Plus précoce que Pelé, comparé à Pedri : Gilberto Mora, le gamin qui fait rêver le Mexique

Plus précoce que Pelé, comparé à Pedri : Gilberto Mora, le gamin qui fait rêver le Mexique
Plus précoce que Pelé, comparé à Pedri : Gilberto Mora, le gamin qui fait rêver le MexiqueCredit: Eyepix / Sipa USA / Profimedia

À seulement 17 ans, Gilberto Mora bouscule la hiérarchie du football mondial. Plus jeune joueur de la Coupe du monde 2026, le milieu de terrain des Xolos de Tijuana impressionne par sa maturité précoce et porte déjà sur ses épaules les espoirs de tout le Mexique. Portrait d'un joyau que l'Europe s'arrache.

Il n'était même pas né quand Guillermo Ochoa disputait sa première Coupe du monde, en 2006. Vingt ans plus tard, ils portent le même maillot vert, blanc et rouge à Mexico. À 17 ans et 253 jours, Gilberto Mora est non seulement le plus jeune joueur de ce Mondial, mais aussi le plus grand sujet d'enthousiasme d'un pays entier.

Celui qui est surnommé "Morita", soit "Petit Mora", est né le 14 octobre 2008 à Tuxtla Gutiérrez, dans l'État du Chiapas, au sud du Mexique, loin des viviers traditionnels que sont Guadalajara et Mexico. Dans la famille Mora le football est une histoire de famille : son père, Gilberto Mora Olayo, a été footballeur professionnel en Liga MX avant de prendre sa retraite. La famille finit par poser ses valises à Tijuana, où le jeune Gilberto intègre l'académie des Xolos.

Devant Pelé et Lamine Yamal

"J'ai porté différents maillots chaque jour, se souvient-il de ses premières années avec un ballon. Mais le plus souvent celui du Mexique." Décrit comme "l'un des joueurs les plus remarquables des divisions inférieures", il est repéré par Juan Carlos Osorio, qui l'intègre au groupe professionnel après seulement quelques semaines d'entraînement avec l'équipe première.

Le 19 août 2024, Mora fait ses débuts en Liga MX contre Santos Laguna, entrant en jeu à la 72e minute et délivrant une passe décisive dans une victoire 3-1 de Tijuana. À 15 ans, dix mois et cinq jours, il devient le plus jeune joueur à avoir jamais évolué pour le club, le troisième plus jeune débutant de l'histoire de la Liga MX et le plus jeune à délivrer une passe décisive. Quelques jours plus tard, il inscrit son premier but contre le Club León, devenant ainsi le plus jeune buteur de l'histoire du championnat mexicain.

Sur la scène internationale, la progression est tout aussi vertigineuse. Il a joué pour les sélections mexicaines des moins de 15 ans, des moins de 16 ans et des moins de 17 ans, dont il a été le capitaine à seulement 15 ans. En octobre 2025, il représente le Mexique au Mondial U20 au Chili, inscrivant trois buts et délivrant deux passes décisives en cinq matchs.

Puis vient la Gold Cup 2025. Ses débuts en sélection A surviennent en quart de finale contre l'Arabie saoudite (2-0), sans même passer par la case des matches amicaux. À 16 ans et 257 jours, il devient le plus jeune joueur à avoir jamais porté le maillot de la sélection mexicaine. En demi-finale contre le Honduras, c'est lui qui sert Raúl Jiménez pour l'unique but du match. Lorsque le Mexique soulève le trophée en finale face aux États-Unis, Mora est sur le terrain, effaçant au passage Pelé et Lamine Yamal comme plus jeune vainqueur d'un tournoi international avec une sélection A.

Lors du Mondial 2022, Mora suivait l'élimination du Mexique depuis sa chambre d'hôtel, en pleine tournée avec la sélection U15 en Espagne. Il a alors appelé son père et lui a promis qu'il ferait tout pour être au prochain Mondial. Quatre ans plus tard, il y était.

L'entrée en scène

Au Mondial 2026, Javier Aguirre a d'abord utilisé Mora avec précaution, une blessure à l'aine en début d'année l'avait écarté deux mois des terrains. Entré en cours de jeu lors de l'ouverture contre l'Afrique du Sud (2-0), il est laissé au repos face à la Corée du Sud (1-0). Il est ainsi devenu le sixième joueur le plus jeune de l'histoire à participer au Mondial, toutes nations confondues, le record absolu appartenant au Nord-Irlandais Norman Whiteside, qui avait 17 ans et 41 jours lors de l'édition 1982. Mais au moment de conclure la phase de groupes contre la République tchèque, El Vasco choisit de lui confier les clés du milieu de terrain d'entrée. Et Mora n'a pas tremblé.

72 minutes sur la pelouse de l'Azteca, devant 80 000 personnes : 88 % de passes réussies (21 sur 24), 79 % de précision dans le dernier tiers (11 sur 14), deux passes clés, trois avancées progressives, 31 touches de balle, un tir, une récupération. Des chiffres qui racontent une partition maîtrisée, celle d'un joueur qui pense plus vite que ses adversaires et reçoit déjà orienté avant même de toucher le ballon.

