Le laborieux succès face au Cap-Vert a laissé des traces. Si l'Argentine a fini par se qualifier après prolongation (3-2 après prolongation, 1-1 dans le temps réglementaire), la prestation d'ensemble, et en particulier celle d'un entrejeu à court d'idées, a relancé le débat sur la nécessité de faire évoluer un onze pourtant sacré champion du monde en 2022. En conférence de presse à Atlanta, Lionel Scaloni n'a pas esquivé le sujet et a reconnu que des ajustements étaient à l'étude avant d'affronter l'Egypte, ce mardi au Mercedes-Benz Stadium.
"A chaud, j'ai déjà quelques points à corriger en tête. On verra dans les prochains jours", avait déjà glissé le sélectionneur au sortir du match contre les Cap-Verdiens, avant d'endosser une partie de la responsabilité collective sur l'état du jeu proposé. Il a notamment pointé les conditions de la rencontre pour expliquer les difficultés de ses joueurs à trouver la dernière passe : "La pelouse est étrange, le ballon ne roulait pas, parfois tu ne trouves pas cette dernière passe."
Paredes, la certitude retrouvée du sélectionneur
S'il n'a rien dévoilé de sa composition dans le détail, Scaloni a en revanche été prolixe sur un point précis : le retour annoncé de Leandro Paredes au poste de numéro 5, occupé jusque-là par Alexis Mac Allister. Le sélectionneur a pris le temps de justifier ce choix avec une longueur inhabituelle, retraçant tout le contexte du milieu de Boca Juniors depuis le début du tournoi.
"Leandro Paredes est arrivé au Mondial blessé, et c'est pour ça qu'Alexis Mac Allister a joué au poste de numéro 5, a expliqué Scaloni. Après le Mondial, Leandro a presque toujours joué à ce poste. Il a fait un énorme effort pour être ici et on pensait que le remplaçant idéal pour lui était Alexis, sachant qu'il peut aussi jouer un peu plus haut et qu'il le fait très bien. Leandro est prêt à 100% et il jouera demain."
Une déclaration qui vaut confirmation officieuse de titularisation, et qui ferme la porte, au passage, à une autre option étudiée en interne : faire glisser Enzo Fernández en sentinelle. Scaloni a lui-même coupé court à cette hypothèse, expliquant que le joueur de Chelsea n'était pas taillé pour ce rôle en sélection : selon lui, Enzo évolue à un poste plus avancé dans son club, ce qui rend la bascule vers la position de numéro 5 moins évidente. Le repositionnement de Paredes aurait une conséquence directe sur Mac Allister, qui retrouverait une zone de jeu plus haute et plus proche de ses habitudes de club, après avoir multiplié les efforts défensifs dans un rôle qui n'est pas le sien depuis le début du Mondial.
Onze inchangé dans l'esprit, pas forcément dans les noms
Interrogé sur une possible révolution tactique, Scaloni a botté en touche tout en refermant la porte à un changement de système. "On peut jouer de plusieurs manières dans un même match, en principe on ne va pas changer de schéma, si le match l'exige on le fera sûrement", a-t-il prévenu, avant d'évoquer l'infériorité supposée d'un adversaire égyptien qu'il juge pourtant capable de surprendre : "L'Egypte ne joue pas si bas, elle attaque, elle a des joueurs pour attaquer, et quand elle défend bas, ce n'est pas son registre, mais nous sommes préparés à ce qui viendra, parce que souvent, contre nous, les équipes changent."
Sur la question sensible des jeunes pousses réclamées par une partie du public, Nico Paz, Giuliano Simeone ou Valentín Barco, Scaloni n'a pas fermé la porte mais n'a pas non plus laissé entendre qu'une révolution générationnelle était à l'ordre du jour dans l'immédiat. Le sélectionneur a plutôt insisté sur la fraîcheur physique à retrouver avec les joueurs ayant le moins tourné : "On va essayer d'être plus frais avec certains des jeunes qui n'ont pas joué autant de minutes. En principe, on ne va pas changer de schéma."
Il a également tenu à couper court aux spéculations sur une composition qu'il aurait déjà arrêtée dans sa tête sans l'avoir communiquée à son groupe : "Oui, j'ai déjà la composition en tête, mais je ne l'ai pas encore dite aux joueurs aujourd'hui. Donc vous imaginez bien que je ne vais pas vous la dire non plus." Une réponse qui n'a pas empêché la presse argentine de multiplier les hypothèses, ni Scaloni lui-même de reconnaître, dans la foulée : "L'équipe, je l'ai en tête, je ne l'ai pas dite aux joueurs. Plus ou moins, ils savent déjà où on va."
