Pendant que Lionel Messi offrait un triplé à l'Argentine pour son entrée dans le tournoi, Cristiano Ronaldo accumulait trois tirs sans en cadrer un seul face à la RD Congo. Le contraste n'aurait pas pu être plus cruel pour le numéro 7 portugais, qui disputait pourtant ce mercredi soir à Houston le match le plus symbolique de sa carrière : l'entrée en lice de sa sixième Coupe du monde. À 41 ans, celui qui rêve encore de soulever le seul trophée qui lui manque a livré une copie blanche, fantomatique, déconnectée du jeu collectif. Le Portugal n'a arraché qu'un nul face aux Congolais (1-1), et dès le lendemain, la presse portugaise a tranché : Ronaldo est devenu un problème.
"Cristiano Ronaldo semble écrasé par la pression. À ce stade, il est lui-même un problème. Mais le Portugal se dirige vers l'abîme en raison de son entêtement à ne pas vouloir voir ce qui est évident", a écrit le chroniqueur Luis Mateus dans A Bola. Le même journal relevait que CR7 avait "joué 90 minutes et manqué deux buts de façon inhabituelle", tandis qu'un autre chroniqueur du quotidien, Alexandre Costa, épinglait un jeu "lent et prévisible". Publico, de son côté, estimait que "le Portugal reste dépendant des fulgurances individuelles de Conceição et de la confiance placée en Ronaldo. Mais la confiance seule ne suffit pas, surtout pas avec le Ronaldo d'aujourd'hui".
Dans un sondage publié par A Bola, la majorité des fans portugais ont déclaré ne plus vouloir voir Ronaldo titulaire contre l'Ouzbékistan. La rédaction du journal elle-même optait pour Gonçalo Ramos en pointe et João Félix dans le onze de départ. Un signal fort, dans un pays où critiquer le capitaine reste un exercice à hauts risques.
Critiquer Ronaldo, un exercice interdit
João Neves en a fait les frais le premier. Auteur du but portugais et l'un des rares à sortir la tête haute, il avait répondu en zone mixte à une question sur la place de Ronaldo dans ce groupe : "On sait ce que Cristiano a fait pour notre sélection et pour le football. Mais en ce moment, je sens que de son côté et du nôtre, qu'il est l'un des nôtres, qu'il est un joueur de plus pour aider l'équipe, il n'est pas différent des autres. Il est là pour apporter sa contribution, comme tout le monde." Ces mots, pourtant mesurés, ont déclenché un déferlement de haine sur les réseaux sociaux. Sa compagne a également été prise pour cible. Le Portugal se découvre fracturé entre deux camps.
Francisco Conceição, présent en conférence de presse à la veille du match contre l'Ouzbékistan, ne s'est pas dérobé. "Ce n'est pas une obligation de lui passer le ballon. Je fais la passe à celui qui, selon moi, est le mieux placé et démarqué", a-t-il déclaré, ajoutant que Ronaldo est considéré comme "un joueur parmi d'autres de la sélection". Tout en tempérant : "Cristiano est un exemple en raison de sa carrière et de la volonté dont il fait toujours preuve à 41 ans. Un exemple de leadership et par les buts qu'il marque. Il n'y a personne d'autre comme lui quand il s'agit de marquer des buts." Lui aussi a été aussitôt cible d'insultes.
Rúben Dias a tenté de ramener le calme : "Je suis complètement indifférent à toutes les questions qui entourent ce sujet, à toutes les spéculations qui sont faites autour de lui, car pour moi et pour nous tous, ce n'est même pas un sujet. Nous sommes tous ensemble, à la poursuite d'un rêve, et c'est dans les difficultés que nous verrons de quoi nous sommes réellement faits." Un discours d'apaisement qui ne dit rien des véritables tensions à l'oeuvre dans le vestiaire.
