Interview Flashscore - Louna Ribadeira : "J’ai eu la sensation que tout pouvait s'arrêter du jour au lendemain"

Interview Flashscore - Louna Ribadeira : "J’ai eu la sensation que tout pouvait s'arrêter du jour au lendemain"
Interview Flashscore - Louna Ribadeira : "J’ai eu la sensation que tout pouvait s'arrêter du jour au lendemain"Profimedia

Victime d'une fracture de fatigue au pied qu'elle traîne depuis le début de l'année 2025, Louna Ribadeira a fait son retour dans le groupe de Fleury, où elle est prêtée cette saison par Chelsea, à l'occasion du match face à Strasbourg ce mercredi. La jeune internationale française de 21 ans (1 sélection) raconte comment elle a frôlé l’arrêt brutal, avant de se reconstruire physiquement et mentalement. Aujourd’hui apaisée, déterminée et plus affûtée que jamais, elle se confie longuement à Flashscore.

On est à quelques jours de ton retour, comment vas-tu ? 

Là franchement je suis contente, ça va super. Je suis vraiment sur le finish. C'est la fin de saison, c'est dommage, mais ça va. Je suis plus proche du retour que du début. Les sensations sont bonnes. Je n'ai quasiment, mais vraiment pas de douleur. Donc franchement, je suis bien.

Ton dernier match remonte au 2 février 2025 avec Everton contre Leicester en championnat anglais. Ça te paraît loin aujourd’hui ?

Grave. Non, franchement… En plus, je n'avais pas joué beaucoup de temps. Pour moi, mon vrai dernier match ça fait deux ans.

Et comment ça fait de revenir après deux ans d’absence ? 

Je suis contente, je suis excitée, j'ai hâte. Je dirais que je ne réalise pas trop. Parce que j'ai tellement été proche du fait qu'on me dise "Ça y est, c'est fait", pour qu’à chaque fois il y ait des récidives que… Je prends les choses petit à petit. Là je sais que c'est bientôt la fin, que je vais pouvoir enfin rejouer un match. Donc je suis contente.

C'est quelque chose qui te fait peur, de reprendre, vu que tu as eu plusieurs récidives ?

Dû à ma blessure et à ma pathologie, en soi, non, parce que la récidive, là, elle n'est plus présente. Après, c'est sûr que là, si j'arrive premier match, je prends un coup direct là où j'ai mal. Là, ça risque de me faire tout drôle. Mais sinon, non. J’aime le duel, moi. Je suis une joueuse de duel. Donc, de toute façon, il va falloir passer par là un moment.

Et sur le terrain, lors des séances d’entraînement avec le groupe, tu sens que tu as un peu cette appréhension-là ? 

Non, ça ne me fait pas peur. En fait, je me suis mentalisée dans ma tête qu'à un moment donné, j'allais prendre un coup. J'allais reprendre des coups. Du coup, que ce soit maintenant ou au premier match, ça va arriver. C'est plutôt moi comment je vais réagir suite à ça plutôt que comment mon corps… Je n'anticipe pas, c'est plutôt comment je vais réagir.

Tu disais du coup, tu as la sensation que ça fait deux ans que tu n'as pas joué. Qu'est-ce qui s'est passé depuis ? Est-ce que tu peux résumer un peu ?

Ce qui s'est passé c’est que j’ai signé à Chelsea, je restais en prêt au Paris FC, et j'ai été présélectionnée aux JO. Et aux JO, je fais deux semaines et je me blesse au genou. Et quand je reviens au Paris FC, je suis un peu dans cette phase de récupération de la blessure. Et une fois que je reviens, après, ce sont des discussions entre les clubs, entre moi et la coach. Et je n'ai pas joué. J'ai joué face au PSG et le dernier face à Dijon à Charléty. J'ai eu 15-10 minutes dans le jeu. Il y a eu des désaccords. Et c'est pour ça que j'ai quitté le PFC en janvier et que je suis allée à Everton. Et après, il fallait me remettre dedans. 

Et je pense que là, mon corps m'a dit : "Écoute, avec tout ce que tu as traversé, il va falloir que… Stop." Et je me suis blessée. J'ai eu c'était une fracture de fatigue et ça ne consolidait pas. La première fois on fait une greffe osseuse, ça ne consolide pas. La deuxième une autre greffe, ça ne consolide pas. Et là, la troisième, je remercie, ça a l'air de fonctionner. 

Toi, comment tu traverses tout ça ?