La séquence qui a fait basculer le match symbolise tout ce qu'il est : dans l'action menant au 2-0, Mora récupère le ballon, lit l'espace, filtre une passe vers Jorge Sánchez. Le gardien tchèque est débordé, Julián Quiñones conclut. Deux touches, un but. El País résumait la chose joliment : il avait "fabriqué l'espace lui-même" avant de délivrer cette passe, preuve qu'il est, dit le quotidien espagnol, "la garantie du culot". Pour Rafael Márquez Lugo, analyste pour Marca, admire : "Sans aucun doute, celui qui vole la vedette, de mon point de vue, c'est Gilberto Mora, qui manifeste qu'il est un footballeur différent." L'ancien international va plus loin : "Il a joué comme s'il avait déjà cinq ou six Coupes du monde derrière lui. Je pense que pour tout le monde, c'est clair : Gilberto Mora et dix autres pour le prochain match, tant il a de qualité. J'insiste sur la grande personnalité qu'il a montrée : c'est vraiment un joyau de footballeur que le Mexique a entre les pieds de Gilberto Mora."

Mora, lui, garde les pieds sur terre : "Je n'ai pas encore réalisé ce que je suis en train d'accomplir. Mais je suis content et heureux. Il faut continuer à travailler comme on l'a fait et mettre un peu plus, parce que de bons adversaires arrivent et on veut continuer à avancer."

"Le Pedri mexicain"

Ce qui lui vaut d'être surnommé depuis plus d'un an maintenant "le Pedri mexicain". Petit gabarit, 1,68 m pour 62 kg, Mora compense par son habileté à conduire le ballon, à dribbler et à ouvrir le jeu. Comme Pedri, ce n'est pas un joueur de vitesse pure ni de percussion physique. Son génie est ailleurs : dans l'anticipation, dans ce fameux coup d'œil avant la réception, dans la capacité à s'insérer entre les lignes et à accélérer le jeu sans jamais le précipiter. Milieu offensif de formation, il peut aussi bien évoluer en intérieur, en meneur ou sur un côté, mais c'est dans l'axe, proche du ballon, qu'il exprime le mieux ce qui le distingue : cette tranquillité d'exécution, cette élégance dans les espaces réduits. 

Javier Aguirre, lui, va jusqu'à le comparer aux icônes mexicaines Benjamín Galindo et Cuauhtémoc Blanco : "Il a ce talent que possédaient en leur temps ces deux grands joueurs. C'est un joueur de grande qualité, probablement convoité par plusieurs grands clubs internationaux. On parle de lui dans le monde entier et je suis extrêmement fier de lui." Son entraîneur à Tijuana, Sebastián Abreu, abonde : "Sa façon de s'entraîner, son mode de vie et sa manière d'aborder les matches ressemblent plutôt à ceux d'un joueur de 25 ou 26 ans. C'est la grande révélation de ces 15 ou 20 dernières années dans le football mexicain."

Le Mexique a terminé la phase de groupes avec un bilan parfait, trois victoires en trois matchs, neuf points, zéro but encaissé, et Mora est devenu, match après match, l'incarnation d'une nouvelle génération mexicaine qui ne se contente plus de survivre aux grandes compétitions.

Les courtisans s'impatientent

Du côté des clubs européens, l'intérêt n'est pas nouveau mais il s'est nettement intensifié. Le Real Madrid, Arsenal, le Bayern Munich et Manchester United ont tous été associés à son nom. Le Barça serait le mieux positionné : les dirigeants catalans avaient déjà invité Mora à s'entraîner à la Masia, et Deco chercherait désormais à organiser une première réunion avec son entourage au Mexique avant que les prix ne s'envolent. 

Sa super-agente, la Brésilienne Rafaela Pimenta, qui gère notamment les intérêts d'Erling Haaland, avait prévenu dès l'été dernier : "On parle de lui un peu partout." Depuis, Mora a prolongé à Tijuana jusqu'en 2029, histoire d'aborder le Mondial en toute sérénité. Mais son entourage est clair : l'Europe est la prochaine étape, et ce Mondial en est le tremplin. Mora lui-même ne se cache pas derrière l'ambition : rejoindre le Vieux Continent pour "y réussir, pas seulement y arriver".

Pour l'heure, son esprit est ailleurs. "La sélection mexicaine est capable d'être championne du monde", a-t-il lâché après la victoire contre la République tchèque. Dans l'histoire des Coupes du monde, les jeunes joueurs ont toujours eu une place de choix. Pelé en 1958, Michael Owen en 1998, Kylian Mbappé en 2018 : chaque époque a son tournoi où un gamin force le monde entier à retenir son prénom. Les fans mexicains, avec cette intensité propre aux pays hôtes, croient que celui-là appartient à Mora.

La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le tournoi réunira 48 sélections et se jouera dans 16 stades modernes.

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