Flashscore : Comment te sens-tu à l'approche de ce match ?
Kaja Korošec : Après le week-end et le match face à Strasbourg, je pense qu'on est toutes remises, tout va bien. On a gagné, donc on est prêtes à enchaîner la semaine qui arrive.
Ce sera le premier match de Ligue des champions de la saison. Est-ce difficile d'enchaîner aussi vite avec le FC Barcelone ?
C'est vrai que ce sera comme un baptême du feu : la pression de débuter contre Barcelone est forcément grande. Mais il fallait commencer contre quelqu'un, et ce sera Barcelone. On a de bonnes équipes dans notre championnat, donc même si la Ligue des champions est un cran au-dessus, on connaît le système, on sait comment ça fonctionne, et après tout, c'est du football : on peut le faire.
Vous avez perdu contre Lyon puis bien réagi contre Strasbourg. Était-il important de l'emporter avant d'aborder la Ligue des champions dans de meilleures dispositions ?
Le match contre Lyon n'a clairement pas été bon de notre côté. Il fallait revenir meilleures contre Strasbourg et montrer notre style de jeu. C'était l'objectif avant la rencontre. On devait montrer le vrai visage du Paris FC sur le terrain, et je pense qu'on l'a fait. C'était un bon match, une bonne victoire. On a donc de bonnes bases pour aborder Barcelone.
La saison dernière, face à Barcelone, le Paris FC avait livré un bon match. Qu'est-ce qui avait fait la différence à ce moment-là ?
Barcelone a évidemment une très bonne équipe, avec beaucoup de bonnes joueuses. Et comme c'était la première fois qu'on les affrontait, il y avait sans doute une forme d'appréhension de notre côté. Leur équipe a un peu changé depuis, mais ça reste Barcelone, et il faudra être à notre meilleur niveau. Je pense qu'on peut faire quelque chose si on n'a pas peur et qu'on joue notre jeu.
"Contre le Barça, il faut énormément courir"
Qu'as-tu appris personnellement de ce match contre le Barça ?
Il faut énormément courir. Elles changent beaucoup de position, les joueuses tournent, elles savent où elles doivent être et les passes arrivent toujours au bon endroit. On doit rester soudées en tant qu'équipe et courir beaucoup, mais c'est le football, et je pense qu'elles auront de toute façon plus de possession : c'est le style du Barça.
Le Barça compte de grandes milieux de terrain. Y a-t-il une joueuse en particulier que tu observes, dont tu aimerais t'inspirer ?
Pour moi, ce serait Patri (Guijarro). Quand je la regarde jouer, je me dis que j'aimerais atteindre ce niveau-là. Elle a la vision de jeu, les passes, la course, le placement. C'est elle, sur le terrain.
As-tu demandé à échanger ton maillot avec elle à la fin du match la saison passée ?
Non, je suis trop timide, je n'ose rien demander.
En quoi cette expérience de la saison dernière peut-elle t'aider cette saison, y compris pour jouer à Barcelone cette fois ?
On est déjà passées par là, et on a vu qu'il n'y avait rien à craindre. Ce n'est pas juste une équipe comme les autres, mais le terrain reste le même pour toutes les équipes : le ballon est rond, on joue au football. Certaines filles vont peut-être se dire "C'est Barcelone, on est censées perdre", mais je ne pense pas que ce soit le cas. C'est le premier match de Ligue des champions de la saison, tout peut arriver. Elles ont connu quelques difficultés en championnat, elles ont concédé des buts : je pense qu'on peut marquer, et si on défend bien, on peut prendre quelque chose dans ce match.
Tu ne sembles toi-même pas du tout appréhender ce rendez-vous.
Non, je dirais que je n'ai pas peur. Je suis excitée. C'est la Ligue des champions, j'ai hâte de jouer contre le Barça, j'ai hâte de jouer n'importe quel match de Ligue des champions. Donc non, je n'ai pas peur.
"J'aurais vraiment aimé ne pas retomber sur le Real Madrid"
Tu évoquais des joueuses qui pourraient être davantage stressées, ou au contraire simplement excitées de jouer contre Barcelone. Toi qui as connu la précédente campagne européenne du Paris FC, donnes-tu des conseils à celles qui la découvrent ?
Je suis assez timide, je ne suis pas une grande parleuse. Mais si les filles viennent me voir et qu'on en discute, je leur partage mon expérience, je leur dis qu'il n'y a rien à craindre. J'essaie de les encourager. Honnêtement, si elles ont besoin de parler, je ne suis pas forcément la personne la plus à même pour ça — je ne parle pas français, donc c'est un peu compliqué pour les autres filles de venir vers moi spontanément. Mais quand on échange, je leur dis qu'il n'y a rien à craindre.
