L'enjeu dépasse le simple cadre sportif. Une qualification pour la phase de ligue de la Ligue des champions rapporterait près de 50 millions d'euros à l'OL, toujours sous la surveillance des instances financières et lourdement endetté - environ le double des recettes engrangées après l'élimination en huitièmes de finale de Ligue Europa au printemps dernier. Lyon n'a plus disputé la compétition depuis la saison 2019-2020, stoppée en demi-finale par le Bayern Munich (3-0) lors du Final 8 de Lisbonne.
Six années d'attente que Moussa Niakhaté a en tête à la veille du match : "L'OL a eu l'habitude d'aller en Ligue des Champions et de faire de beaux parcours. Ça fait six ans que le club n'y est plus, donc on doit tout donner pendant 180 minutes pour faire rêver le peuple lyonnais et la rejouer." Un sentiment que partage Paulo Fonseca, pour qui l'occasion est trop belle pour être manquée : "Avoir la possibilité de jouer la Ligue des Champions, c'est historique. Nous n'avons pas joué la Ligue des Champions dernièrement, mais l'OL est un club historique en Coupe d'Europe. Tout le monde au club donne tout pour ramener le club à ce niveau."
Un Fenerbahçe métamorphosé au mercato
Sur le terrain, pourtant, le rapport de forces a changé. Sous la houlette d'İsmail Kartal, 65 ans, ancienne légende du club revenue sur le banc en juin 2026 après le limogeage de Domenico Tedesco - et épaulé par Dirk Kuyt comme adjoint -, Fenerbahçe a bâti un effectif XXL cet été. Le club turc a enrôlé Romelu Lukaku, Mason Greenwood (ex-OM), N'Golo Kanté, Mattéo Guendouzi ou encore le Kosovar Vedat Muriqi, deuxième meilleur buteur de Liga la saison passée avec Majorque (23 buts), tandis qu'Anderson Talisca, meilleur buteur turc en 2025-2026 (27 buts toutes compétitions), a déjà marqué lors de plusieurs tours de ces qualifications.
Cette montée en gamme n'a pas échappé à Fonseca, qui place d'emblée son adversaire en position de favori : "Regardez les joueurs qu'ils ont achetés, ceux qui ont joué leur dernier match. La qualité de leur investissement est incroyable. Nous voulons nous battre contre une équipe naturellement favorite." Niakhaté ne dit pas autre chose, avec les mêmes mots ou presque : "En face ils ont une très belle équipe, sur le papier c'est monstrueux, mais nous, on joue avec nos armes, on devra être très précis pour les mettre en difficulté." Fenerbahçe reste d'ailleurs invaincu à domicile depuis six barrages de Ligue des champions, sans avoir encaissé le moindre but sur ses deux dernières réceptions dans cet exercice.
Côté turc, plusieurs incertitudes planent malgré tout sur le onze de Kartal : Söyüncü et Sofyan Amrabat seraient incertains, tout comme les deux gardiens Mert Günok et Ederson, tandis que le défenseur Jayden Oosterwolde est forfait pour une déchirure aux ischio-jambiers. Quant à Lukaku, tout juste arrivé de Naples, sa présence dans le groupe pour ce match aller reste à confirmer : non inscrit sur la liste UEFA initiale, l'attaquant belge assure être prêt et pourrait encore y être ajouté avant le coup d'envoi, selon la presse turque.
"On veut jouer notre jeu"
Malgré le statut d'outsider qui leur est accordé, Lyonnais et leur entraîneur refusent de se contenter d'un rôle défensif. "Nous n'arrivons pas ici pour défendre tout le temps. On veut jouer notre jeu. Ce sera difficile mais nous devons avoir du courage. On doit bien défendre, pendant 90 minutes. On va faire de notre mieux", prévient Fonseca. Un discours qui fait écho à celui de son défenseur central, pour qui la manière compte autant que le résultat : "On devra montrer de la bravoure, être très courageux et concentrés, proche de la perfection pour espérer gagner. Quand on va entendre la musique de la C1, avec les ballons de la C1, on va comprendre qu'on n'est vraiment pas loin et ça doit nous motiver."
Cette confrontation directe avec le prestige de la compétition, Niakhaté la ressent d'autant plus fort qu'elle intervient face à l'un des favoris du tirage : "On va affronter un club extraordinaire, et quand tu as de tels joueurs en face, c'est plus facile à aborder. Il y a une somme d'individualités, mais c'est aussi une équipe." Et de reconnaître, en écho direct aux propos de son entraîneur sur la valeur du recrutement turc : "C'était compliqué contre le Sparta, mais demain, ça sera d'un niveau Champions League. C'est presque dommage que nos deux clubs s'affrontent à ce tour. On devra être proches de la perfection pour gagner."
Une équipe encore en construction
Cette exigence de perfection intervient alors que l'effectif lyonnais reste marqué par une préparation estivale raccourcie et des arrivées tardives - à commencer par celle de Niakhaté lui-même. "C'est important d'avoir du temps pour travailler. On a fait une pré-saison plus courte. Certains joueurs comme Moussa sont arrivés plus tard. Aujourd'hui, nous sommes plus forts que les semaines passées. (...) Demain, nous pourrons voir un OL plus fort, plus courageux, plus concentré, car on a très bien travaillé et progressé les dernières semaines", détaille Fonseca, qui évoque également le cas de Nicolas Tagliafico, revenu tardivement de vacances après la Coupe du monde et pas encore prêt physiquement pour disputer la rencontre.
Cette progression collective, Niakhaté la relie directement à la trajectoire du club depuis l'été 2025, période de grande incertitude financière pour l'OL : "L'an dernier, on s'est donné un objectif de top 5. On a fait mieux mais le travail n'est pas fini. Tout le monde y a pensé en vacances, on a deux matchs désormais pour y aller, c'est notre histoire, rien n'a été simple jusqu'ici. Donnons tout pour la saison passée et celle à venir."
Reste la question de la pression, à laquelle Fonseca a choisi de répondre par le déplacement du fardeau sur l'adversaire : "C'est très intéressant d'être ici. Beaucoup d'équipes voudraient être à notre place. La pression est positive. La pression est peut-être plus grande pour Fenerbahçe en ce moment." Sur le terrain, l'OL devrait aligner un 4-3-3 avec Openda, arrivé cet été, en pointe et Tolisso en soutien, dans un effectif recomposé cet été après les départs d'Afonso Moreira, Yaremchuk, Endrick, Mangala, Karabec, Hateboer et Ghezzal et les arrivées de Bidstrup, Boudache, Ouedraogo, Athekame, Duranville ou Bacher. Verdict mardi soir à Istanbul, avant un retour décisif le 26 août au Groupama Stadium.
