine d'essayer de copier d'autres personnes. Timo Boll, par exemple, j'ai toujours entendu qu'il s'entraînait très peu et pourtant vous avez vu le niveau qu'il a eu durant sa carrière... Et d'autres étaient des monstres de l'entraînement, trois fois par jour et qui n'ont même pas peut-être atteint le niveau de Boll. 

FSF : Que pouvons-nous vous souhaiter alors ? Une reconversion est à prévoir ?

AKS :  Dans les années à venir, c'est surtout de continuer à me faire plaisir à la table. Ma famille est là, c'est le plus important pour moi. Je leur souhaite une santé de fer, que tout se passe bien pour eux. C'est ma priorité, j'ai toujours été comme ça. Peut-être même que ça m'a joué des tours parfois, mais je me suis construit ainsi. Je ne sais pas de quoi l'avenir sera fait, mais j'espère pouvoir m'éclater dans ce sport. Peut-être qu'un jour, mes enfants en feront. Je ne sais pas encore. On joue de temps en temps ensemble. Ils adorent me regarder. J'espère qu'ils seront fiers quelque part de leur papa. Je ne me projette pas trop loin. On ne sait jamais ce que la vie nous réserve. Si on m'avait dit il y a 10 ans que j'aurais fait les Championnats du monde avec mon frère, je ne suis pas sûr que j'aurais parié là-dessus. Puis on verra bien comment se passe cette saison 2026-2027...