Sur le terrain, tu parais très calme. Est-ce que cela peut aider les autres à garder leur calme ?
Je pense que ça aide parfois l'équipe, si j'apporte quelque chose de calme sur le terrain : on n'a pas besoin d'aller toujours de l'avant, de l'avant, de l'avant — parfois il faut savoir prendre du recul, se relâcher un peu. Donc oui, j'essaie d'aider l'équipe comme je peux.
Vous avez un tirage difficile, avec Arsenal, le Real Madrid et le FC Barcelone. Aurais-tu préféré un tirage plus abordable ?
Je ne dirais pas que j'espérais un tirage plus facile, mais j'aurais vraiment aimé ne pas retomber sur le Real Madrid — pas parce que c'est une mauvaise équipe, bien au contraire, mais simplement parce qu'on les joue tout le temps, on n'arrive jamais à s'en débarrasser ! On a plusieurs matchs difficiles, c'est vrai, mais chaque rencontre de Ligue des champions est difficile : les équipes méritent d'être là. Ce sera dur à chaque match, mais je suis excitée : plus les équipes sont fortes, plus on peut se dépasser, et c'est ça l'expérience de la Ligue des champions. Beaucoup de bonnes équipes, et j'ai hâte de toutes les affronter, de la première à la dernière. On commence par ce qui est sans doute le plus dur, Barcelone puis Arsenal, donc ça pourrait être compliqué si on ne prend rien lors de ces deux matchs. Mais c'est le football, tout peut arriver.
Vous aviez battu Arsenal il y a trois saisons, lors d'un tour qualificatif. Est-ce aussi une façon de mesurer le chemin parcouru depuis ?
On peut s'appuyer sur cette victoire contre Arsenal, il y a trois saisons. Tout le monde pensait qu'on allait perdre et on les a battues. On peut repartir de ça, on peut recommencer. On les a d'ailleurs affrontées cet été en amical : ce n'est pas comme si elles étaient beaucoup plus fortes que nous. On a perdu, mais on est restées à 0-0 jusqu'à la dernière minute. Je pense que ça montre qu'on a progressé en tant qu'équipe. Beaucoup de choses ont changé, tout le monde progresse dans le football et nous aussi. On a perdu contre Lyon en début de saison, mais on a montré contre Strasbourg qu'on était solides balle au pied. On crée des occasions, il faut juste les concrétiser, et je pense que ça va être intéressant. J'y crois, oui.
Quel est votre objectif pour cette campagne de Ligue des champions ? Terminer parmi les douze premières ?
Oui, l'objectif c'est de se qualifier pour le tour suivant, de gagner le plus de matchs possible, de prendre le maximum de points, et de le montrer sur le terrain en jouant de bons matchs.
"Beaucoup de gens estiment que je pourrais être une leader"
L'effectif a beaucoup changé cet été, après une saison précédente plus stable. Comment t'es-tu adaptée à ces nouvelles arrivantes, et comment se sont-elles adaptées au groupe ?
On a effectivement fait pas mal de changements dans l'équipe, mais je pense qu'on a eu une présaison assez longue pour que tout le monde s'ajuste au nouveau groupe. On a eu un bon stage au campus Adidas, et je pense que l'équipe s'est soudée là-bas : tout le monde sait qu'on est prêtes à sacrifier quelque chose pour le collectif, et c'est important. Le groupe s'entend vraiment bien et ça peut nous aider dans les matchs. Je pense qu'on est prêtes à affronter tout le monde.
Tu dis être plutôt timide, mais certaines des recrues de l'été ne parlent pas français. Les as-tu aidées à s'intégrer ?
Pour moi, c'était plus simple avec les joueuses qui ne parlent pas français : on peut toutes se retrouver et parler anglais et ça me convient parfaitement. Mais je pense qu'on va apprendre le français au fil de la saison, pour se connecter avec le groupe dans les deux langues. Même si on ne parle pas la même langue, je pense que c'est important : sur le terrain, on parle la même langue et c'est ça qui compte vraiment dans le football.
Tu es l'une des joueuses présentes au Paris FC depuis le plus longtemps par rapport aux autres. Cela te donne-t-il un statut particulier dans le groupe ?