Je pense que c'est l'une de mes forces, c'est que j'ai toujours eu un peu la tête sur les épaules et un peu cette maturité, dans le sens où mes parents m'ont toujours appris que la blessure, ça peut t’arriver. J'ai toujours eu ça dans un coin de ma tête. Là j'ai vraiment pris en expérience. J’ai vraiment appris sur moi-même, je me suis vraiment recentrée sur des choses qui me tenaient vraiment à coeur. Le football c'est ma passion et je veux vraiment que ça reste ma passion. Il y a eu trop de choses qui ont voulu me dégoûter de ce sport-là et j'avais envie de me recentrer sur : "Ok, le foot aujourd'hui c'est ton métier, ta passion, mais il ne faut pas que ça empiète sur finalement toute ta vie." Je veux vraiment maintenant nuancer les choses entre ma vie professionnelle et ma vie privée, où je suis très famille, très proche de mes proches. Et puis avoir d'autres choses à côté que le football, parce que je me suis rendue compte que ça pouvait être très nocif.

Tu t'es fait opérer deux fois en Angleterre. Comment tu as vécu ces opérations-là ?

La première, c'était un peu comme : "Ok la saison va se finir." Parce que ça s'était mal passé les six premiers mois, je ne jouais pas. Ensuite Everton, c'était un peu précipité parce qu'il y a vraiment une grosse transition entre la France et l'Angleterre. En fait, j'avais envie de tirer un trait vraiment sur cette saison-là, repartir sur une nouvelle page blanche. Et donc je ne l'ai pas prise négativement. La deuxième, par contre, ça a été très dur. Parce que de base, quand je me suis fait opérer, je devais revenir en juin, juillet pour la prépa. Et quand on me dit en juin, juillet que finalement je vais devoir me faire réopérer, là c'était dur. Au moment où on m’annonce ça j'étais toute seule en Angleterre, là, c'était vraiment très dur. Après la troisième opération j’ai eu la chance de pouvoir faire ma rééducation à Clairefontaine. C'était plus un contexte que je connaissais. Puis j'étais en région parisienne, avec ma famille, ça allait un peu. Mais la deuxième, ça a été dur. 

Dans ta série YouTube "AUTHENTIQUE", tu dis que quand tu te refais opérer tu es toute seule, que tu l'as très mal vécu, etc. C'était quoi ton entourage à ce moment-là ? Quel soutien a eu Chelsea dans ce contexte-là ?

Franchement, rien à redire. Chelsea a vraiment tout mis en œuvre pour que je sois dans les meilleures conditions. Sonia (Bompastor), a vraiment fait les démarches quasiment elle-même pour que j'aille à Clairefontaine. Elle a vraiment pris soin de moi, ils m'ont même dit qu’avant de guérir la joueuse, il fallait d'abord prendre soin de la femme.  Et c’est à partir de là où je me suis dit que j’étais entre de bonnes mains. En fait avant la deuxième opération, au moment où on m'annonce qu'il va falloir que je me refasse opérer, et jusqu'à l’opération, j'étais toute seule. Donc je ruminais… C’était vraiment compliqué. Après il y a ma mère qui est venue. Vu que j’étais immobilisée, il fallait que je rentre en France, il fallait que j'ai de l'aide et moi ma famille ne pouvait pas rester en Angleterre. Ils ont une vie aussi. Une fois que cette partie "après-opération" était passée, ça allait mieux. Mais vraiment ce temps entre l'annonce et l’opération, c'était compliqué. 

"Ils ont créé une bête"

Comment tu dirais que tu sors de tout ça ?

Ils ont créé une bête là. J’ai plein de rêves, j'ai plein d'ambition et je vais me donner tous les moyens possibles pour les atteindre. Et là, ce temps de blessure m'a permis de m'affûter, m'a permis de travailler sur mes points, que ce soit physique ou mental, où j'étais un peu plus faible finalement. C'est sûr que le contexte du match c'est différent parce que tu as de l'adrénaline, tu as des adversaires, tu as de l'incertitude donc c'est là c'est différent… Moi sur ma préparation individuelle je sais que je me suis donnée les moyens, j'ai beaucoup travaillé et puis : je n’ai qu'une envie c'est d'être sur le terrain. Là ce qui est bien c'est que c'est la fin de saison, donc je vais pouvoir jouer un petit peu. Et puis après je vais faire une grosse et bonne prépa pour être en forme pour la saison prochaine, parce qu'il y a de gros objectifs à atteindre.

Tu dis que c'était très dur au moment de ta deuxième opération. Est-ce que toi à ce moment-là, ou peut-être à d'autres moments, tu as pensé toi à arrêter ? 

Jamais jamais jamais. De toute façon on me l’a dit. Ça n'a jamais été une option, parce que j'ai mes objectifs et j'ai surtout mes rêves. Et je vais me donner tous les moyens pour les atteindre. C'est un peu la phrase bateau : "Oui est-ce que tu vas pouvoir continuer le football ?" Mais moi ça ne m’a pas traversé l’esprit et je n'ai jamais eu peur.

Dans la série on voit tes proches parler énormément d’études… Est-ce que tu as pensé à reprendre pendant ta convalescence ?

