Ce "title decider", comme l'appellent les Britanniques, aura pour décor un Celtic Park (60 000 places) chauffé à blanc, un stade historique pour un sommet qui devrait l'être tout autant.
La Scottish Premiership n'a plus connu un tel scénario depuis 1991, quand les Rangers ont doublé Aberdeen sur le fil grâce à un doublé gagnant de Mark Hateley (2-0) dans un Ibrox stadium en transe.
Le Celtic rêve aussi de jouer ce très mauvais tour à Heart of Midlothian FC (connu sous le nom de Hearts), l'intouchable et inattendu leader depuis début octobre, dont l'avance a fondu à un petit point avant la grande explication finale de samedi.
"Pour vous (les médias, NDLR), pour le football écossais, c'est parfait en matière de dramaturgie, ça se joue sur le dernier match", a constaté l'entraîneur de Hearts, Derek McInnes, sur Sky Sports. "C'est une finale de Coupe sur 90 minutes, c'est aussi simple que ça. Si on nous avait proposé ça au début de la saison, on aurait signé tout de suite", a ajouté le capitaine Lawrence Shankland auprès de BBC Sportsound.
Quarante ans d'hégémonie
Personne n'attendait effectivement le club d'Édimbourg, septième la saison dernière, à un tel niveau.
L'équipe au maillot bordeaux a recruté malin, de l'entraîneur jusqu'à l'avant-centre portugais Claudio Braga, repéré en deuxième division norvégienne, en passant par le milieu grec Alexandros Kyziridis, venu du championnat slovaque.
Hearts s'appuie sur l'expertise et la fortune de Tony Bloom, le patron du club anglais de Brighton, devenu actionnaire minoritaire en juin 2025. "The Lizard" était déjà présent au club depuis novembre 2024 et le partenariat noué avec Jamestown Analytics, sa société de data spécialisée dans le recrutement de joueurs.
Il doit aussi beaucoup à Ann Budge, la femme d'affaires écossaise qui a renfloué un club en fâcheuse posture avant de le remettre à Foundation of Hearts, une association soutenue par des supporters, en 2021.
Cinq ans plus tard, les "Jambos" sont en position de briser le monopole des géants de Glasgow, Celtic et Rangers, lesquels se partagent la couronne de champions d’Écosse depuis quatre décennies sans interruption.
Un match nul leur suffit, ce samedi, pour rejoindre au palmarès Aberdeen, le dernier club à avoir brisé le duopole en 1985.
"C'est dégoûtant"
Mais le Celtic, sacré treize fois lors des quatorze dernières saisons, aura l'avantage du public, l'expérience des grands rendez-vous et l'élan d'une dernière victoire arrachée dans le souffle d'une polémique, mercredi à Motherwell (3-2).
Les visiteurs ont bénéficié d'un pénalty contestable qu'a converti Kelechi Iheanacho, plein de sang froid face à un parcage de supporters en délire (90ᵉ+9).
"Quand ils vérifient un pénalty à la 96ᵉ minute, on part du principe qu'ils (le Celtic) vont l'obtenir. Pour l'avoir revu, c'est dégoûtant", a pesté Derek McInnes. "Tout le monde est contre nous et nous serons prêts pour samedi."
Il faut parfois que "certaines choses tournent en votre faveur si vous voulez gagner des titres", a reconnu Callum McGregor. Mais, a ajouté le capitaine du Celtic, "nous méritons de rester dans le coup jusqu'à la dernière journée" au regard des progrès affichés en 2026.
Début janvier, les Hoops accusaient six points de retard sur le leader après un Old Firm perdu 3-1 contre les Rangers, un sixième revers en huit matches fatal au Français Wilfried Nancy, resté seulement 33 jours en poste.
Martin O'Neill a repris les commandes de l'équipe en intérim, comme il l'avait déjà fait en octobre après le départ de Brendan Rodgers. Et le club a repris espoir sous la coupe du Nord-Irlandais de 74 ans.
Ce samedi, ce sera soit l'épilogue d'un improbable redressement, soit le dénouement heureux d'un conte où le petit poucet terrasse le géant.
