2026 est très certainement l'année où le Ballon d'or n'a jamais été aussi indécis depuis plus de vingt ans. Le PSG a réalisé une nouvelle saison historique, avec un deuxième triomphe consécutif en Ligue des champions, et beaucoup voudraient voir Ousmane Dembélé, voire Khvicha Kvaratskhelia — très certainement le meilleur joueur offensif parisien de la saison — élu meilleur joueur de l'année par France Football en octobre prochain. Mais cette année a également été marquée par la Coupe du monde, où des joueurs qu'on pensait finis après leur saison en club sont finalement entrés dans la discussion.
On pense notamment à Kylian Mbappé, victime d'une saison blanche avec le Real Madrid, mais qui a porté l'équipe de France tout au long de la compétition, terminant meilleur buteur du tournoi avec 10 réalisations et, surtout, devenant le meilleur buteur historique de la Coupe du monde (22 buts).
Les romantiques — ou fanatiques, voire sectaires — voudraient voir Lionel Messi récompensé après un Mondial que l'on peut juger extraordinaire à 39 ans, même si l'on peut aussi le tempérer au regard de l'adversité relativement limitée rencontrée par l'Argentine jusqu'en demi-finale. Et si certains arguments peuvent tenir pour la Pulga, les mêmes doivent être pris en compte pour Rodri, le capitaine de la Roja — d'autant plus que c'est finalement l'Espagne qui a été sacrée championne du monde.
La Coupe du monde, juge suprême du Ballon d'or
Et voilà le premier argument. La Coupe du monde a toujours été un motif, parfois même une justification, pour attribuer le trophée individuel à un joueur. Au XXIᵉ siècle, Ronaldo devient Ballon d'or en 2002 après son Mondial exceptionnel au Japon et en Corée du Sud, tournoi où le Brésil remporte sa cinquième étoile. Le collectif italien de 2006 est récompensé à travers son capitaine, Fabio Cannavaro, la même année, et seule la dynastie Messi-Cristiano Ronaldo empêchera le Mondial d'avoir un impact sur le classement en 2010 et 2014. Cette logique revient ensuite en 2018, avec Luka Modric, finaliste de la compétition et vainqueur de la Ligue des champions la même année, puis, enfin, en 2022, après une saison plus que moyenne au PSG, la Pulga soulève ce qui reste à ce jour son dernier trophée individuel.
D'ailleurs, pour finir avec les vainqueurs de compétitions internationales sacrés Ballon d'or dans la foulée, l'Euro 2024 aura été, cette fois-ci, la justification parfaite pour empêcher Vinicius Jr, auteur d'une saison tonitruante avec le Real Madrid, vainqueur de la Ligue des champions et de la Liga, de remporter le trophée individuel. L'Espagne avait une nouvelle fois survolé la compétition et Rodri, élu meilleur joueur du tournoi, a fini par remporter le trophée quelques mois plus tard. Un véritable hold-up au vu de la saison du Brésilien en club et de l'importance d'un tournoi comme l'Euro, sur l'échelle du prestige, par rapport à une Ligue des champions.
Sauf que cette année, il ne s'agit pas de l'Euro, mais bel et bien de la Coupe du monde. Et comme expliqué plus haut, historiquement, cela a toujours été un motif pour l'attribuer à un champion du monde. Meilleure équipe du tournoi par le jeu produit, l'Espagne a été championne du monde avec la manière. Et Rodri, lui, incarne à lui seul le collectif de Luis de la Fuente.
Rodri, c'est le système
Comme expliqué plus haut, Rodri marche sur l'eau depuis les 16es de finale. On a effectivement dû attendre la phase finale de la Coupe du monde pour voir le milieu de terrain de Manchester City hausser son niveau de jeu, jusqu'à atteindre sa forme parfaite en finale. Derrière, Rodri, comme à son habitude, a été à lui seul le système de l'Espagne, la définition du collectif par l'individuel, le capitaine de la Roja qui, sans lui, n'aurait jamais gagné la Coupe du monde.
Dans un football où l'on ne juge que par les chiffres — les buts, les passes décisives, les xG et autres passes clés vers l'avant —, Rodri, lui, est un révolutionnaire qui veut implanter son football à contre-courant de ce nouveau système. Pureté, simplicité, intelligence, anticipation : l'Espagnol est et sera toujours un joueur ultra-complet, le meilleur au monde à son poste, et ce, même après les blessures graves qu'il a pu subir. Et, surtout, il représente à lui seul ce que l'Espagne a fait de mieux au cours de ces 18 dernières années, durant lesquelles elle a remporté deux Coupe du monde et trois Euro.
La génération précédente, celle qui a remporté Euro-Mondial-Euro, avait le meilleur milieu de terrain au monde, avec Busquets, Xabi Alonso et Xavi. L'Espagne actuelle a les trois hommes en un seul joueur. Rodri, c'est le joueur qui change le visage d'une équipe espagnole qui est pourtant la moins forte des cinq à avoir été titrées, d'un point de vue des individualités pures et de leur état de forme. Et on insiste : tout ça, après les blessures. Très certainement que, sans Rodri, l'Espagne n'aurait jamais gagné la Coupe du monde 2026.
Rodri, c'est aussi l'homme qui a demandé à Donald Trump de s'écarter de la photo du vainqueur. Et ce sera notre dernier argument. Alors, on ne va pas demander le prix Nobel de la paix pour cet acte courageux, mais oui, le Ballon d'Or 2026. Rendez-vous le lundi 26 octobre prochain, à Londres.