(Elle réfléchit) Non non non. Alors ça il ne faudra pas leur dire puisque ça c'est vraiment le débat qu’il ne faut pas entamer avec eux. Pour le coup ils avaient raison parce qu'ils m'ont dit : "Ok là ça s'arrête je fais quoi maintenant ?" Mais comme je l’ai dit, j’ai beaucoup été éduquée par rapport aux investissements, par rapport à faire autre chose que le football. Les études, ce n'est pas quelque chose qui me... Tu en as besoin dans ta vie. Sauf que je pense que je peux faire d'autres choses qui me permettent d'être bien dans ma vie post-carrière. Aujourd'hui, j'ai la chance de plutôt bien gagner ma vie, et puis je n'ai pas envie de mal utiliser du coup cet argent-là. J'ai envie de me créer quelque chose qui puisse après ma carrière, ne pas avoir à reprendre les études ou ne pas avoir un peu cette épine du genre : "Ouais, en fait, tu n'as rien, quoi." Cette peur. Donc du coup, je n'ai pas repris. Je me suis informée. J'ai étudié sur d'autres choses, mais pas l’école.

Qu'est-ce que tu as appris pendant cette période ?

J'ai investi dans l'immobilier. Là, j'ai d'autres projets qui sont en cours. J'ai d'autres sources de revenus qui pourront arriver prochainement. Je vais chercher un peu à gauche à droite des gens qui connaissent vraiment ce domaine de l'entrepreneuriat pour moi plus tard ou à moins court ou moyen terme pouvoir moi-même entreprendre sur d'autres aspects. Mais sinon je suis la même. Il n'y a rien qui a changé, je suis la même.

Qu'est-ce que tu as fait en dehors ? Parce que tu avais évidemment énormément de rééducation, tu avais ces rendez-vous au niveau des investissements. Est-ce que tu as d'autres passe-temps ?

Déjà, la différence, c'est que je n'ai rien raté au niveau familial. Ça a été quelque chose d'important parce que j'ai une famille très présente, j'ai une grande famille. Et puis, moi, c'est quelque chose qui peut vraiment m'affecter, de rater un anniversaire, rater un mariage, etc. Et sur ça, j'ai vraiment été présente, je n'ai rien raté. J'ai pu vivre un peu le côté obscur de la carrière du sportif, où tu fais beaucoup de concessions par rapport au fait que tu rates des choses de ta famille, tu fais des sacrifices… Moi, là, j'ai vraiment pris le temps pour ça. Donc je ne dirais pas que je me suis trouvée de passion ou quoi, mais j'avais mes visites, j'avais ma rééducation et j'avais ma famille, et c'était tout ce qu'il me fallait à ce moment-là.

Aitana Bonmati, qui s'est gravement blessée elle aussi, disait justement qu'elle avait la sensation qu'elle avait besoin que son corps stoppe pour mieux reprendre et justement profiter de tous ces à-côtés que tu n'as pas forcément quand t'es dans une vie de footballeuse. Toi, tu le sens vraiment comme ça, que c'était presque une volonté de ton corps, mais que même mentalement, t'en avais besoin? 

Moi, honnêtement, je pense que mon corps m'a dit stop. Honnêtement, je pense que mentalement, ce que j'ai vécu à 20 ans, il y a très peu de gens qui l'ont vécu, il y a très peu de gens qui vont le vivre. Donc je pense qu'à un moment donné, il faut savoir peut-être s'arrêter, descendre un peu plus bas pour mieux repartir. Et moi, je crois au destin. Je pense que ça devait m'arriver et c'est arrivé maintenant. J'espère que ça ne m'arrivera plus. Et je pense que c'est important de redescendre pour pouvoir bien remonter. On sait qu'une carrière ce n'est pas linéaire et ce n'est pas tout le temps vers le haut. Il y a des pics. Je préfère que ça m'arrive maintenant où je suis encore jeune, où je peux encore me former sur d'autres aspects plutôt que je sois au pic de ma carrière avec l'équipe de France, avec Chelsea et rater des choses beaucoup plus importantes.

"Mes parents ont vraiment eu peur que le foot s'arrête"

Tu parles beaucoup de l'après-carrière. Tu t'es projetée déjà en après-carrière ? Parce qu'avec ces greffes qui ne prenaient pas forcément… 

Non, je suis encore jeune. Je ne me projette pas, mais c'est quelque chose qu'on me rabâche souvent, je suis obligée d'y penser. Mes parents, mon entourage, ont vraiment eu peur que le foot s'arrête. Et à 20 ans, tu n'as pas d’études, donc tu as consacré quasiment toute ta vie, toute ton adolescence au football, et t'arrives et du jour au lendemain tu n'as plus rien, je pense que ça peut faire très très mal si t'es pas bien entourée. Donc c'est pour ça qu'ils m'ont toujours mis en garde par rapport à ça, et ils le feront toujours finalement, parce qu’on ne sait pas de quoi demain est fait. J’en parle, parce que moi je ne l'ai pas ressenti comme une peur, mais finalement ça n’arrive pas qu'aux autres. Et donc, j'ai vraiment ce recul par rapport à ça.

