10 juin 1992. Au Råsunda Stadion de Solna, à quelques kilomètres de Stockholm, une équipe de France auréolée d'un parcours qualificatif historique entre sur la pelouse pour le match d'ouverture de l'Euro. Sur le terrain, un milieu de terrain de 23 ans, titulaire, qui n'imagine pas encore que ce tournoi va virer au fiasco. Il s'appelle Didier Deschamps. 34 ans plus tard, il a de nouveau rendez-vous avec la Suède, mais cette fois depuis un banc de touche.
Sous les ordres de Michel Platini, les Bleus avaient réalisé un sans-faute lors des éliminatoires, 8 matchs, 8 victoires, avec des succès notamment en Espagne et en Tchécoslovaquie, et s'affirmaient, forts d'une série de 19 matchs sans défaite, parmi les grands favoris de la compétition. Le contexte était flatteur : Jean-Pierre Papin était Ballon d'Or en titre, le premier (et unique à ce jour) reçu par un Tricolore évoluant dans un club français, et Éric Cantona venait d'être sacré champion d'Angleterre avec Leeds United. Avec Deschamps, Blanc et Petit dans l'effectif, ce tournoi marquait un point de jonction entre la génération des champions d'Europe 1984 et celle des futurs champions du monde de 1998.
La France se présente donc en Suède comme une favorite naturelle. C'est précisément là que les ennuis commencent.
Un match d'ouverture à oublier
Au milieu, Deschamps et Sauzée assurent la récupération, mais la tâche d'amener le ballon vers l'avant leur revient et ils peinent à jouer juste dans la dernière passe. Les Tricolores concèdent l'ouverture du score dès la 24e minute : Jan Eriksson reprend de la tête un corner d'Anders Limpar. L'égalisation viendra d'une inspiration de Platini à la mi-temps : il fait entrer le petit milieu Christian Perez, qui trouve Papin dans la profondeur. Le Ballon d'Or ne laisse aucune chance à Thomas Ravelli, 1-1. Klas Ingesson tire encore sur le poteau et les deux équipes semblent finalement se contenter du résultat nul.
Ce nul inaugural contre la Suède n'est pas encore fatal. Mais il instille un doute que les Bleus ne parviendront jamais à dissiper. Après un 0-0 stérile contre l'Angleterre, la France doit impérativement battre le Danemark. Et c'est là qu'apparaît l'image la plus révélatrice de la confiance aveugle qui régnait dans le camp français : à la fin du match contre l'Angleterre, Jean-Pierre Papin lève les bras en signe de victoire, malgré le nul 0-0. Ce geste maladroit indique la certitude qui anime les Bleus, persuadés qu'ils vont battre le Danemark au troisième match. Des Danois qui, rappelons-le, avaient été convoqués dix jours avant le début du tournoi en remplacement de la Yougoslavie, exclue pour cause de guerre civile.
L'élimination qui ne devait pas arriver
Les Danois ouvrent le score dès la 8e minute par Henrik Larsen. Papin égalise sur une talonnade de Jean-Philippe Durand. Les Bleus sont virtuellement qualifiés... jusqu'à la 78e minute, quand Lars Elstrup trompe Bruno Martini. La France quitte le tournoi sans la moindre victoire, éliminée par une équipe qui préparait ses vacances deux semaines plus tôt.
Platini reconnaîtra lucidement sa part de responsabilité : "J'aurais dû tout changer, mais dans la pratique, c'était impossible." Sa tactique du bloc défensif, efficace en éliminatoires, avait montré ses limites au plus mauvais moment. Certains joueurs estimaient même qu'il avait déjà décroché avant le début du tournoi. Il annoncera sa démission dans la foulée, le jour où la France est désignée pour accueillir la Coupe du monde 1998.
Une situation bien différente en 2026
L'équipe de France de 2026 n'a pas grand chose à voir avec celle qui s'était avancée bouffie de confiance lors de cet Euro 92. Trois victoires, dix buts marqués, deux encaissés, neuf points : les Bleus se sont affirmés comme des favoris solides lors de cette phase de groupes de la Coupe du monde. Le statut de favori, cette fois, est mérité.
Mais c'est précisément là que l'histoire personnelle de Deschamps prend tout son sens. En 1992, il était sur la pelouse quand une équipe de France au sommet de sa confiance s'est fait sortir par plus petit qu'elle. Il sait, mieux que quiconque, que la Suède dans un grand tournoi n'est jamais un adversaire facile, même quand les Blågult arrivent par la petite porte. Troisième du groupe F avec quatre points, les Suédois ont certes pris 5-1 contre les Pays-Bas, mais ils ont aussi écrasé la Tunisie (5-1) et tenu le Japon en échec (1-1). Ce sont des équipes qui savent se réveiller. Deschamps ne l'a pas oublié. La mémoire du joueur de 23 ans qu'il était au Råsunda, en 1992, est peut-être le meilleur antidote contre la désinvolture tricolore.
La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le tournoi réunira 48 sélections et se jouera dans 16 stades modernes.
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