Non, je pense qu'il n'y a pas vraiment de statut particulier dans le football. Il faut simplement donner le meilleur de soi chaque semaine, et si l'entraîneure voit ça et estime que tu mérites de jouer, tu joues. Le onze de départ peut changer chaque semaine, et je trouve ça positif : ça pousse chacune à se dépasser en permanence. Il n'y a pas de statut particulier pour qui que ce soit — même si je ne dirais pas que je suis là depuis si longtemps, je fais partie des joueuses présentes depuis un peu plus longtemps que d'autres. Mais toutes les filles méritent d'être là, méritent de jouer. J'espère qu'on fera toutes de notre mieux, et si moi ou une autre ne joue pas, ce n'est pas grave : c'est le football, seules onze joueuses peuvent être sur le terrain au coup d'envoi. Mais je pense que tout le monde mérite sa chance, et j'espère que toutes les filles l'auront.
Te sens-tu, malgré tout, comme une leader sur le terrain ?
Je pense que je n'ai pas la personnalité d'une leader, mais beaucoup de gens estiment que je pourrais l'être, et j'essaie de sortir un peu de ma zone de confort parce que je sais que l'entraîneure le souhaite. J'essaie de prendre davantage de responsabilités et j'espère que ça aide l'équipe.
"Tout ne doit pas forcément venir des joueuses les plus anciennes"
Avec ton expérience, y compris européenne, dans un groupe plutôt jeune, est-ce important d'en parler aux autres et est-ce que cela t'aide toi-même personnellement ?
Je pense qu'en football, il faut grandir sur le terrain comme en dehors. Pour moi, ça pourrait être un grand pas en avant que de prendre davantage de responsabilités, de montrer aux jeunes filles ce qui les attend. Elles peuvent accomplir beaucoup si elles travaillent et croient en elles. Je ne sais pas si je fais partie des plus âgées, mais même moi, on essaie toutes de prendre quelque chose les unes des autres — des jeunes vers les plus expérimentées, et inversement. Tout ne doit pas forcément venir des joueuses les plus anciennes : on a toutes quelque chose à apporter, et je pense que toutes les informations peuvent aider en football.
Est-ce que cette expérience européenne t'aide aussi à gérer un rendez-vous comme celui-ci, à deux jours d'un match de Ligue des champions contre Barcelone ?
Oui, bien sûr. J'ai joué beaucoup de matchs internationaux avec l'équipe nationale, et beaucoup de Ligue des champions avec ce club, donc chaque match, chaque saison, ça aide. Ça enlève un peu de pression : si c'est ton premier match, forcément tu ressens beaucoup de pression, mais au fil des saisons, ça devient plus facile. Ça m'aide beaucoup, surtout parce que j'ai joué beaucoup de matchs. Pour moi, ce n'est plus de la pression : je suis vraiment excitée, donc je pense que ça m'aide beaucoup.
Transmets-tu cette expérience aux plus jeunes ? Tu ne peux pas gérer ça à leur place, mais leur donnes-tu des conseils ?
Je dirais que chaque fille ici a déjà une certaine expérience, que ce soit en équipe nationale ou ailleurs, donc elles gèrent aussi à leur façon. Mais on partage forcément notre vécu, par exemple quand on voyage ensemble, on en parle. Le football n'est pas un sport individuel, donc ça nous aide parce qu'on est ensemble en tant qu'équipe : la pression ne repose pas sur une seule d'entre nous, mais sur nous toutes, donc c'est plus facile de l'aborder collectivement. Certaines ont déjà disputé la Coupe du monde, donc je pense qu'elles sont désormais habituées à ce genre de contexte. Même si c'est le premier match de Ligue des champions pour certaines, je pense que si on l'aborde en équipe, il n'y a rien à craindre.
"On est toutes amies, pas seulement coéquipières"
Tu ne te vois pas forcément comme une leader dans le vestiaire, plutôt sur le terrain. Qui sont les autres leaders du groupe ?
Je dirais les joueuses plus expérimentées, notre capitaine Clara (Mateo) en fait partie : je crois qu'elle veut avant tout que tout le monde se sente à l'aise, bien dans ses baskets. Je pense que toutes les cadres prennent soin de nous — Clara, Théa (Greboval), Daphne (Corboz), Évelyne (Viens), Mylène (Chavas), tout le monde — parce qu'elles ont le plus d'expérience et qu'elles prennent soin du groupe, pas seulement sur le terrain. J'apprécie énormément ça. Quand je suis arrivée, sans ces filles-là, je ne pense pas que j'aurais pu me sentir aussi à l'aise ici. Elles m'ont toutes aidée, et maintenant j'ai le sentiment d'appartenir à ce groupe. C'est ce que je retiens des joueuses plus expérimentées : on appartient à cet endroit, j'appartiens à cet endroit, et c'est important pour moi.