Quand la deuxième greffe n'a pas pris, qu'est-ce que tu t'es dit à ce moment-là ?

Quand la deuxième greffe ne prend pas, j'avais mal. J'avais très mal. Même dans ma vie quotidienne, c'était compliqué. Et là, c'est encore différent de la deuxième et de la première. C'est que là, je me suis dit, moi, pour ma vie personnelle, il faut que je fasse quelque chose. Parce que je ne pouvais pas... Enfin, je marchais, mais j'avais mal. Et ce n'est pas normal qu'à 20 ans, tu ne puisses pas marcher normalement. Là, c'était vraiment un besoin. Un besoin humain avant le football. J'ai été pareil conseillée. Mon chirurgien, j'avais vraiment confiance en lui. Il a toujours été très optimiste. Lui, ça n'a pas été celui qui m'a dit que le football pouvait s'arrêter. Il a vraiment été optimiste vis-à-vis de ça. Il m'a dit que ça allait fonctionner. Et surtout, j’ai pris conscience que moi, si mentalement, je n'y croyais pas, ça n'allait pas marcher. Parce que sur la première, peut-être que sur la première et la deuxième, je n'étais pas investie à 100% mentalement sur le fait que je sois guérie, comme là je l'ai été. Donc j'y ai cru, j'ai fait les choses pour. Et puis, les choses ont fonctionné et tant mieux pour moi.

Louna Ribadeira en séance de kiné
Louna Ribadeira en séance de kinéSamuel Daniel / EP SPORTS AGENCY

Tu t'es entourée comment ? Tu avais un préparateur mental, un psychologue ? 

À Clairefontaine, j'avais le suivi psy. Et puis même les différents kinés, les prépas de là-bas, ils ont vraiment été un soutien très important pour moi, mon entourage, mes proches. Ils y ont cru, tout le monde y a cru. Donc j'étais dans de très bonnes conditions.

Même après cette deuxième rechute, le fait que la deuxième greffe n'ait pas prise, tu t'es jamais dit que ça n'allait pas le faire ? C’est grâce à ce chirurgien ?

Oui, surtout sa bienveillance. Il a toujours été très... Même quand j'étais dans son bureau, j'étais toute seule face à lui. Il a été optimiste. Il m'a dit : "T’inquiète pas, je sais que tu vas rejouer au football et je vais tout faire pour." Donc de là, je n'étais pas dans cette sphère du : "OK, c'est fini. Là, c'est juste l'opération de la dernière chance." C'était le cas. C'était le cas. Mais ça ne m'a pas impactée. Je n'ai pas été négative. Vraiment, ce petit cercle, que ce soit sur le psy, Clairefontaine et proche, ça m'a aidée.

Tu as appris en expérience. Qu'est-ce que tu pourrais lister précisément des choses que tu as appris de cette blessure ? 

Je dirais surtout au niveau de mes valeurs et ce que je veux retransmettre. Aujourd'hui, je trouve que le football, c'est devenu quelque chose obsessionnel. Il faut que je sois, il faut faire ça parce qu'il faut ça, ça parce que... Et moi, c'est ma passion, j'ai toujours voulu faire ça. Et je n'ai pas envie que le football, ça soit ce côté néfaste que j'ai pu connaître. J'ai envie de venir à l'entraînement, d'avoir toujours le sourire, de toujours me battre pour atteindre mes objectifs, de performer, etc. Et j'ai vraiment pris ce recul par rapport à cette situation-là. Même par rapport à mon entourage. Si tu n'es pas positif, moi, je n'ai pas envie d'avoir des gens comme ça dans ma vie. Je trouve qu'il y a bien pire dans la vie que de se prendre la tête pour des choses que j'ai pu vivre. Je prends ce recul là : "Ok, il m'est arrivé ça à 20 ans, 21 ans. Je ne veux plus que ça me revienne." Donc physiquement je sais ce que je dois travailler. Je sais que mentalement, je dois être suivie, parce qu'il y a des faces obscures du football et de tout ce qui entoure le football que malheureusement ça existe. Donc il faut faire avec et il faut être suivie par rapport à ça. Il n'y a pas de honte, il n'y a pas de crainte à être suivi par un prépa mental ou par un psy parce que pour performer, tu en as besoin. 

"Le message que je veux passer, ce n'est pas forcément "Je suis prête" mais plutôt : "Je suis guérie.""

