Libéré de Carlos Alcaraz et Jannik Sinner, particulièrement bien servi tout au long de la quinzaine où il n'aura affronté aucun Top 10, Alexander Zverev a remporté Roland-Garros, au terme d'une finale décousue de 5 sets contre Flavio Cobolli, accrocheur mais trop tendre dans la manche décisive (6-1, 4-6, 6-4, 6-7 (5), 6-1).
Ce premier Grand Chelem conquis à la Pyrrhus (encore fallait-il le faire), l'Allemand l'a gagné devant un public largement en faveur de son adversaire, probablement en raison de ses problèmes judiciaires passés liés à des violences conjugales survenues à deux reprises (il a été condamné en première instance pour l'agression contre la mère de son enfant, et un accord financier a été trouvé après une semaine de procès en appel, ce qui a mis un terme à la procédure sans condamnation définitive) qui gâchent l'histoire d'un homme diagnostiqué diabétique à 3 ans, revenu d'une terrible fracture de la cheville en 2022, sur ce même court Philippe-Chatrier, contre Rafael Nadal alors qu'il faisait vaciller le mythe et trois finales de Majeurs perdues. Il est le premier Allemand de l'ère Open à remporter Roland-Garros et c'était le moment ou jamais.
Cobolli dépassé et remis dans le match par un trou d'air de Zverev
La nervosité est un élément essentiel en début de finale de Grand Chelem. Cobolli en a été victime, avec une faute directe en revers suivie d'une double faute. Mené 15-40, il a écarté trois balles de break avant de céder son engagement à la quatrième. Zverev a confirmé avec autorité, armé de sa première balle. Totalement dominé dans l'échange (47% de points pris derrière sa première, 38 derrière la deuxième), en manque cruel de première au service, l'Italien s'est énervé en tournant sur son coup droit, avant d'être de nouveau breaké après une amortie dans le filet. Il n'a pas pu redresser la barre et a concédé la première manche 6-1 sur sa mise en jeu.
Zverev n'avait pas grand-chose à changer. Son service, sa qualité de revers et la longueur qu'il mettait dans ses balles repoussaient constamment Cobolli deux mètres derrière sa ligne de fond. Pourtant, à 3-3, l'Allemand a déjoué. Après s'en être sorti à 30-40 car Cobolli a étrangement insisté dans la diagonale revers, il a enregistré une deuxième double faute dans ce jeu, avant de commettre une énorme faute directe sur balle de break. Après 1h10 de match, l'Italien trouvait enfin l'ouverture, sans que l'on ne sache vraiment ce qu'il avait fait pour y parvenir.
Néanmoins, Cobolli était en confiance, comme l'a démontré son jeu de service puissant, avec notamment un coup droit gagnant fulgurant, une amortie bien distillée pour conclure avec un revers croisé. Zverev se crispait, râlait, regardait son box en maugréant. Coupable de fautes directes inhabituelles mais aussi débordé par l'Italien qui a tout de même signé deux retours gagnants, Zverev était à la rupture, mais il a sauvé sa mise en jeu grâce à une amortie de défense et une volée parfaitement posée. Insuffisant pour relancer le set : Cobolli, même à 0-15, n'a pas paniqué et a égalisé à une manche partout (6-4).
Zverev avait tout pour gagner en 4 sets mais...
Alors que le costume de finaliste paraissait l'engoncer en début de match, le 14e mondial était à présent libéré, capable de varier le jeu, notamment avec des amorties provoquant de nombreuses courses vers l'avant de Zverev, et de jouer les pieds dans le terrain. L'Allemand a tenu le score pour faire la course en tête. Et c'est Cobolli qui s'est crispé, coupable de plusieurs fautes directes, notamment un passing de revers croisé qui a offert deux balles de break à son rival. Cependant, il a remporté les 4 points suivants, avec deux retours manqués de Zverev, un service-volée et un coup droit gagnant.
La tension montait d'un cran jeu après jeu. Sous pression, Cobolli a encore utilisé l'amortie et n'a pas hésité à monter au filet pour abréger l'épreuve de force, avec réussite. Dans le même temps, Zverev a retrouvé sa puissance en première balle pour se faciliter la vie. Et c'est l'Italien qui n'a pas tenu le choc. Alors qu'il menait 30-0, il a multiplié les mauvais choix, par précipitation. À 30-40, il a joué le tout pour le tout en coup droit mais la balle a fini dans le couloir. Zverev se tirait d'un mauvais pas pour mener 2 sets à 1 (6-4).