La question sportive reste entière. Ronaldo reste sur dix matchs consécutifs sans marquer dans les grandes compétitions. Son dernier but sur action lors d'un grand tournoi remonte à l'Euro 2020, face à la France en juin 2021, soit près de cinq ans avant le match contre l'Ouzbékistan. De quoi s'interroger sur le bien fondé de le voir enchaîner les matchs comme titulaire lors de cette Coupe du monde 2026 alors que le Portugal dispose d'une génération dorée qui peut légitimement rêver d'un titre en Amérique.
Gonçalo Ramos, la solution naturelle
Le nom s'impose immédiatement. En 2022, Fernando Santos avait osé le titulariser au détriment de Ronaldo en huitième de finale contre la Suisse. Ramos avait répondu par un triplé et une passe décisive dans une victoire 6-1. Depuis, il est officiellement le successeur désigné, en théorie. Roberto Martinez a remis Ronaldo au centre du dispositif, reléguant l'attaquant du PSG à un rôle de remplaçant de luxe. En trois saisons parisiennes, Ramos a pourtant inscrit 14 buts en 2023-2024, 19 en 2024-2025, et 12 lors de l'exercice écoulé. Cette saison, il a compté seulement 15 titularisations sur 44 matchs disputés, ce qui relativise les chiffres sans remettre en cause son potentiel. Buteur naturel, mobile, capable de jouer dos au but ou en profondeur, il coche toutes les cases du neuf moderne, aux antipodes presque de ce que peut être le Ronaldo de 2026.
João Félix, le talent qui attend son heure
Selon les médias portugais, presque personne ne comprenait pourquoi João Félix n'avait pas été aligné d'entrée face à la RD Congo, alors qu'il avait impressionné lors des matchs de préparation. L'ancien prodige de Benfica et de l'Atlético de Madrid, aujourd'hui épanoui à Al-Nassr, représente une option différente : plus technique, plus combinateur, capable d'évoluer en faux neuf ou en soutien d'une pointe. Ricardo Quaresma, icône de la sélection, l'a d'ailleurs interpellé publiquement à la télévision après le match : "Félix, tu es un bon attaquant. Tu dois demander à l'entraîneur de te donner plus de temps de jeu. Il faut que ça change, sinon on ne pourra rien faire."
Rafael Leão et Francisco Conceição, les ailiers qui font la différence
Ils ne sont pas des neuf au sens strict, mais dans le système de Martinez, ils sont les éléments les plus tranchants. Rafael Leão, l'ailier de l'AC Milan, et Francisco Conceição, révélation de la saison à la Juventus, ont montré face à la RD Congo qu'ils pouvaient débloquer les situations les plus fermées, là où Ronaldo se heurtait à un mur. Dans un système repositionné avec un neuf qui prend la profondeur, l'un ou l'autre pourrait se retrouver libéré de toute contrainte défensive, et peser davantage sur les défenses adverses.
La décision appartient à Martinez et c'est là que tout se complique
Si Martinez continue de s'appuyer sur Ronaldo, c'est aussi parce que le Portugal manque d'avant-centres confirmés en sélection, Ramos étant le seul autre neuf pur de l'effectif. Derrière les polémiques et les sondages, Cristiano Ronaldo a l'historique qui parle pour lui et est une légende indéboulonnable. Ramos est le plus légitime, Félix le plus créatif, mais ni l'un ni l'autre n'a suffisamment de "poids" pour réclamer ouvertement la place de Ronaldo, qui est pourtant de plus en plus menacée.
Il est d'ailleurs révélateur que la performance la plus aboutie du Portugal en qualifications ait été la victoire 9-1 contre l'Arménie, avec Ramos en pointe, lors d'un match que Ronaldo avait manqué pour cause de suspension. La transition entre les deux numéros 9 aurait dû être amorcée après la Coupe du monde 2022. Fernando Santos l'avait esquissée contre la Suisse, avant que Ronaldo ne lui en tienne rigueur pendant un an au point d'obtenir sa tête. Quatre ans plus tard, le Portugal se retrouve à poser exactement la même question, avec en prime l'ombre d'une Coupe du monde qui pourrait bien être la dernière chance de toute une génération.
La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le tournoi réunira 48 sélections et se jouera dans 16 stades modernes.
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