Interview Flashscore - Narymane Benloucif-Berche : "Concentrée sur moi et ma boxe"

Narymane Benloucif-Berche
Narymane Benloucif-Berche Compte Instagram Narymane Benloucif-Berche

Devenue championne d'Europe des super-coqs en février dernier en Italie, Narymane Benloucif-Berche remet son titre en jeu à Auch, le 23 mai prochain contre Sacha Morice. Pour Flashscore, elle évoque sa préparation, l'accueil du public et son engagement civique, au travers de son parcours professionnel et sportif.

Flashscore : Vous remettez en jeu votre ceinture de championne d'Europe le 23 mai prochain. Comment se passe votre préparation ?

Narymane Benloucif-Berche : Ce sera contre Sacha Morice (classée nº3 française Boxrec, ndlr). Je me prépare toujours de la même manière, en fonction de mes points forts et mes faibles indépendamment des facultés de mon adversaire. Je ne veux pas trop analyser, parce que tout peut changer au dernier moment, avec une boxeuse qui propose une nouvelle stratégie. Je reste concentrée sur moi et ma boxe. 

Vous êtes licenciée au Boxoum de Toulouse. Vous bénéficiez d'un suivi constant ? 

On est une structure de haut niveau mais on n'a pas non plus les finances du haut niveau international. Je n'ai pas de suivi diététique mais j'ai des notions et je connais bien mon corps. Je travaille, donc je reste à Toulouse parce que je n'ai pas d'autre revenu qui puisse me permettre de faire différemment et parce que faire des sparrings à l'extérieur, c'est onéreux. J'aime beaucoup mettre les gants, j'ai pu le faire contre des filles et des garçons. On a fait tout ce qu'il fallait. L'expérience fait que je sais gérer ma préparation et ma diète de façon optimale. 

Le régime est-il plus difficile pour les boxeuses ou les boxeurs ? 

Dans les deux cas, c'est une exigence de chaque instant, c'est H24. Tu sais que tu vas reprendre du poids si tu fais de la malbouffe pendant 3 mois, c'est aussi dans la manière d'organiser ta préparation, comment on voit le temps hors-prépa. Pour moi, il peut y avoir du relâchement sur un ou deux repas, mais pas plus. C'est ça qui me permet d'être toujours à un niveau optimal, sans trop de prise de graisse. C'est important pour tenir sur le long terme, à la fois pour ne pas se blesser mais aussi pour ne pas manquer des opportunités de dernière minute.

C'est fini l'image du boxeur à l'ancienne qui remonte énormément après un combat ? 

Dans mon club, je vois des boxeurs qui ont de grosses périodes de sèche juste avant les combats, sur du -10kg/+10kg. Ça, je me le laisse si jamais j'ai une opportunité mondiale, dans la catégorie du dessous car je sais que je peux baisser. Pour le niveau européen, je me sens très bien en -55kg. 

En cas de victoire, vous feriez votre retour dans le Top 50 mondial. Cela pourrait vous ouvrir des possibilités à l'image de nombreux Français(es) qui vont vers des ceintures IBO et IBA ces dernières semaines. 

Pour le moment, je me concentre sur ma défense mais, effectivement, c'est un objectif. Je suis en pleine forme, je ne suis pas blessée et j'ai eu la chance de commencer la boxe tard, ce qui me rend encore fraîche au niveau du corps et de l'engagement. 

Vous travaillez dans le milieu carcéral, un "métier-passion" comme vous nous l'aviez dit en février. Qu'est-ce qui équilibre plus l'autre : votre emploi ou la boxe ? 

Les deux sont complètement imbriqués, d'autant que la boxe me sert d'outil dans mon milieu professionnel avec des jeunes qui aussi voient en moi une référence sportive. Ils peuvent voir ce que sont la discipline, l'exigence, le respect des règles. Le sport est un peu mon exutoire dans la vie en général, ça me fait une pause dans cette course permanente, surtout quand on est maman. 

