L'attaquant de 22 ans, révélé en Ligue 1 cette saison sous le maillot de Strasbourg, a pourtant bien failli rater le grand rendez-vous américain. La faute à une blessure à la hanche et à une cuisse, subie en match amical une semaine avant le tournoi, qui l'a fait sortir du terrain sur une civière, dans un torrent de larmes à briser les rêves d'enfants. Plus que peur que de mal finalement : Julio Enciso s'est rétabli à temps.
Passeur décisif pour l'honneur lors de la lourde défaite contre les Etats-Unis (4-1), le joueur aux 34 sélections (4 buts) a resservi le couvert lors du deuxième match, avec cette fois une victoire (1-0) à la clé aux dépens de la Turquie, qui a permis à l'Albirroja de s'offrir un match décisif contre l'Australie jeudi dans le groupe D.
L'enfant de Caaguazu se montre pour l'instant à la hauteur des attentes placées en lui. Mario Trigo, l'un de ses premiers entraîneurs, le suivait d'un peu plus près que les autres enfants, dans cette petite ville proche d'Asuncion, dont l'activité essentielle est agricole et forestière.
"Magie"
C'était un "mita'i qui jouait vraiment très bien" au foot, se souvient Trigo auprès de l'AFP. "Si le ballon ne lui arrivait pas, il décrochait, et quand il l'avait il faisait de la magie avec : deux, trois dribbles jusqu'à marquer un but".
Son talent précoce se traduit déjà par cette remarquable technique et cette rapide conduite de balle, qui font aujourd'hui de lui une pièce maîtresse de la sélection paraguayenne, de retour à la Coupe du monde après 16 ans d'absence.
A 12 ans, il commence à attirer l'attention des recruteurs, alors qu'il joue pour le club de Caaguazu. L'ancien international paraguayen Roberto Paredes, formateur au Libertad, l'un des clubs historique du pays, le découvre lors d'une détection.
Le premier contact a lieu en 2016. Paredes, impressionné par ce pré-adolescent "doté d'une grande maîtrise du ballon et d'une bonne frappe", cherche alors à le faire venir au plus vite à Libertad. Les parents d'Enciso jugent prématuré un déménagement vers la capitale, mais finissent par accepter, convaincus par Mario Trigo, l'entraîneur de toujours.
A l'école, on lui aménage des horaires pour concilier études et foot. "Chaque fois qu'il venait, il montrait beaucoup d'enthousiasme et une grande envie de travailler", se remémore auprès de l'AFP son enseignante d'arts plastiques de l'époque, Noemi Mercado.
Cardozo comme mentor
A ce moment-là, Julio Enciso ne parlait qu'en guarani, la langue indigène et officielle du Paraguay avec l'espagnol. Mais quelque chose a particulièrement marqué l'enseignante : "Cette humilité, cette flamme vive qui rappellent d'où il vient."
Alors qu'il ne faisait que commencer sa carrière, la joya (le joyau), comme l'a surnommé la presse locale, entretenait un rapport étroit avec Oscar Cardozo, le meilleur buteur de l'histoire de la sélection paraguayenne. Aux côtés de son mentor, Enciso a fait ses débuts avec Libertad en première division à 15 ans, avant d'intégrer la sélection A du Paraguay à 17 ans. Un an plus tard, en juin 2022, direction Brighton.
Après trois saisons en Angleterre, il a posé ses valises à Strasbourg, formant un duo d'attaque percutant avec l'Argentin Joaquin Panichelli.
"Il a été audacieux dès le début" de son aventure loin du pays natal, confie à l'AFP le journaliste paraguayen Gabriel Cazenave, qui le décrit comme "imprévisible" et "irrévérencieux". "Il n'a pas peur des défis. Il est parti en Europe en parlant mieux le guarani que l'espagnol. Et malgré cela, il joue, il parle, il proteste, il s'intègre. J'aimerais avoir un micro là-bas pour savoir dans quelle langue il parle maintenant en France."
