Le patron du tennis italien veut "faire exploser le monopole" et obtenir un 5ᵉ Grand Chelem

Angelo Binaghi à Turin en novembre 2024.
Angelo Binaghi à Turin en novembre 2024.MARCO BERTORELLO/AFP

Aux commandes de la Fédération italienne depuis 2001, Angelo Binaghi a sorti le tennis italien du marasme pour lui faire vivre un âge d'or, mais l'organisateur du Masters 1000 de Rome ambitionne de "faire exploser le monopole" des tournois du Grand Chelem pour organiser un cinquième "Majeur".

"Ce monopole est quelque chose de scandaleux et un lourd handicap pour le tennis", a estimé le dirigeant de 65 ans dans un entretien aux agences internationales AFP et AP.

Q : vous dénoncez régulièrement le poids des quatre tournois du Grand Chelem (Open d'Australie, Roland Garros, Wimbledon, US Open), pourquoi ?

R : "Le monopole qui existe dans le tennis avec ces quatre tournois du Grand Chelem est quelque chose de scandaleux, qui n’existe plus dans notre société moderne que dans le tennis. C’est un lourd handicap pour le tennis (...) C’est un scandale que dans le tennis, il n’existe pas un système méritocratique alors que le système actuel protège ceux qui ne font pas le maximum pour le tennis. Les revendications des joueurs et des joueuses (qui réclament des tournois du Grand Chelem qu'ils leur redistribuent 22 % de leurs recettes en primes, contre 15 % actuellement pour Roland-Garros, NDLR) sont à ce titre absolument légitimes. Il est scandaleux que nous partagions, à juste titre, une plus grande partie de nos revenus avec les joueurs que les quatre tournois du Grand Chelem ne le font. C’est honteux et cela perturbe la compétition, parce qu’il y a quatre pays dans le monde qui ont une montagne d’argent à investir dans leur tennis que les autres nations n’ont pas. J’essaie de faire exploser ce monopole."

Q : Pourquoi la Fédération italienne y parviendrait alors que d'autres avant n'y sont pas parvenus ?

R : "Parce que le tennis vit actuellement en Italie un essor qui sera difficilement réplicable à l'avenir, au moment même où le football (la Nazionale a échoué à se qualifier pour sa troisième Coupe du monde de suite, NDLR) traverse une période désastreuse, ce qui rend nos succès encore plus importants pour notre pays."

Q : Mais quand et où se jouerait ce tournoi ? Avez-vous entamé des négociations avec les différentes instances qui régissent le tennis mondial ?

R : "Le problème n'est pas de savoir où, ou sur quelle surface, il se jouera. Il est évident que nous avons nos idées mais nous sommes clairement disposés à l'organiser n'importe où en Italie et sur n'importe quelle surface (...) Soyez patients, laissez nous travailler dans la discrétion pour trouver les meilleures solutions possibles."

Q : En 2028, le Campo Centrale aura un toit rétractable et une capacité accrue à 12 500 places, cela semble faire du Foro Italico le site idéal pour accueillir un tournoi de cet ampleur...

R : "C'est un site historique qui, au fil du temps, a montré la meilleure aptitude à accueillir des tournois de tennis. Mais si l’on se fixe des objectifs de ce type, il ne faut pas se concentrer exclusivement sur l’existant. D’autant plus quand l’existant présente mille problèmes – pas de métro, pas de bus, difficile de trouver des taxis – et des contraintes. C'est certes le plus bel endroit qui existe peut-être aujourd’hui au monde pour jouer au tennis, mais il génère une montagne de coûts supplémentaires. Toutes les structures, à l’exception du Campo centrale, sont des installations qui doivent être montées et démontées, ce qui grève le budget."

Q : Jusqu'à quand vous donnez-vous ?

R : "Quand j'ai pris les commandes de la FITP, les Internationaux d’Italie étaient morts (...) Nous étions le dixième ou douzième sport en Italie, nous n’avions plus d’argent, nous n’avions plus de joueurs, nous n’avions plus rien. Il a été cent fois plus difficile de faire passer les Internationaux d’Italie de ce qu’ils étaient à l'époque à ce qu’ils sont aujourd’hui (l'un des 9 Masters 1000 du circuit ATP) de boucler la dernière étape qui manque pour obtenir ce cinquième Grand Chelem. Tant que je serai dirigeant, j’essaierai de l’obtenir (...) Et si nous, nous n'y arrivons pas, le tennis perdra une occasion unique car personne n'y arrivera dans les cent prochaines années."


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