"Si rien ne bouge, on est prêtes à aller plus loin" : Maureen Cosson et Julie Rabanne (FC Nantes) au sujet de la convention collective

"Si rien ne bouge, on est prêtes à aller plus loin" : Maureen Cosson et Julie Rabanne (Nantes) au sujet de la convention collective
"Si rien ne bouge, on est prêtes à aller plus loin" : Maureen Cosson et Julie Rabanne (Nantes) au sujet de la convention collectiveFC Nantes

Les capitaines de Première et Seconde ligues féminines ont uni leurs voix mardi au sein d'un communiqué pour dénoncer l'absence d'avancées dans les négociations sur la convention collective des footballeuses professionnelles, espérée depuis déjà trois saisons. Une action collective poursuivie dans la soirée par le relais de multiples messages sur les réseaux sociaux de l'ensemble des joueuses des deux championnats professionnels de la LFFP. Maureen Cosson et Julie Rabanne, deux joueuses expérimentées du FC Nantes, reviennent sur ce mouvement collectif qui pourrait être amené à durer si les joueuses ne sont toujours pas entendues.

Pourquoi ce timing de prise de parole ? Le contexte de Dijon a-t-il précipité les choses ?

Maureen Cosson : Le contexte a relancé le sujet, puisque c'est encore une section féminine qui va pâtir du contexte économique du football masculin. Il y en a eu d'autres auparavant et maintenant c'est Dijon alors qu'elles font une belle saison et qu'elles font les choses bien. C'est aussi le moment de réagir et de faire avancer les choses.

Julie Rabanne : Effectivement le contexte de Dijon fait que l’on précipite les choses, on se rend compte qu’il y a encore du travail.

Est-ce que ce type d’action est devenu "obligatoire" pour obtenir des avancées ?

Maureen Cosson : Quasiment puisqu'on voit que tant qu'il n'y a pas d'action collective ou de choses qui sont faites, les choses ont du mal à avancer pour le football féminin dans sa globalité. On se sent obligées de faire des actions collectives comme celle-ci pour faire bouger les choses.

Julie Rabanne : Malheureusement oui, ce type d’action est fait pour nous faire entendre, nous joueuses, de notre mécontentement afin de faire bouger les choses.

À quel degré vous avez été impliquées dans la démarche ?

Maureen Cosson : Je viens tout juste de m'impliquer dans la démarche puisque l'UNFP a représenté les représentants UNFP et les capitaines de chaque équipe pour mener cette action-là. Je suivais un petit peu avec Julie (Rabanne) et Louise (Fleury), mais là j'ai participé à la visio, avec pas mal d'explications. Je suis tout juste impliquée, Rab' l'est depuis plus longtemps donc connaît un petit peu plus le sujet. Même si on a beaucoup d'éléments et qu'on se sent toutes concernées par tout ça.

Julie Rabanne : Pour ma part j’y suis depuis la première réunion en mars 2023, où l’on s’était réunies avec les délégués UNFP de chaque club afin d’établir notre convention collective. Et à ce jour, nous n’avons toujours rien, ce qui montre que nous ne sommes pas entendues et soutenues.

Est-ce que vous avez le sentiment d’être entendues et soutenues ?

Maureen Cosson : Non, si on était soutenues et entendues, on n'aurait pas besoin d'avoir recours à ce type d'actions collectives. Aujourd’hui malheureusement on a besoin de taper fort, de se faire entendre ou en tout cas essayer, parce qu'il y a déjà des actions qui ont été menées et qui finalement n'ont mené à pas grand chose. La convention collective aujourd'hui n'est toujours pas signée, qu'on a encore une situation comme Dijon et dans d'autres clubs où c'est un petit peu limite. On n'a pas ce sentiment et c'est dommage d'en arriver là pour être entendues.

On a beaucoup entendu qu’il y avait des disparités entre les demandes des joueuses des gros clubs et des petits clubs, vous avez trouvé un terrain d’entente ?

Maureen Cosson : Non, aujourd'hui on mène une action collective qui concerne autant les joueuses de chaque club : on ne parle pas de joueuses de gros clubs ou de petits clubs. On parle de l'ensemble des joueuses qui jouent en Première et Seconde ligues. Il n'y a pas de disparités. C'est vraiment un mouvement collectif où chaque joueuse soutient la cause et veut faire en sorte que ça avance. Si ça avance, ça sera bénéfique pour n'importe quelle joueuse dans n'importe quel club. On ne parle pas de club, on parle de bénéfices pour chaque joueuse en tant que telle, peu importe où elle sera amenée à jouer dans sa carrière.

Julie Rabanne : Non. Les joueuses des gros clubs sont autant impliquées que les autres, elles sont internationales pour certaines, ont de bons salaires, de bonnes infrastructures mais elles pensent avant tout au développement du football féminin pour les futures générations. 

Qu’est-ce que cela représenterait pour vous, cette convention collective ?

Maureen Cosson : Elle représenterait beaucoup mine de rien. Ça serait enfin une belle avancée et une mise en accord de tous les parties vis à vis de ça. Ça amène de la sécurité pour chacune des joueuses, de la reconnaissance. Dans chaque domaine on a des conventions collectives aujourd'hui dans le monde du travail, nous c'est notre travail, donc pourquoi nous on en n'aurait pas ? Alors que dans d'autres sports comme le handball ou le basket il y a déjà des conventions collectives. Donc aujourd'hui pour nos droits, nos protections, notre reconnaissance etc. c'est important que cette convention collective aille au bout.

Julie Rabanne : Une convention collective, comme dans le monde du travail, permet de définir un ensemble de règles et de garanties communes, établies conjointement afin d’encadrer et de protéger certains aspects. 

Il y a une notion aussi de responsabilité vis à vis des futures générations ? 

Maureen Cosson : Forcément. Nous, on est probablement sur la fin ! En tout cas pas au début de notre carrière. Tout ce qu'on fait aujourd'hui et toutes les joueuses qui se battent pour cette convention collective ne le font pas pour elles mais pour les générations qui vont arriver après. Pour avoir de la stabilité, de la sécurité, de la reconnaissance... Ça servira aux générations d'après et plus à elles qu'à nous. Ce qu'on fait là c'est pour que ça dure dans le temps et que ça serve à celles qui arrivent tout juste dans le monde professionnel et celles qui vont arriver. Qu'elles sachent quels sont leurs droits, leurs avantages et se sentent aussi soutenues.

Julie Rabanne : Me concernant oui, car à 37 ans je ne vais peut-être pas en bénéficier. Je veux que les futures générations soient dans de bonnes conditions.

Vous vous sentez prêtes à aller plus loin si jamais rien ne change ?

Maureen Cosson : Oui oui, on se sent prêtes. Aujourd'hui c'est une première action qui a pas mal été relayée et qui fait parler. Est-ce qu'elle sera suffisante ? On ne sait pas. Mais si ça ne mène à rien, évidemment qu'on sera prêtes à aller plus loin collectivement et à mener d'autres actions toutes ensemble pour réussir à obtenir ce qu'on veut aujourd'hui.

Julie Rabanne :  Si rien ne bouge il faudra aller plus loin afin d’obtenir ce que l’on veut !