Comment on trouve les ressources quand on passe d'un sport collectif à s'entraîner tout le temps seule ? 

C'est sûr que la motivation, des fois, tu n'es pas motivée, c'est redondant. Moi, je connaissais mes exercices avant qu'ils me les disent, je les connaissais par cœur au bout de la troisième fois. Le plan de rééducation, je le connaissais par cœur. Après, je trouve que… Tu sais pourquoi tu le fais. T'as envie de revenir sur les terrains, il va falloir que tu te donnes les moyens.Donc, j'avais cette motivation-là qui prenait le dessus. Mais il y avait des fois où j'arrivais à l'entraînement, je n'avais pas envie, parce que je savais que cette séance n'allait pas me plaire. Ça, c'est la partie un peu plus chiante. Dans une rééducation, ça n’évolue pas forcément tout le temps, tous les jours. Donc du coup, des fois, je n'étais pas motivée. C'est aussi l’être humain qui est comme ça, j’essayais de me recentrer sur les choses qui faisaient le pourquoi j'étais là. 

Louna Ribadeira en séance d’entraînement individuel à Clairefontaine
Louna Ribadeira en séance d’entraînement individuel à ClairefontaineClement Goupil / EP SPORTS AGENCY

Est-ce que tu as demandé des conseils un peu à d'autres joueuses qui sont passées par là ? Parce que je pense par exemple à Kessya Bussy qui avait eu une fracture de fatigue au pied aussi quand elle est arrivée au Paris FC. 

Ce n'est pas exactement dans la même zone, mais j'ai vécu exactement la même chose qu'elle, que ce soit mentalement et que ce soit physiquement, parce que finalement nos douleurs étaient quasiment les mêmes. Je lui envoyais : "Qu'est-ce qu'il y a ? Je ressens ça, ça…" Elle me disait : "Mais c'est normal, t’inquiète, ça va disparaître !" Heureusement qu'elle était là pour me rassurer sur certains points, parce que des fois je me disais : "Mais attends ce n'est pas normal ça, donc franchement je la remercie, elle m'a bien conseillée." Elle est hyper positive. Et puis surtout, elle a été bienveillante aussi. Elle y a cru.

Aujourd’hui, tu y crois, à ton retour ? Il n'y a que trois matchs. C'est un peu court, peut-être, pour reprendre ?

J'y crois. J'espère avoir quelques minutes. En fait, le message que je veux passer, ce n'est pas forcément "Je suis prête" mais plutôt : "Je suis guérie." Parce que prête, tu ne l'es pas après un an et demi sans jouer, tu ne l'es pas comme ça. Il te faut des matchs, il te faut de l’entraînement. Mais c'est plutôt le message de : "Ça y est, c'est fini, je suis guérie." C'est plutôt cette satisfaction-là que j'ai envie de retransmettre.

Il y avait beaucoup d'attentes autour de toi, on te demandait tout le temps où est-ce que tu en étais, quand est-ce que tu revenais, tout ça. Est-ce que ça aussi t'es contente de laisser derrière toi ? 

Ah ouais, je n'en pouvais plus qu’on me répète tous les jours : "Qu’est-ce que tu fais ? Tu reviens quand ? Tu rejoues quand ? Tu fais quoi ? C'est comment ?" Et puis moi-même, j'avais l'impression de ne jamais avancer, parce que je répétais tout le temps la même chose. Alors, c'est bienveillant. Les gens prennent soin de moi. Ils veulent savoir. Ils prennent des nouvelles. Sauf que moi, mentalement je rabâche tout le temps la même chose. Donc ça, ça va être derrière moi. Ça va être fini. Plus personne ne me posera la question. Et puis là, on me dira. : "Est-ce que tu vas jouer là ?" Je préfère cette phrase-là.

Même tes proches étaient un peu comme ça ? Tu leur as annoncé comment tu allais être de retour ?

Au bout d'un moment, je ne leur disais plus rien. Je ne leur disais plus rien parce qu'ils me posaient tout le temps des questions : "T’as fait quoi aujourd'hui ici, ça, ça, ça ?" Et au bout d'un moment, je leur disais : "Écoutez, quand il y aura une avancée, là je vous le dirai. Quand je vais rejouer, là je vous le dirai. Quand je suis sur une nouvelle étape importante de la rééducation, là je vous le dirai." Et ça allait mieux. D’ailleurs c’est psy qui m'a dit de faire ça comme ça et ils ne me posaient plus de questions. Vu que c'était tous les jours la même chose, il n'y a pas forcément d'avancée du jour au lendemain. Donc quand il y avait vraiment des étapes de franchies, là ils disaient : "Ok bah finalement ça avance !" Ou même s'il y avait un petit coup de moins bien, ils me disaient : "C'est comme ça, ça fait partie de la rééducation." Donc là ils sont très contents et ils ont hâte de venir au premier groupe.

