Flashback : Wimbledon 2006, le couronnement dans l'ombre d'Amélie Mauresmo

Une performance légendaire signée Amélie Mauresmo.
Une performance légendaire signée Amélie Mauresmo.Photo par GLENN CAMPBELL / AFP

La veille de la finale de la Coupe du monde 2006, Amélie Mauresmo remportait le premier titre de la France en simple dames à Wimbledon depuis 1925. Le sommet de sa carrière… et un exploit largement passé sous silence.

Certes, Amélie Mauresmo était n°1 mondiale en arrivant à Wimbledon. Certes, elle avait gagné l'Open d'Australie quelques mois auparavant, ouvrant enfin son palmarès en Grand Chelem. Mais ce titre avait largement été décrié pour une raison simple : que ce soit en demie contre Kim Clijsters ou en finale contre Justine Henin (et même au 3ᵉ tour contre Michaëlla Krajicek), elle l'avait emporté par abandon.

C'était le 20e titre de la carrière de la Française donc, et le tout premier en Grand Chelem. Un dénouement attendu, espéré, qui n'a donc eu aucun retentissement, en tout cas en France. L'Open d'Australie est le moins suivi des tournois majeurs, et la façon dont il avait été conquis laissait tout le monde dubitatif. À l'image de la carrière de Mauresmo, qui n'avait pas eu de reconnaissance malgré son accession au trône du circuit WTA.

L'écueil Roland-Garros

Car pour le tennis français, le plus important était de trouver une successeuse à Françoise Durr, dernière tricolore lauréate de Roland-Garros en 1967 (c'est toujours le cas aujourd'hui). Or, avec son jeu offensif, son revers à une main et sa puissance, Mauresmo n'était pas faite pour la terre battue. 

Preuve en a encore été faite en 2006, alors qu'elle débarquait en tant que n°1 mondiale et en jouant clairement le meilleur tennis de sa carrière. Son parcours avait pris fin dès les 8e de finale contre la "modeste" Nicole Vaidišová. Deux maigres quarts de finale en 15 participations à Roland-Garros, le bilan parle de lui-même : le seul Grand Chelem dont elle n'a pas atteint le dernier carré.

Ainsi, les attentes n'étaient pas forcément énormes pour Wimbledon. Pourtant, elle y avait atteint les demi-finales lors de ses trois dernières participations, stoppée soit par Serena Williams, soit par Lindsay Davenport. Et surtout, son jeu, son habileté à la volée, son slice de revers, tout collait sur le gazon. L'occasion était donc parfaite.

Ainsi, quand elle a vaincu, après un magnifique combat, Anastasia Myskina (lauréate surprise de Roland-Garros 2004) pour rallier le dernier carré, rien à signaler : après tout, il s'agissait de la n°1 mondiale, rien d'anormal à la voir en demi-finale d'un Grand Chelem. Et surtout, personne ne s'attendait à la voir battre celle qui s'était révélée au même endroit deux ans plus tôt : Maria Sharapova

Le football masque tout

Impressionnante sur gazon, la Russe allait pourtant plier puis rompre. Le jeu offensif et léché de la Française, qui affichait une maîtrise impressionnante sur gazon, allait finir par rendre folle la Russe, qui craquait totalement dans la troisième manche. Direction la finale, et si l'attente pour une Française à ce stade n'était "que" de huit ans, pour un titre, il fallait remonter à la légendaire Suzanne Lenglen en 1925 !

Problème : cette énorme performance n'avait aucun retentissement en France, et même dans le monde. D'une part, parce que le public tricolore regarde principalement Roland-Garros, et d'autre part parce qu'au même moment avait lieu la Coupe du monde de football 2006. Un des plus grands évènements sportifs du monde qui avale médiatiquement tout ce qui se trouve en face. Et encore plus si l'équipe de France y est performante.

Or, c'était le cas. Cette édition était celle des adieux de Zinedine Zidane. La veille de la victoire de Mauresmo sur Sharapova, les Bleus avaient sorti le Portugal pour retourner en finale 8 ans après. À l'image de Nathalie Tauziat, dont le parcours historique vers la finale en 1998 avait été éteint par la frénésie du football (mais puisque le Mondial avait lieu à domicile, c'était déjà fort plus compréhensible), quasiment personne n'avait remarqué que Mauresmo était sur le point d'écrire l'histoire.

Ainsi, quand elle rentrait sur le court le samedi 8 juillet 2026, elle avait le malheur d'y pénétrer à la veille de la finale de la Coupe du monde. Dans l'indifférence générale en France, elle allait pourtant mettre fin à 81 ans d'attente pour voir une Française triompher à Wimbledon.

Une autre époque, celle où les attaquantes étaient récompensées. Le nombre de montées à la volée ferait buguer n'importe quel statisticien actuel. Un jeu offensif des deux protagonistes qui offrait un spectacle de qualité, et un scénario exceptionnel pour voir Mauresmo, surclassée dans le premier set, renverser la situation en prenant d'assaut le filet pour faire craquer celle qui était la meilleure joueuse du monde, finaliste des quatre tournois du Grand Chelem cette année-là. 

Le sommet de la carrière de Mauresmo : après 2006, elle n'atteindra plus jamais le dernier carré en Grand Chelem. Trois dernières années de déclin avant la retraite, mais une carrière exceptionnelle, 25 titres, deux sacres en Grand Chelem, n°1 mondiale pendant 34 semaines. Mais malheureusement, le sommet de sa carrière sera arrivé en pleine Coupe du monde. Et le scénario de cette finale, avec le carton rouge de Zizou, rangera pour de bon sa performance aux oubliettes.  

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