Flashscore : Vous portez plusieurs casquettes pour ce combat, c'est difficile de tout cumuler ?
Reda Kham : Un peu pris partout, entre le combat, la soirée... Ça demande beaucoup de temps et d'énergie morale. C'est compliqué une telle organisation. Je me fais aider par un collègue et plusieurs bénévoles mais c'est moi qui ai la main sur tout. C'est prenant, d'autant que je travaille aussi. Je suis là physiquement mais c'est tout (rires). Financièrement, j'ai pu trouver des partenaires que j'ai démarché pour les convaincre. On n'est pas une région riche, ce sont des petits moyens.
Il y a une belle carte au programme.
On fait un beau petit gala, avec des combats équilibrés qui donnent au grand public l'envie de venir. Plus que les noms, c'est la qualité des oppositions, avec de l'adversité, qui permet de suivre les combats et de mobiliser. Avec 800 places disponibles, il faut un public garanti et fidèle. C'est la plus grande salle de Pertuis et il vaut mieux une salle de cette taille comble plutôt qu'une de 1500 places qui ne fait pas le plein parce que ça peut faire vide et laisser un sentiment d'inachevé. Une année, on avait dû refuser une centaine de personnes. Finalement, ça donne du prestige et ça donne envie d'acheter les billets en avance pour être sûr d'être là.
Vous avez récemment boxé en Russie, contre Alexey Shendrik. À voir la photo avec votre adversaire après le combat, on a du mal à croire que vous avez perdu à la décision.
C'était à l'extérieur et on savait que ça allait se passer comme ça. C'est un combat que j'ai pris avec seulement 3 semaines de préparation pure. On m'a appelé alors que je rentrais de vacances et avant ça, je m'entraînais en solo, seulement de l'entretien. Le défi m'a plu, c'était bien payé, j'y suis allé mais il me manquait du jus. Dans la 7e, il était dans le mal et j'aurais pu finir... J'avais l'opportunité mais pas le cardio. Il avait un bon débit de coups mais il n'était pas précis ou puissant. Ma boxe, c'est de ne pas mettre beaucoup de coups mais d'être précis et puissant. Ça s'est vu à sa tête. Je suis plus proche de la fin que du début, donc je relativise. Ma petite victoire, c'est l'avoir vu dégoûté alors qu'il était déclaré vainqueur (rires).
Ce samedi, ce sera vraiment votre dernier combat ?
J'arrête la compétition, c'est trop de prises de tête. J'ai mes enfants en garde alternée, je travaille à 50km de chez moi, je me suis lancé dans une formation VAU d'éducation spécialisée, je donne des cours de boxe dans mon club à Pertuis depuis 2018. J'ai énormément de casquettes, et il fallait bien que j'en supprime. Je ne veux pas être partout mais à moitié. Quand je suis passé pro en novembre 2017, j'avais dit à mes frères que je ne voulais pas aller au-delà de 33 ans. J'en ai 32, c'était peut-être prémonitoire mais ça tombe à pic. Après, si Shendrik m'appelle pour faire une revanche en Russie (rires). Je suis mieux chez moi. Mais si j'ai deux mois de préparation et pas 3 semaines... J'y suis allé après 10 mois d'inactivité et quand je ne boxe pas, je fais juste de la course à pied, du sac, du renforcement musculaire. Toute ma préparation se fait tout seul, depuis très longtemps. Mon frère Ayoub m'a aidé pour le combat en Russie et pour celui-là parce que ça a été très difficile de me motiver. La flamme s'amenuise...
La boxe est un sport à risques très élevés, si on n'a plus l'envie, c'est là que le pire peut arriver ?
Honnêtement, je pense que l'EBU Silver était mon plafond de verre. Je ne pouvais pas faire mieux. Sans prétention, je pense que j'ai toutes les capacités techniques et physiques mais le gros bémol, c'est que je n'ai pas les structures, la prise en charge, le temps. Déjà, j'arrive à battre des challengers EBU Silver en m'entraînant seul, c'est pas mal ! Hormis les sparrings, je suis livré à moi-même, et j'ai fait 5 championnats de France dans ces conditions. C'était un beau défi pour moi, j'ai atteint mes objectifs. Ça ne sert à rien de forcer.
Ne pas avoir de regret, c'est la promesse de faire un retraité des rings heureux ?
Je l'espère. J'ai atteint mon plafond, je continuerai d'enseigner, à m'entraîner, à tourner avec les plus jeunes pour m'amuser et rendre service. Beaucoup se sentent pousser des ailes mais si tu restes en France... Christian Mbilli a tout compris : il s'est exilé pour se mettre dans les meilleures conditions pour réussir. Les boxeurs dans ma situation, qui travaillent et qui s'entraînent en même temps, c'est difficile de rivaliser arrivé à un certain niveau, surtout contre des adversaires qui se consacrent entièrement à la boxe. Le côté organisationnel, être de l'autre côté des cordes ça me plaît. J'espère juste que le PSG va vite perdre samedi pour que les gens soient là à l'heure au gala (rires).