Tu leur as annoncé comment et du coup que ça y est, tu étais dans la dernière ligne droite ?

Ils suivaient un peu mes journées. Donc quand j'ai repris avec le groupe, ils savaient. Quand à Clairefontaine on m'a dit que j’allais pouvoir rejouer et que mon chirurgien me l'a dit, je leur ai dis. Ça fait déjà trois semaines que j'ai repris avec Fleury. Quand l'occasion se présentera, je serai prête pour pourquoi pas jouer un peu.

"Dès que je serai apte et sur les terrains à 100%, je ne laisserai plus rien passer" 

Et comment ça s'est passé quand tu as retrouvé le groupe ? Tu l'as peut-être découvert même presque, parce que tu n'as quasiment pas vécu avec elles tout au long de la saison…

Oui, je faisais des apparitions. Je repartais et je revenais. Je suis venue aussi en octobre en pensant que finalement j'allais reprendre alors que pas du tout. Je les ai découvertes, les filles ont été très bienveillantes, elles s'intéressaient à moi, elles s'intéressaient au stade de ma rééducation… Le groupe est top, il vit bien. Je pense que je suis bien tombée. 

Louna Ribadeira à l'entraînement avec le FC Fleury 91
Louna Ribadeira à l'entraînement avec le FC Fleury 91Clement Goupil / EP SPORTS AGENCY

Tu disais que c'était un choix aussi pour toi de revenir dans la région parisienne pour être proche de ta famille avec cette rééducation. Comment ça se passait même au quotidien ?

Au début, quand je me suis fait opérer, je ne pouvais pas conduire pour aller à mes premières séances kiné. J'ai été immobilisée deux mois. Et donc là, j'étais vraiment dépendante. Je n'allais pas encore à Clairefontaine lors des deux premiers mois parce que ça ne servait un peu à rien. C'était vraiment dans un second temps pour me remettre sur pied et reprendre la course, le terrain, etc. J'étais chez mes parents. Ma mère et mon père faisaient beaucoup les allers-retours chez le kiné, à la salle de sport… Après une fois que j'étais à Clairefontaine, je faisais les allers-retours tous les jours, 9h-17h. C’était un sacré rythme pendant trois mois. C'était intense mais c’était le prix à payer pour être sur pied.

Tu as croisé un peu les joueuses de l'équipe de France quand tu étais à Clairefontaine ?

Oui, je les ai croisées. D’ailleurs vendredi, pour ma dernière séance, j'ai vu Marie (Katoto) et Grace (Geyoro). Après, j'ai vu Clara (Mateo) aussi, avec qui j'ai joué au Paris FC. Thiniba (Samoura), qui est mon amie, est venue me voir aussi. Sinon, après, elle préparent les qualifications à la Coupe du monde. Elles sont vraiment dans leur bulle. 

Ça te fait du bien de raccrocher un peu comme ça ?

Après, j'ai été deux fois en sélection A. Elles m'ont bien accueillie mais je ne pourrais pas dire que c'est mon équipe, quoi. Mais sinon, oui, je m'entends super bien avec Marie, avec Thiniba. On discute bien. Donc, c'est cool.

Si on regarde un peu ta trajectoire, c’est allé assez vite pour toi. Et tu as signé assez jeune à Chelsea. Mais depuis que tu as signé à Chelsea, on a l'impression que rien ne s'est passé comme prévu pour toi. Est-ce que toi, tu as des regrets un peu de certaines choses, à ce niveau-là ?

Non, pas de regret. Parce que je pense que ce qui m'est arrivé devait m’arriver. Je n'ai pas voulu laisser passer le train de Chelsea, j'ai saisi l'opportunité et je ne regretterai pas. Maintenant je me dis que ces épreuves-là peut-être que c'est pour un avenir meilleur ou peut-être pas finalement. C'est sûr que ce n'est pas du tout ce que j'avais prévu et pas du tout ce que je pense que les gens auraient voulu pour moi. Mais c'était écrit. De toute façon, maintenant, c'est fait. Là, le plus dur est derrière moi. Je suis prête. La saison va se finir. L'année prochaine, on verra ce qu'on fait. Mais par contre, dès que je serai apte et sur les terrains à 100%, je ne laisserai plus rien passer. 

Avoir autant d'attentes pour toi qui avais 20 ans à l'époque où tu signais Chelsea, c'était dur aussi à encaisser ? 

