Interview Flashscore - Frank de Boer : "La France, avec l'Espagne et l'Angleterre fait partie des favoris"

Interview Flashscore - Frank de Boer : "L’Espagne dépend de la forme de Lamine Yamal"
Interview Flashscore - Frank de Boer : "L’Espagne dépend de la forme de Lamine Yamal"MUSTAFA YALCIN / ANADOLU / Anadolu via AFP

Frank de Boer (56 ans) fait partie des nombreuses stars que le football oranje a offertes au sport roi entre la fin du XXe siècle et le début du XXIe. Troisième joueur le plus capé avec les Pays-Bas, il est une voix autorisée pour parler de sa sélection et aussi de ce qui nous attend lors du Mondial 2026. Nous avons échangé avec lui depuis Marbella (Málaga), à l’occasion d’un tournoi de padel réunissant d’anciens footballeurs, pour Flashscore.

Vous êtes retraité depuis plusieurs années, mais vous n’avez jamais quitté le sport, jouant désormais beaucoup au padel, et votre famille compte de nombreux footballeurs, voire un arbitre (l’un de vos gendres, Joey Kooij, l’est). Suivez-vous toujours le football avec passion ?

Oui, je le suis beaucoup, surtout en ce moment avec la Coupe du monde, qui est une compétition que tout le monde veut regarder.

J’imagine que vous avez hâte de voir ce dont les Pays-Bas sont capables. Comment voyez-vous votre sélection ?

Nous avons une bonne équipe, mais nous ne sommes pas favoris. Je pense que nous pouvons atteindre les quarts de finale. Je sais que les autres nations n’ont pas envie d’affronter les Pays-Bas, car c’est une équipe qui, à certains moments, peut jouer de façon fantastique. Mais je pense que nous sommes un peu irréguliers. Et dans un tel tournoi, on ne peut pas se permettre un jour sans. Peut-être qu’en phase de groupes, c’est possible, mais normalement, après, non. Et pour jouer trois ou quatre très bons matchs… je n’ai pas vu ça souvent ces dernières années avec la sélection.

Qu’est-ce qui manque selon vous ? Une star comme autrefois, un avant-centre à la Van Basten qui marquait tout ? 

Je pense que oui. Il nous manque un attaquant que d’autres nations possèdent, mais par exemple, l’Espagne n’a généralement pas d’avant-centre. Un attaquant comme Kane ou un profil similaire, nous n’en avons pas aux Pays-Bas. Depay est un bon joueur, mais ce n’est pas un "pur avant-centre". Il cherche toujours l’espace. D’autres joueurs peuvent profiter de ces espaces, mais je pense que nos attaquants ont de la qualité, mais pas celle de finisseurs comme Mbappé, Raphinha, tous ces joueurs, ou comme Kane. Mais nous sommes une équipe et je dis toujours que c’est important de jouer en équipe. Les équipes gagnent des titres, les joueurs gagnent des matchs. Nous serons assurément une équipe, et c’est toujours très important.

On peut donc dire que cette équipe des Pays-Bas est très différente de celle qu’on a toujours connue, joyeuse, spectaculaire, offensive…

Nous avons des joueurs plaisants comme Frenkie de Jong et des milieux qui jouent bien, mais je pense que nous n’avons pas de stars devant. Van Dijk est une star en défense. Je pense que la défense est très solide : Timber est très bon, Dumfries et Van de Ven sont des joueurs de très haut niveau. Le gardien est bon, devant il y a Frenkie de Jong, Reijnders, Gravenberch… Mais devant, j’ai mes inquiétudes.

La progression africaine

Et concernant les autres adversaires ?

Je pense que la France, l’Espagne, le Portugal, l’Argentine, le Brésil, l’Allemagne et l’Angleterre sont pour moi les nations les plus dangereuses. Et peut-être aussi le Maroc, qui a une très bonne équipe actuellement.

C’est ce que j’allais dire, il y a des sélections africaines qui semblent bien progresser, comme celle que vous venez de citer, le Maroc.  

Oui, et le Sénégal aussi. Ils ont de la qualité et ont prouvé qu’ils pouvaient battre de grandes nations. Nous allons voir des équipes qui ne sont pas les habituelles.

La sélection espagnole, dépendante de Lamine

Et comment voyez-vous l’Espagne ?

Je pense que tout dépend de la forme de Lamine Yamal. Ils n’ont pas d’avant-centre, comme nous. Ils jouent le football typique de l’Espagne et il est vrai que pour chaque nation, les affronter est très difficile. Mais je pense qu’ils ne sont pas de grands favoris pour moi actuellement. Et cela dépend aussi de Lamine Yamal, qu’il puisse jouer ou non, car c’est un joueur qui peut faire la différence.

Pensez-vous qu’il y a une telle dépendance que si Lamine est en forme, l’Espagne élève son niveau, et qu’il baisse lorsqu’il ne l’est pas ?

Oui, c’est ça. Nous avons parlé tout à l’heure des stars qui manquent aux Pays-Bas. Lui, c’est une star. Mais il doit être en forme pour pouvoir créer quelque chose. C’est ça, la qualité.

En parlant de Lamine et de sa qualité, j’imagine qu’en tant qu’ancien joueur du Barcelone, vous avez suivi la saison du Barça. Qu’en avez-vous pensé ?

Oui, je l’ai suivie et c’était très bien. Ils ont joué de façon très plaisante, aussi avec Lamine, Raphinha. Bon, Raphinha un peu moins que l’an dernier, mais Pedri est dans une forme incroyable selon moi. C’est l’un des meilleurs joueurs du monde et il joue très bien. J’adore la progression d’Olmo en ce moment et Gavi est de retour. J’ai vraiment pris du plaisir à regarder le Barça.

Frank de Boer
Frank de BoerČTK / imago sportfotodienst / Artur Stabulnieks

Comment gagner la Ligue des champions

Partagez-vous l’avis de certains selon lequel, pour gagner la Ligue des champions, il ne faut pas jouer aussi offensivement qu’avec Hansi Flick ?

Je ne sais pas, cela dépend. Quand tout fonctionne à 100%, cela peut marcher. Mais si un joueur fait défaut dans ce système, cela devient très dangereux. Tout le monde doit être très concentré, à 100%. Sinon, il est très difficile de jouer aussi haut sur le terrain. Mais les gens veulent aussi voir du beau football. Je pense que c’est le plus important. J’ai vu beaucoup de matchs qui se sont terminés sur un 0-0 que personne ne veut voir. Je pense que lorsqu’il y a un stade de près de 100 000 spectateurs, ils viennent pour profiter du football. Et avec Barcelone, en général, on vient pour se régaler.

Puisque vous parlez de plaisir. Lors de la finale de la Ligue des champions, on a vu un PSG qui proposait du jeu avec le ballon et un Arsenal qui semblait se contenter de défendre. J’imagine que cette finale illustre bien ce que vous dites.

Oui. Sur les ailes, Kvaratskhelia et Doué sont généralement les joueurs capables de faire la différence sur un dribble. Mais Saka aidait toujours de l’autre côté. Trossard aussi sur l’autre aile. C’était très difficile de créer quelque chose et c’est pour cela que le match s’est déroulé ainsi. Et le premier but (d’Arsenal) n’a pas vraiment aidé, car ils ont pu reculer et attendre. Les demi-finales étaient fantastiques, mais j’ai été un peu déçu par la finale. Mais je pense qu’au final, la meilleure équipe a gagné.

Nous verrons donc qui remportera le Mondial. Une finale Espagne-Pays-Bas, cela vous plairait ?

Oui, bien sûr. Une revanche serait très belle.