L'exception Saud Abdulhamid, unique joueur de l'Arabie saoudite à évoluer hors du pays

L'exception Saud Abdulhamid, unique joueur de l'Arabie saoudite à évoluer hors du pays
L'exception Saud Abdulhamid, unique joueur de l'Arabie saoudite à évoluer hors du paysPhoto par YASSER BAKHSH / GETTY IMAGES EUROPE / GETTY IMAGES VIA AFP

Alors que l'Arabie Saoudite s'apprête à disputer la Coupe du monde 2026, sa liste de 26 joueurs cache une singularité : 25 d'entre eux évoluent à domicile. Le seul à avoir brisé la règle s'appelle Saud Abdulhamid. Devenu un élément clé du RC Lens et vainqueur de la Coupe de France, le latéral droit incarne une exception fascinante au sein d'un football saoudien qui limite les opportunités de ses propres talents locaux pour mieux attirer des stars internationales.

Il y a 26 joueurs dans la liste saoudienne pour la Coupe du monde 2026. 25 évoluent en Arabie Saoudite. Un seul a fait le choix inverse, quitter le Royaume pour aller se frotter à l'Europe : Saud Abdulhamid, arrière droit du RC Lens. Son parcours dit beaucoup sur l'état d'un football saoudien qui aspire à la grandeur mondiale tout en maintenant ses talents locaux sous cloche.

De Djeddah à Rome

Né le 18 juillet 1999 à Djeddah, Saud Abdulhamid est formé à l'emblématique club d'Al-Ittihad, où il fait ses débuts professionnels lors d'une rencontre face à Al-Qadsiah le 10 janvier 2019. La suite est prometteuse : en janvier 2022, il rejoint Al-Hilal, le club le plus titré du pays, et s'y impose rapidement. En deux saisons et demie sous les couleurs d'Al-Hilal, il accumule 115 rencontres et 18 passes décisives, remportant au passage la Saudi Pro League, deux King's Cup et la Saudi Super Cup.

C'est lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar qu'il attire les regards européens. Cadre des Faucons Verts, il participe à ce tournoi historique où l'Arabie Saoudite fait tomber le futur champion argentin (2-1). Les recruteurs des clubs du top 5 européen commencent à s'intéresser à ce latéral athlétique, doté d'une réelle capacité de projection et d'une combativité remarquée. À l'été 2024, il quitte son pays et rejoint l'AS Roma pour 2,5 millions d'euros.

L'aventure romaine s'avère compliquée sur le plan du temps de jeu. Peu utilisé en Serie A, seulement quatre matchs, mais remarqué pour son sérieux, il traverse néanmoins l'expérience européenne en participant à la Ligue Europa, inscrivant son premier but sous le maillot des Giallorossi face au SC Braga (3-0).

Lens, sa véritable rampe de lancement

Le 3 août 2025, il est prêté avec option d'achat au RC Lens pour une saison. Il devient ainsi le premier joueur saoudien de l'histoire de la Ligue 1. Ses débuts sont progressifs et il n'est d'abord qu'une doublure, derrière Ruben Aguilar. Ses premières apparitions mettent rapidement en lumière ses qualités offensives, notamment sa capacité à se projeter et à créer le danger sur son couloir.

Les records s'accumulent. Le 8 mars 2026, il inscrit son premier but en Ligue 1 lors d'une victoire 3-0 du RC Lens face au FC Metz, devenant le premier joueur saoudien à marquer dans la compétition. Et surtout : le 22 mai 2026, il devient le premier joueur saoudien de l'histoire à remporter la Coupe de France.

Sur l'ensemble de la saison 2025-2026, Abdulhamid dispute 25 matchs de Ligue 1, pour un total de 1 347 minutes, avec deux buts et quatre passes décisives à son actif. La performance convainc définitivement les dirigeants lensois. Le RC Lens lève l'option d'achat incluse dans son prêt et l'engage jusqu'en juin 2029.

La bulle saoudienne, un phénomène systémique

Si l'exception Abdulhamid est si frappante, c'est précisément parce qu'elle est unique. La sélection de 26 joueurs retenue par le sélectionneur Giorgos Donis est très largement composée de joueurs évoluant en Saudi League, principalement issus d'Al-Hilal, Al-Nassr, Al-Ittihad, Al-Ahli et Al-Qadsiah. Abdulhamid est l'unique joueur évoluant à l'étranger dans la liste finale.

Ce phénomène n'est pas le fruit du hasard. Il résulte d'une politique footballistique qui a transformé le championnat saoudien en un écosystème fermé sur lui-même. La Saudi Pro League a massivement investi pour attirer les stars mondiales, dont Cristiano Ronaldo, Neymar ou Karim Benzema, mais cette stratégie a eu pour effet de limiter les opportunités pour les joueurs locaux, contraignant la ligue à intensifier les mesures de protection en leur faveur.

Le résultat est paradoxal : en voulant élever le niveau du championnat, l'Arabie Saoudite a limité le temps de jeu de ses propres jeunes pousses, les retenant de fait, faute d'exposition suffisante, à domicile. Loin des terrains européens où se forge réellement l'élite mondiale.

L'Arabie Saoudite dispute la septième Coupe du monde de son histoire, mais n'a jamais réussi à s'installer durablement en phase à élimination directe. La question de la compétitivité de ses joueurs à l'échelle internationale reste entière. Difficile de voir cette jeunesse saoudienne être capable de se mesurer à des adversaires qui évoluent quotidiennement dans un club du top 5 européen.

Un pionnier qui ouvre une voie

Abdulhamid n'est pas seulement un bon latéral droit. Il représente une démonstration par l'exemple : un joueur saoudien peut s'imposer en Europe, dans l'un des championnats les plus exigeants tactiquement. Sa saison à Lens, entre une Coupe de France soulevée et des statistiques convaincantes, est le meilleur argument en faveur d'une ouverture du football saoudien sur le monde, dans les deux sens.

Dans un contexte agité, avec un nouveau sélectionneur nommé seulement quelques semaines avant le coup d'envoi, Georgios Donis remplaçant Hervé Renard limogé en avril 2026, les Faucons Verts arrivent au Mondial sous pression, placés dans un groupe relevé aux côtés de l'Espagne, de l'Uruguay et du Cap-Vert. Abdulhamid sera l'un de leurs atouts, fort d'une préparation incomparable par rapport au reste de son groupe.

Il sera aussi, peut-être, le modèle que choisira la prochaine génération. Jusqu'à présent, il est le seul à avoir pris ce chemin. La question n'est pas de savoir si d'autres joueurs saoudiens ont le niveau pour l'Europe. Elle est de savoir si le système saoudien leur laissera jamais la possibilité de le prouver.

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