Non parce que j'ai mes proches qui m’encadrent. Chelsea ça a été plutôt une récompense parce que j'ai beaucoup travaillé, et je travaille beaucoup. Ça a été une récompense, ça a été aussi un peu le fruit de mon travail, mais ce n'est pas fini, finalement. Et ce n'est pas la finalité que je veux. Moi, je veux encore aller chercher plus haut. Je vais continuer de travailler. Moi, je prône l'humilité. Je trouve que c'est trop important. Rien n'est fait, rien n'est acquis et je vais toujours continuer de travailler pour continuer de rêver. Ça a été Chelsea. J'espère que ça le sera plus tard encore et que pourquoi pas d'autres ou quoi. Maintenant, je vais continuer de travailler et j'espère atteindre tous mes rêves.

"Un gros côté revanchard"

Tu as eu peur à un moment donné qu’on t’aies un peu oubliée, vu que tu as passé un peu plein de temps dehors des terrains…

Forcément. Tu sors d'une saison où tu finis meilleure espoir, tu signes à Chelsea, tu vas en équipe de France… La montée est belle, mais la descente fait tout aussi mal. Ça m'a fait mal… Ce qui m'est arrivé, ce qui s'est passé au Paris FC, les belles échéances que j'ai pu avoir, je l'ai pris avec beaucoup de plaisir. À 20 ans, c'est fou de vivre ça. Donc, les gens parlaient, j'étais l’espoir et j'espère que je le suis toujours finalement. Mais c'est plutôt mes proches qui... Parce que finalement, il y a des critiques : "Elle, elle a signé à Chelsea, on ne la voit plus. Elle a été en équipe de France, elle ne fait plus rien…" Et moi, c'est plutôt mes proches qui me le disent. Ils lisent tout, ils voient tout et me disent : "Ah ouais, c'est méchant ça." C'est eux qui s'impactent et donc ça m'impacte moi. Moi, je vis plutôt ça comme : "Ah vous dites ça ? Attendez ! Attendez quand je vais revenir ! Là, les choses vont être différentes !" J'ai plutôt cet état d’esprit-là où je suis je ne vis pas pour les gens. Ça je l'ai appris grâce à ma blessure : je ne vis pas pour les gens, je vis pour moi. Donc si les gens veulent penser ça, pas de souci. Moi je sais que quand je serai sur les terrains pour performer, je donnerai toutes mes capacités, tout ce qui est en mon pouvoir pour performer un maximum. 

Il y a un petit côté revanchard ? 

Un gros côté revanchard. C'est notre carrière, mais finalement aujourd'hui les gens sont ceux qui te donnent de l’argent. C'est eux qui regardent les matchs. Moi je ne vis pas pour eux. De toute façon, je ne pourrais pas plaire à tout le monde. Je pars du principe où tant que je suis mon éducation, que je respecte mes valeurs et que dans mon club tout se passe bien, qu’avec l’équipe on performe. Moi, franchement, c'est le plus important. Que toute ma famille soit en bonne santé, que tout le monde ait la bonne santé, ça c'est vraiment le plus important. Je ne pourrais pas satisfaire tout le monde. Maintenant, j'ai juste envie de montrer aux gens qui ont été méchants avec moi que... ne vous inquiétez pas, à un moment donné, j'aurai ma chance. 

Louna Ribadeira en rééducation à Clairefontaine
Louna Ribadeira en rééducation à ClairefontaineSamuel Daniel / EP SPORTS AGENCY

Les athlètes disent souvent qu'ils reviennent plus fort après une blessure. Toi, tu as cette sensation-là ?

Je pense. Parce que tu travailles différemment. Les aspects que tu ne travailles pas dans une saison normale, parce que tu as d'autres échéances, d'autres obligations. Maintenant, je pense que tu apprends. Et donc, tu es une autre personne. Tu reviens plus fort.

Qu'est-ce qui est plus fort du coup chez toi là aujourd'hui, tu dirais ?

Je dirais mon corps en lui-même. Je pense que c'est important d'être une athlète, que ce soit physiquement, dans ta récupération, dans ton hygiène de vie. Là je pense que j'ai passé un gros cap sur ça. Et puis dans le football, je ne pourrais pas dire parce que… Mais je dirais mentalement aussi, je suis plus déterminée. J’ai eu la sensation que tout pouvait s'arrêter du jour au lendemain. Donc de vivre les choses à 100%.

Donc tu as quand même eu un peu peur à un moment donné ?

Bien sûr, parce que si l'opération ne marchait pas, c'était fini. Mais j'ai jamais cru, je n’y ai jamais pensé. Si demain je ne pouvais plus marcher, avoir des douleurs toute ma vie c'était pas vivable. 

Il n’y que trois opérations possibles quand tu as eu ce genre de fracture ? 

Ce n’est pas que trois opérations mais la première c'est une greffe d'une manière, la deuxième c'est une greffe d'une autre manière et la troisième c'est l'opération peu plus violente pour le corps humain. Là j’ai une plaque dans le pied. Mais si elle ne me gêne pas, je n’aurais pas besoin de la retirer.

