Interview Flashscore - Xavi Llorens : "Pour moi, Messi restera toujours l’enfant de la Masia"

24 août 2005 : le monde découvre Leo Messi et l’enfant devient un homme
24 août 2005 : le monde découvre Leo Messi et l’enfant devient un hommeDaniel Nilsson / Bildbyran Photo Agency / Profimedia

Le premier entraîneur blaugrana de Lionel Messi a retracé avec nous les années de son arrivée à Barcelone, sa timidité, sa soif de progresser et le talent de ce gamin qui allait devenir une légende du football mondial.

Cinq buts en deux matchs, le dépassement de Miroslav Klöse et un nouveau record dans l’histoire des Coupes du monde. Lionel Messi continue d’écrire l’histoire, alors qu’on pensait qu’il n’y avait plus de place pour de nouveaux chapitres.

Pourtant, pour comprendre vraiment le phénomène qui mène aujourd’hui l’Argentine à la conquête d’un nouveau sacre mondial, il faut remonter plus de vingt-cinq ans en arrière, quand Leo n’était encore que Lio, pas encore le capitaine de la selección albiceleste, sans Ballons d’Or ni trophées à exhiber. Il n’était alors quun enfant de 13 ans venu de Rosario avec un rêve immense et un obstacle tout aussi grand.

À Barcelone, cette petite puce qui allait devenir la Pulga est arrivée en 2000, accompagnée de sa famille.

Son histoire est devenue légende aussi grâce à ce contrat improvisé, signé sur une serviette dans le restaurant où se tenait cette première réunion (serviette qui, en 2024, a été vendue aux enchères pour 890 000 euros). Il n’y avait pas de temps à perdre. On comprenait déjà qu’il était spécial.

Derrière ce geste symbolique, il y avait pourtant une décision bien plus profonde : le Barça ne lui offrait pas seulement la possibilité de jouer au football, mais prenait aussi en charge les soins nécessaires à son développement. Pour devenir le joueur dont il rêvait, Messi devait rester là.

Le premier entraîneur

Le choix n’a pourtant pas été simple. L’adaptation de la famille à la nouvelle vie catalane a été difficile, au point qu’à un moment donné la famille est retournée en Argentine. Lio, lui, a décidé de rester. Il est resté avec son père Jorge, une présence essentielle dans sa croissance personnelle et sportive. Un choix qui allait changer à jamais son histoire et celle du football.

À la Masia, pour accueillir ce garçon réservé, loin de chez lui, il y avait Xavi Llorens, le premier entraîneur blaugrana de l’enfant qui, devenu homme, allait s’imposer comme l’un des plus grands joueurs de l’histoire. Pour certains, le meilleur.

Xavi Llorens : une vie au Barça
Xavi Llorens : une vie au BarçaPetter Arvidson / Bildbyran Photo Agency / Profimedia

La première chose qui m’a frappé chez Leo, c’est la concentration avec laquelle il jouait et s’entraînait : sur chaque ballon, à chaque instant, il était toujours extrêmement concentré et attentif à tout”, raconte l’actuel sélectionneur de l’équipe féminine de Catalogne. Une qualité qui, vue aujourd’hui, semble déjà annoncer ce qu’il allait devenir.

Llorens, dénicheur de talents

Mais même ceux qui l’entraînaient de près n’auraient jamais imaginé une telle trajectoire : “Sincèrement, je n’ai jamais pensé qu’il accomplirait tout ce qu’il a fait. Huit Ballons d’Or, près de mille buts, tous ces titres...”, admet Llorens avec une grande franchise, lui qui s’y connaît en talent, puisqu’il a ramené Alexia Putellas au club et fait débuter Aitana Bonmatí en équipe première lorsqu’il entraînait le Barça féminin.

Alexia enlace Xavi Llorens le jour de son départ du Barça
Alexia enlace Xavi Llorens le jour de son départ du BarçaREUTERS/Albert Gea

Cet enfant avait déjà certaines caractéristiques qui l’ont accompagné tout au long de sa carrière. En dehors du terrain, il était très différent du joueur qui allait émerveiller le monde. Il était discret, introverti, avec un cercle très restreint autour de lui : “En dehors du terrain, c’était un garçon très timide, avec très peu d’amis. Il avait un lien particulier avec Diong Mendy, mais son cercle d’amis était très limité”, se souvient Llorens.