Défendre le collectif plutôt que céder à la pression
Plutôt que de céder aux sirènes d'un changement radical, voulu par une partie des adeptes de la Scaloneta, qui se souviennent que l'âme du sacre de 2022 était autant dans le collectif que dans les surprises faites aux adversaires, Scaloni a préféré recentrer le débat sur l'état d'esprit du groupe, en assumant que le niveau de jeu affiché depuis le début du tournoi restait perfectible. "Le niveau de l'Argentine est correct, on a gagné les quatre matchs. Il y a des choses à corriger, mais les favorites ne montrent pas ce qu'elles laissaient présager avant le Mondial", a-t-il relativisé, comme pour redistribuer la pression sur l'ensemble des cadors du tournoi et non sur sa seule équipe.
Interrogé sur la manière dont il était parvenu à faire réagir son groupe après une entame de tournoi compliquée face à des adversaires disposés à se replier en défense, le sélectionneur a livré une réponse à son image, sans détour : "Comment on a fait pour retrouver l'essence de l'Argentine ? En leur disant de jouer comme sur le terrain vague, comme dans leur quartier." Sur la méthode pour renverser des matchs délicats, Scaloni a insisté sur les valeurs plutôt que sur le contenu tactique : "Quand les choses ne fonctionnent pas, il n'y a pas une seule manière d'aller chercher la victoire. Avec la niaque, avec l'intensité, avec les tripes, avec l'esprit qu'on porte avec nous. Tout ça, l'équipe l'a."
Une philosophie que Cristian Romero, titulaire contre le Cap-Vert, avait résumée dans des mots similaires après la rencontre, entre lucidité sur la prestation et refus de céder à l'autocritique excessive : "On peut débattre pour savoir si on a bien ou mal joué, mais cette équipe n'a jamais peur de prendre ses responsabilités et de contrôler le match. On a été touchés à des moments clés, mais on a toujours continué à pousser pour aller chercher la victoire. Il y a toujours de la marge pour s'améliorer, mais l'important c'est que l'équipe ait répondu quand les choses se sont compliquées."
Trois postes en question, une hiérarchie qui bouge
Au-delà du cas Paredes, déjà tranché dans les mots du sélectionneur, deux autres incertitudes traversaient encore la préparation argentine à la veille du choc contre l'Egypte. Au poste de latéral gauche, Nicolás Tagliafico, remis de la blessure qui l'avait tenu éloigné du début du tournoi, postule pour retrouver sa place au détriment de Facundo Medina, sorti crampé lors de la prolongation face au Cap-Vert.
En attaque, le duel entre Julián Álvarez et Lautaro Martínez pour accompagner Lionel Messi reste ouvert. Le plan initial de Scaloni, construit avant même le début du Mondial, prévoyait de reproduire le scénario du Qatar : associer Julián Álvarez à Messi dès les matchs à élimination directe, comme cela avait été le cas quatre ans plus tôt lorsque Lautaro Martínez avait perdu sa place en cours de phase de groupes. Mais l'attaquant de l'Atlético de Madrid a abordé ce Mondial diminué par une blessure à la cheville qui a limité sa préparation, quand Lautaro s'est montré plus tranchant, jusqu'à inscrire son premier but du tournoi sur penalty contre la Jordanie. Aucun des deux n'a toutefois livré à ce stade une performance suffisamment convaincante pour trancher définitivement le débat. Nico Gonzalez pourrait également entrer en piste, lui qui a toujours les faveurs de Scaloni et a signé une entrée remarquée en 16es de finale.
Les jeunes eux, voulus par une partie des supporters qui regrettent leur absence malgré de bonnes performances toute la saison avec leurs clubs respectifs, devraient attendre leur tour dans une partie loin d'être évidente pour les champions du monde en titre. Scaloni lui fera bien quelques changements, avec la volonté de gagner certes, mais aussi de calmer les critiques d'observateurs le jugeant trop conservateur, avec un bloc équipe rigoureux mais peu inventif. Ce 8e de finale face à l'Egypte a des airs de match clé dans l'épopée d'une Argentine qui n'a pas encore croisé d'adversaires du top 20 FIFA dans cette Coupe du monde (l'Egypte est 29e).
Composition probable de l'Argentine face à l'Egypte : Emiliano Martínez ; Nahuel Molina, Cristian Romero, Lisandro Martínez, Nicolás Tagliafico ; Rodrigo De Paul, Leandro Paredes, Enzo Fernández, Alexis Mac Allister ; Lionel Messi, Julián Álvarez ou Lautaro Martínez.
La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le tournoi réunira 48 sélections et se jouera dans 16 stades modernes.
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