"Il y a la Coupe du Monde l’année prochaine, c'est un objectif"

Une question quand même sur Chelsea, parce que tu as quand même fait quelques entraînements avec elles. Comment c’était ? Est-ce que ça change vraiment de ce que tu as connu en France avant ?

Oui, c'est un autre monde. Le football anglais déjà, que ce soit chez les garçons ou les filles, c'est quelque chose de complètement différent. Là-bas, c'est vraiment axé sur l'athlète finalement. Physiquement, il faut que tu sois prête. Ils sont spécialisés dans la musculation. Je dirais que l'intensité est complètement différente. Là-bas, si tu n'es pas prête, tu vas te faire charger et tu te relèves pas. Le football anglais, c'est une autre culture. Je pense que c'est une expérience à vivre. Même humainement, tu apprends sur toi. Là, t'es toute seule à l'entraînement, la langue est différente. Il va falloir que tu t'adaptes. Il faut que tu te surpasses, que tu te remettes tout le temps en question. C'est différent, il faut se mettre au niveau.

Et toi, tu te vois revenir du coup à Chelsea ?

J'espère. J'espère porter le maillot des Blues un jour quand même. Ouais, j’espère. Je ferai tout pour. 

Tu as quel contact un peu avec le club ? Qu'est-ce qu'ils te disent ? 

Là, pour l'instant, c'est compliqué parce qu'on ne sait pas comment je vais revenir. Le plus important, ça va être de finir les trois matchs. Après, on va voir ces discussions entre eux et moi. Est-ce qu'ils me sentiront prête ? Est-ce que moi, je me sentirai prête ? Est-ce qu'ils auront besoin de moi ? Après ça, ce sont des discussions qu'on doit avoir. Eux, ils ont encore des échéances à finir avec la fin du championnat. Moi aussi, à pouvoir rejouer et avoir les conditions de match. Pour l'instant, on n'en a pas discuté. Chacun finit sa saison et puis en temps voulu on en discutera.

Louna Ribadeira en rééducation avec son maillot d'entraînement de Chelsea
Louna Ribadeira en rééducation avec son maillot d'entraînement de ChelseaClement Goupil / EP SPORTS AGENCY

Est-ce que tu as un peu travaillé ton anglais pendant ta rééducation ?

Oui, obligé ! Je suis partie là-bas avec mes notions lycée. Après, je parle d'autres langues. Ma famille est portugaise. J'avais déjà cette langue-là, quand tu as un peu cette oreille linguistique, pour apprendre d'autres langues, c'est beaucoup plus facile. Moi je parle espagnol aussi, donc je parle trois langues et là je travaille l'anglais, donc à force d’écouter… Et puis les Anglais sont vraiment à l'écoute vis-à-vis de ça. Ils essayent de te mettre à l'aise, de pratiquer… Tu vas faire des erreurs dans tous les cas, mais ils font l'effort de te comprendre. Ça m'a aidée à apprendre. Aujourd'hui, je ne dirais pas que je suis bilingue. Mais par contre, tu me mets en Angleterre, je parle très bien anglais. Enfin, très bien, je parle bien anglais.

Je sais qu'il y a d'autres clubs qui étaient intéressés par toi au mercato dernier en France. Tu pourrais rester dans le coin ?

Oui, je pourrais. Je pourrais rester en prêt. Pour l'instant, je ne me ferme aucune porte. Le plus important pour moi, c'est de finir la saison, de bien me préparer, de ne plus avoir aucun pépin physique. Et puis à partir de là, choisir le meilleur projet. Parce que mine de rien, il y a la Coupe du Monde l’année prochaine. Moi, c'est un objectif dans ma tête. Il va falloir que je prenne la meilleure des décisions pour pouvoir, pourquoi pas, prétendre à y aller.

Quels sont tes objectifs ensuite ?

Mes objectifs ça va être de rejouer vraiment que ce soit à Chelsea ou club de prêt ou même à Fleury. Ça va être de jouer, de retrouver cette notion de plaisir de performer et puis de retourner en équipe de France. 

Tu prends encore plus plaisir peut-être aujourd'hui à jouer qu’avant ?

Vraiment mais vraiment. Là je viens à l’entraînement, j'ai envie de m’entraîner, même les séances pourries mais mais moi je prends. Franchement, là, moi les joueuses qui me disent "Ah ouais, c'est nul !" Venez dès là où je viens et on verra si c'est nul. Chaque séance, moi je prends du plaisir, il n'y a pas de souci.

Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour la suite ?

Ce qu'on peut me souhaiter avant tout c'est la santé, plein de bonnes choses. Qu’on me donne la santé et après le reste je vais travailler.

Tu as une célébration en tête si jamais tu marques d’ici la fin de la saison ?

J’en ai une mais pour l’instant elle reste dans un coin de ma tête. Mais j’en ferais une si je marque d’ici la fin de saison.