Leo, Diong et papa Jorge

Diong Mendy était un autre jeune talent venu de loin (Sénégal), avec qui Messi avait tissé une relation spéciale. Deux jeunes étrangers qui, dans la solitude d’un nouvel environnement, étaient devenus des repères l’un pour l’autre. En dehors, mais surtout sur le terrain : Leo créait, Diong marquait.

Leur histoire parallèle a pourtant fini par prendre des chemins différents. Mendy, bien qu’il ait été le buteur de cette équipe et le partenaire d’attaque de Messi, a dû affronter un destin plus difficile : à 17 ans, il a perdu son père et a été contraint de se consacrer davantage à sa famille, sacrifiant une partie du parcours qui aurait pu l’emmener plus haut.

Avec papa Jorge
Avec papa JorgeJEAN CATUFFE / JEAN CATUFFE / DPPI VIA AFP

Messi, lui, a toujours eu à ses côtés son père Jorge, une figure décisive qui lui a permis de se concentrer sur le football et de poursuivre le chemin entamé à la Masia : "L’arrivée à Barcelone n’a pas été simple. Sa famille a eu du mal à s’adapter à la nouvelle vie et il y a eu des doutes sur le fait de rester ou non en ville. À un moment donné, ils ont décidé de retourner à Rosario. Mais Leo voulait rester et il est resté avec son père", confirme Llorens.

L’inconformiste

Le talent, pourtant, n’aurait pas suffi à lui seul et, selon le technicien catalan, ce qui a fait la différence, c’est son refus de se contenter : “Une de ses qualités fondamentales, c’est d’être inconformiste. Il veut être parfait dans tout ce qu’il fait. Il exige toujours 200% de lui-même”.

Un état d’esprit qui l’a accompagné jusqu’à aujourd’hui, transformant le prodige de la Masia en joueur aux huit Ballons d’Or, une Coupe du monde et pratiquement tous les trophées possibles et imaginables.

Face à une carrière aussi unique, même son premier entraîneur ne peut cacher une certaine admiration : “Les attentes étaient élevées, mais pas au point d’imaginer qu’il irait aussi loin. Même dans ses rêves les plus fous, il n’aurait pas pu imaginer une telle chose”.

Le seul, véritable héritier de Diego

Et oui, car Messi est allé si haut qu’il est le seul joueur à ne pas souffrir de la comparaison avec Diego Armando Maradona. Deux Argentins, deux époques différentes, deux légendes passées par Barcelone.

Ils se ressemblent sur beaucoup de points – explique Llorens . Maradona évoluait sur plus de zones du terrain et faisait tout à la perfection, même s’il jouait dans un football bien plus rugueux, avec beaucoup plus de tacles. Messi, lui, a une position plus définie, il part souvent de la droite pour repiquer dans l’axe. Mais ce qui les rapproche, c’est leur facilité à bien décider dans les derniers mètres, leur capacité à faire la différence quand et là où le match se joue”.

Le seul, véritable héritier de Diego
Le seul, véritable héritier de DiegoAnne-Christine POUJOULAT / AFP / AFP / Profimedia

Aujourd’hui, Leo continue d’émerveiller, continue de marquer et continue de faire rêver tout un pays, l’Argentine et ses supporters aux quatre coins du monde. Pourtant, aux yeux de ceux qui l’ont connu avant qu’il ne devienne Messi, il reste encore quelque chose de ce gamin arrivé à Barcelone il y a plus de vingt-cinq ans : "Je continue de le voir comme un enfant. Dans ma tête, il n’a jamais grandi et pourtant, les années ont passé... Mais encore aujourd’hui, quand je pense à lui, la première image qui me vient, c’est toujours celle d’un enfant".

Probablement, Llorens a raison et, pour comprendre tout ce qui s’est passé ensuite, il ne faut jamais oublier cette timidité, cette capacité à rester concentré sur chaque ballon et cette faim de progresser chaque jour. C’est là que se trouve l’explication d’une carrière hors du commun : "Nous devons tous lui être reconnaissants".

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La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le tournoi réunira 48 sélections et se jouera dans 16 stades modernes.

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