Votre club a publié un post où on vous voit parler avec l'ancien Premier Ministre Édouard Philippe qui pratique la boxe depuis de nombreuses années. 

Je ne savais pas que ça allait sortir (rires). Il est passionné par la boxe, nous avons des connaissances communes dans le club du Havre (où il est maire, ndlr). Je trouve ça bien que des dirigeants puissent promouvoir par l'action. Généralement, ce n'est pas le cas. L'État doit être promoteur du sport-santé et c'est d'actualité car c'est une prescription médicale. Les associations sont en souffrance, il y a de moins en moins de subventions et les éducateurs qui sont souvent des bénévoles ont de plus en plus de mal. On le voit dans nos campagnes, des petits clubs ferment alors qu'ils faisaient vivre les villes et que c'était un moyen de sociabilisation. 

Les parents ont-ils peur d'envoyer leurs enfants à la boxe parce qu'ils pensent qu'il y aura forcément des coups portés ?

Je le vois dans mon entourage : les parents ont peur, et encore plus avec les filles. J'ai des collègues de boulot qui finalement changent d'avis parce que leurs filles avaient demandé à s'inscrire mais ils avaient cette crainte. Après avoir échangé avec moi, ils ont accepté parce que la boxe a des vertus. En tant que sportifs de haut niveau, on doit donner envie de pratiquer mais aussi de convaincre les parents. La rigueur de ce sport permet d'avoir une dynamique de vie saine. Dans un monde idéal, il devrait y avoir des éducateurs spécialisés dans les associations sportives. On me demande de plus en plus d'accompagner des mineurs dans la déviance, de les prendre en charge d'un point de vue sportif, ce qui me permet d'utiliser mes deux aspects. C'est ça qu'il faudrait : être à la fois éducateur sportif mais aussi un repère pour donner un cadre, pour aiguiller, y compris pour les questions de la vie quotidienne et familiale. Allier tous ces vecteurs, c'est hyper intéressant. 

Vous espériez combattre chez vous, à Gaillac. Finalement, ce sera à Auch, toujours en Occitanie. 

Je voulais le faire à Gaillac mais il y a eu un changement de municipalité et c'était compliqué d'organiser le combat à ce moment. La ville va continuer de me soutenir et organisera une prochaine échéance. J'avais des connexions à Auch, avec un club où je m'étais déjà entraînée. Quand on me l'a proposé, j'ai directement validé. C'est l'Occitanie, c'est chez moi aussi (sourire). 

Boxer devant son public, c'est ce qui fait la force d'une carrière entre le lien créé avec les gens et les sponsors locaux ?

Je suis super contente quand on me demande quand on peut venir me voir boxer. Les gens connaissent la Narymane de tous les jours mais pas celle du ring. C'est important de développer et de mettre à l'honneur la boxe féminine dans nos régions parce qu'il y a principalement des combats masculins. J'ai très envie de faire un combat à Gaillac parce que tout le monde ne peut pas se déplacer à Auch. Ce qui est chouette, c'est qu'on peut faire venir un public qui est loin de la boxe et qui va la découvrir. Tous mes collègues de boulot et même des mamans de la crèche vont venir et tous ont beaucoup de questions parce que je vais leur faire découvrir un nouvel univers. 

Vous évoquez la Narymane dans le ring. Les boxeuses font souvent des tresses avant les combats et ça change leur aspect physique. Est-ce que c'est une étape qui vous fait entrer dans un personnage et qui permet de vous concentrer ?

On fait souvent les tresses avant, pour être tranquille le jour du combat. Des fois, je trouve que ça vient trop tôt et qu'on switche trop tôt. Moi, j'aime bien le faire le jour même, le matin. Ça me permet d'entrer dans ma bulle. Avec nos cheveux, si on ne fait pas de tresses, ça peut vite devenir une galère. D'ailleurs, les garçons aux cheveux longs font comme nous, ils font des tresses (rires).