Flashscore : Vous sortez de l'entraînement, quelles sont vos sensations à quelques jours du combat contre Kaddour Hmiani ?
Djamal Hadjab : On est à une dizaine de jours du combat, je me sens très bien, j'étais en préparation physique ce matin et on baisse un peu le régime de l'entraînement. J'ai fait beaucoup d'exercice d'explosivité, avec des medecine balls plutôt qu'avec de la musculation.
>>> L'interview de Kaddour Hmiani est à retrouver ici
Au niveau du poids, vous êtes dans les bons temps de passage ?
Je fais un cutting de 2,5-3kg avec Vincent Dutilly qui travaille aussi dans le MMA (notamment avec Nassourdine Imamov et Manon Fiorot, ndlr). Je lui envoie mes données de poids chaque jour pour déterminer tout ce que je dois manger jusqu'à la dernière semaine. Là, je suis à +5kg, donc avec le cutting et en arrêtant le sel deux-trois jours avant la pesée, il ne reste qu'un seul kilo à perdre parce que le reste, ce n'est que de la flotte. Je fais des bains chauds quelques heures avant la pesée et je perds rapidement. La première fois que je l'ai fait, je me suis senti un peu fatigué mais maintenant mon corps s'est habitué. C'est la troisième fois que je le fais. Avant, je faisais un cutting en courant sur le tapis, dans un exercice de sudation mais ça me fatiguait beaucoup plus. Le jour du combat, je n'avais plus de jambes.
Vous avez été champion de France Elite amateur ?
En 2024, alors que j'avais commencé la boxe tard, en septembre 2019. Je n'ai fait que 22 combats en amateur et je n'ai pas intégré l'Equipe de France. Ma carrière en amateur a duré moins de 4 ans et après je suis passé professionnel. Je ne voulais pas rester en amateur car j'avais déjà un style pro, dans le sens où j'avais besoin de temps pour mettre mon style en place. Ce n'était pas là où j'étais le meilleur.
Trois rounds c'est trop court ?
Ça n'a rien à voir avec la boxe pro. En amateur, la philosophie c'est toucher sans se faire toucher alors que moi, j'aime rentrer dedans et faire parler ma puissance.
Ce n'est pas un discours majoritaire en France.
J'ai plutôt un style mexicain depuis que j'ai commencé (rires). J'aime beaucoup ce que fait Christian Mbilli parce qu'il va à la bagarre et même s'il peut prendre des coups, il en donne encore plus. J'avance toujours et je recule très rarement. J'essaie de mettre des coups puissants et c'est ce que je travaille le plus.
Ça se travaille comment le développement de la puissance ?
Avec des exercices de charges lourdes suivies d'exercices d'explosivité sans temps de repos. Je gère ça avec le préparateur physique et depuis que je fais ça, je ressens la progression. Depuis août, je vois clairement l'évolution. J'ai toujours eu de la puissance mais mon défaut était de mettre trop de coups sans assez de force pour être impactant. Au bout de 3-4 rounds, je redescendais. Là, j'ai vu que je tenais 6 rounds et les 10 du championnat de France seront un vrai test pour moi. Dix reprises, c'est long mais j'ai une bonne tactique pour bien les gérer parce qu'on ne peut pas être à fond tout ce temps.
Chez les super-coqs, le rapport poids-puissance est primordial ?
Pour le moment, contre tous ceux que j'ai boxés dans cette catégorie, j'ai été physiquement au-dessus. La seule fois où j'ai changé, c'était au WBC Grand Prix en Arabie Saoudite et j'avais dû monter en plumes pour concourir. En face, Ayubkhon Bakhtiyorov était trop costaud, c'est pour ça que je suis en -55kg. Au niveau mondial, avec les cuttings que font certains boxeurs, je me suis senti vraiment léger face à lui, surtout qu'il avait plus d'expérience. On avait une marge d'un kilo : la veille, je suis à 58kg, le lendemain je monte à 59,5kg alors que lui était à 65-66kg. Ça m'a apporté beaucoup d'expérience, j'ai été plus sérieux au quotidien. J'ai pris un nutritionniste, un préparateur physique. J'ai investi sur moi, même si mes cachets de combat ne sont pas toujours énormes.
Après ça, vous avez remporté vos deux combats suivants pour devenir co-challenger au championnat de France. C'est une étape ou un aboutissement ?
C'est une étape logique, voire une formalité. Je vise beaucoup plus loin. Je me suis très bien préparé pour ce championnat de France et j'espère que ça va le faire. Ensuite, je pourrais défendre la ceinture pour monter dans les classements européens. Je suis encore jeune... mais pas trop non plus (rires). J'ai pris l'exemple de Seydi Coupé quand je suis arrivé à la salle.
Le 30 mai est une grande date pour la boxe française avec plusieurs beaux galas (Roubaix, Uzès, Perthuis notamment). La discipline attire toujours du monde ?
Oui, surtout qu'à Roubaix, c'est une belle organisation, tout est très bien fait. Ça commence à reprendre au niveau de l'attractivité, c'est bien de voir ça.
Cela dit, vous avez un travail à côté de la boxe pour assumer les coûts financiers ?
Oui, je fais des petits boulots comme ça je peux mieux m'organiser. Par exemple pour ce championnat de France, je savais que je devais mettre le travail de côté pour me focaliser sur l'échéance. C'est trop dur de faire les deux. En novembre dernier, j'étais en formation et je faisais ma préparation en même temps, je m'entraînais à 6h et à 19h. Au bout d'un mois, j'ai senti que j'étais fatigué et je suis arrivé sans être à 100%, même si j'ai gagné. En fait, tu dors mal, tu te réveilles tu es fatigué... C'est un sacrifice économique que je fais pour ce titre, surtout que ma fille est née en avril et les nuits sont courtes.