Essaies-tu, à ton tour, de transmettre ce sentiment aux nouvelles arrivantes ?
Forcément, changer d'équipe, et même de pays, peut être difficile. On veut qu'elles se sentent à l'aise ici, qu'elles se sentent chez elles, presque comme dans un second foyer. Je pense que les filles sont heureuses ici, et c'est l'essentiel : si tu n'es pas heureuse, tu ne peux pas profiter du football, et si tu ne profites pas de ta vie ici, tu ne peux pas profiter du football non plus. C'est vraiment important de se construire une vie ici. On est toutes amies, pas seulement coéquipières, et c'est essentiel dans une équipe de football, pour moi.
Le club a été racheté par de nouveaux investisseurs il y a deux saisons, avec une vraie évolution du projet, y compris côté féminin. Sens-tu une pression accrue sur les résultats ?
Le football féminin progresse, et je pense que le Paris FC l'a remarqué et a commencé à investir davantage dans la section féminine du club. Je dirais que ça nous a beaucoup aidées. Ça amène aussi un peu plus de pression, parce qu'on veut se qualifier pour la Ligue des champions la saison prochaine : il faut donc bien faire en championnat, sur toute la saison, on ne peut pas se permettre trop de mauvais matchs. C'est donc une forme de pression, mais je pense que c'est plutôt une bonne pression : elle donne le sentiment de faire quelque chose de positif pour la prochaine génération du football féminin, ou pour les nouvelles joueuses qui arrivent. C'est une bonne pression, même si elle peut parfois devenir plus lourde. Mais on est une équipe : si on connaît un mauvais match, comme contre Lyon, ça arrive, l'important c'est ce qu'on fait après. Et je pense qu'on a bien réagi après Lyon, donc c'est l'essentiel. J'espère que le club continuera d'investir sur nous, parce que je pense qu'on peut accomplir beaucoup. Jouer la Ligue des champions, c'est déjà un grand pas pour un club féminin. Si on reste constantes sur la saison, le club continuera de croire en nous, et c'est important d'avoir ce soutien.
"Je veux être une joueuse d'équipe"
Sandrine Soubeyrand te fait beaucoup confiance en tant que joueuse. Comment vis-tu cette confiance ?
Ça compte beaucoup venant d'elle, d'autant plus qu'elle a elle-même évolué au milieu de terrain. J'essaie de retenir chacun de ses conseils, de jouer comme elle le souhaite, et elle m'aide énormément — je l'apprécie vraiment. Elle a été un très bon soutien pour moi tout au long de mon passage au club et je pense que c'est aussi ce qui m'a permis de tenir toutes ces saisons ici. Je veux vraiment être importante, faire du bien pour l'équipe, pour tout le staff. Je veux simplement faire ce qu'on me demande, être une joueuse d'équipe — je ne pense pas beaucoup à moi-même individuellement. Je veux juste bien faire pour le collectif, et je suis vraiment heureuse que l'équipe et le staff me fassent confiance : ça compte énormément pour moi, donc je veux juste continuer à bien faire pour l'équipe.
As-tu un lien particulier avec Sandrine Soubeyrand ?
Je ne dirais pas particulier, mais je pense qu'elle veut simplement ce qu'il y a de mieux pour moi, et elle me donne beaucoup de conseils que j'essaie d'appliquer du mieux possible. Je l'apprécie vraiment, elle et tout le staff technique ici.
Avec l'arrivée de ces nouveaux investisseurs, qui ont de grandes ambitions pour l'équipe féminine, cela change-t-il vos objectifs, cette saison et les suivantes ?
Pour nous, en tant que joueuses, ça ne change pas grand-chose. On veut simplement jouer au football et bien faire. On veut gagner le plus de matchs possible, se concentrer sur la partie sportive, et laisser les personnes concernées par les autres aspects s'occuper du reste.
Et concrètement, quels objectifs ont été fixés ? Poursuivre en Ligue des champions, mais aussi en championnat et en coupe ?
Se qualifier pour la Ligue des champions la saison prochaine : on vise donc la deuxième place. Et on a deux coupes à disputer, donc j'espère qu'on peut remporter un titre. Mais c'est normal, en tant que footballeuse, de vouloir gagner le plus de titres possible. Voilà l'objectif.