Pour autant, il n'était pas aussi serein. Deux doubles fautes, une faute en coup droit après avoir mal jugé la longueur : Zverev a été breaké d'entrée de 4e set. Malgré cette avance, Cobolli paraissait en recherche d'air sur son engagement, forçant énormément sur son coup droit. Comme à 4-5 à la fin de la troisième manche, il a implosé à 3-2. Sans première balle, imprécis, il s'est retrouvé au pied du mur à 0-40. Il est revenu à 40-A avant d'expédier un coup droit au milieu du couloir sur son deuxième coup de raquette, avant de s'effondrer sur un revers dans la diagonale.
La situation devenait critique pour le Transalpin... mais l'Allemand a totalement gâché son jeu de service suivant, concédant un break totalement inattendu, après avoir été particulièrement mal inspiré dans ses montées au filet. C'était à celui qui raterait le moins, un smash pour Cobolli au moment de conclure sa mise en jeu, des revers décentrés dans le couloir pour Zverev.
À 5-4, Cobolli a craqué sur un premier rallye qu'il a été en mesure d'écourter, avant d'être transpercé par son adversaire. À 15-30, la bande du filet l'a sauvé. Et quand il a enfin passé une première, Zverev a trouvé la lucarne pour s'offrir une balle de débreak, conclue avec un nouveau revers gagnant long de ligne.
Pour la première fois du set, le numéro 3 mondial s'est retrouvé devant au score (6-5) mais il semblait avoir des débuts de crampes, tandis que le kiné l'a brièvement massé au changement de côté, après avoir pris une pastille de sel. Cobolli a signé un jeu blanc inattendu pour disputer un tie-break sous très haute tension.
Après avoir remporté le premier point, avec un passing de revers croisé prodigieux, Cobolli a perdu ses deux services. Zverev a dominé l'échéance et distribué mais l'Italien a évité le pire pour recoller à 3-2 avant de tourner à 3-3 après un service au T. Au meilleur moment, il a retrouvé son coup décalé pour inscrire un troisième point consécutif pour mettre Zverev sous pression. L'Allemand a commis une double faute, sa sixième du match. À 5-4, Cobolli avait deux services pour aller au cinquième set. Avec beaucoup de cran, il a servi extérieur avant d'enchaîner par une amortie fabuleuse. Sur sa première balle de set, il a à nouveau servi extérieur mais il a manqué de timing sur son smash, totalement boisé. Mal embarqué sur le service adverse, Cobolli a décoché un coup droit foudroyant le long de la ligne qui a mis Zverev à trois mètres (7-6 (5)).
Zverev a trouvé les ressources
Alors que l'Allemand avait du mal à bouger les jambes, Cobolli s'est précipité. Alors qu'il devait absolument remporter ce jeu de service inaugural pour prendre le score, il a été mené 15-40 et il a fini par flancher, breaké d'entrée par un adversaire qui n'en demandait pas tant. Néanmoins, Zverev n'était pas au mieux, avec deux doubles fautes d'affilée. Revenu à 30A, il a plié dans la diagonale revers. Il a sauvé cette balle de débreak, bien aidé par une contre-amortie loupée de l'Italien. L'Allemand s'en est tiré et Cobolli a continué à avoir beaucoup de déchet dans son jeu, surtout côté revers, avec trois fautes directes à 0-2. Plus lucide sur ses schémas de jeu, Zverev a de nouveau pris de cours son adversaire, avec une amortie qui lui a permis d'ajuster un passing pour mener 3-0 service à suivre.
Zverev était à l'abri mais il a dû écarter deux balles de débreak, la deuxième au prix d'un énorme jeu de défense qui a fait craquer Cobolli sur son deuxième smash, qui s'est écrasé dans le filet. Après une troisième opportunité écartée, il a validé son engagement pour mener 4-0.
Sans force, l'Italien a plié sur son service, avec un smash boisé qui a amplement suffi à la joie de Zverev qui, après avoir remporté le titre olympique, deux ATP Finals et 7 Masters 1000, inscrit enfin son nom au palmarès d'un Grand Chelem.
