Interview Flashscore - Rui Aguas sur l’ascension du Cap-Vert, le rêve de Coupe du monde et Vozinha

Rui Aguas a dirigé la sélection du Cap-Vert.
Rui Aguas a dirigé la sélection du Cap-Vert.KHALED DESOUKI / AFP / AFP / Profimedia

Il existe un moment précis où le football cesse d’être un simple sport pour devenir le cœur battant d’une nation entière. Pour le Cap-Vert, ce moment s’étire, transformant la scène de la Coupe du monde en une vitrine puissante d’identité, de résilience et de fierté. La qualification des Requins Bleus représente bien plus qu’une étape sportive ; c’est l’ultime célébration d’une culture, un fil reliant l’archipel à sa vaste diaspora à travers le monde.

Après avoir abandonné l’étiquette de simples outsiders grâce à un nul historique 0-0 contre l’Espagne et un spectaculaire 2-2 face à l’Uruguay, le Cap-Vert se retrouve désormais à un carrefour inimaginable. Le prochain match contre l’Arabie saoudite sera un véritable duel pour une place incroyable en phase à élimination directe.

Pour comprendre l’âme de cette équipe et la portée de l’instant, nous avons échangé avec un homme qui connaît cet archipel magnifique de l’Atlantique, situé à 500 km à l’ouest des côtes du Sénégal, mieux que quiconque. À tel point qu’il y a de la famille là-bas.

Il s’agit de Rui Aguas. Né en 1960, l’ancien attaquant portugais a connu une belle carrière, évoluant principalement chez les géants nationaux Benfica et Porto. Il a remporté quatre championnats du Portugal avec ces deux clubs rivaux et s’est même offert le titre de meilleur buteur de la Coupe d’Europe. Il a également tenté l’aventure en Serie A italienne le temps d’une saison, sous le maillot de la Reggiana.

Mais surtout, Aguas est l’homme qui a dirigé la sélection du Cap-Vert pendant quatre ans, lors de deux passages distincts, d’abord de 2014 à 2016 puis entre 2018 et 2020. En 26 matchs à la tête de l’équipe, il a posé les bases essentielles, construisant le socle même du groupe qui, des années plus tard, allait réaliser l’exploit d’atteindre la Coupe du monde et le miracle auquel nous assistons aujourd’hui.

Il revient sur tout cela dans un entretien accordé à Flashscore.

Un joueur de la sélection a déclaré que la qualification pour la Coupe du monde est l’événement le plus important de l’histoire du Cap-Vert depuis l’indépendance. Êtes-vous d’accord ?

Je suis certain que cette qualification historique a été le plus grand et le plus heureux événement depuis l’indépendance, d’autant plus que c’était la première fois. Les gens au Cap-Vert aiment le football, vraiment, et surtout leur équipe nationale.

Vous connaissez le Cap-Vert comme peu de gens : pouvez-vous nous raconter comment a débuté votre relation avec ce petit pays africain ? 

Mon lien avec le pays est en réalité très personnel. Ma femme est née au Cap-Vert, donc mes attaches avec l’archipel vont bien au-delà du football. Grâce à cela, j’ai des racines profondes, de nombreux liens proches et une famille élargie qui vit là-bas, ce qui en fait un endroit vraiment spécial pour moi.

Vous avez dirigé la sélection pendant quatre ans : comment qualifieriez-vous cette période ? Était-ce le socle de l’équipe qui a fini par atteindre la Coupe du monde ?

Naturellement, le mérite ultime de cet exploit incroyable revient à la structure fédérale actuelle, au staff technique et aux joueurs qui sont sur le terrain aujourd’hui. Mais le chemin pour atteindre ce niveau a été long et exigeant. C’est un processus de croissance progressif, et de nombreuses personnes ont œuvré dans l’ombre au fil des années pour bâtir la base solide qui permet aujourd’hui au Cap-Vert de briller sur la scène mondiale.

Comment parvient-on à se qualifier pour la Coupe du monde ? Planification, travail fédéral ? Était-ce un objectif ou un concours de circonstances ? 

L’objectif, bien sûr, a toujours été d’atteindre la Coupe du monde. Même si se qualifier n’est jamais vraiment facile, le chemin est devenu plus accessible aujourd’hui. Ils ont fait un travail fantastique en remportant leur groupe de qualification, ce qui leur a permis de ne pas dépendre des autres résultats : ils ont totalement mérité leur billet pour le tournoi.

La grande différence aujourd’hui, c’est que l’équipe bénéficie de bien meilleures conditions, d’un soutien renforcé et d’un niveau d’organisation global nettement supérieur à celui de mon époque. Cette évolution est absolument cruciale.

Rui Aguas dirigeant la sélection du Cap-Vert en 2015.
Rui Aguas dirigeant la sélection du Cap-Vert en 2015.SEYLLOU / AFP / AFP / Profimedia

Quelle est l’ambiance dans le vestiaire du Cap-Vert à la Coupe du monde ? Et parmi les supporters ?

Cette équipe du Cap-Vert est une vraie famille. La façon unique dont ce groupe vit le football est profondément liée aux supporters, dont le soutien est vraiment extraordinaire. Je n’ai jamais vu ça ailleurs ; les fans sont une partie absolument essentielle de cette aventure. Ils vivent chaque instant aux côtés des joueurs, ressentent l’intensité du jeu, et leur soutien indéfectible fait une énorme différence.

Au départ, c’était une belle histoire, un rêve. Désormais, après le 0-0 contre l’Espagne et le 2-2 face à l’Uruguay, il y a de vraies chances de passer au tour suivant. Qu’en pensez-vous ?

Au début, personne ne pensait qu’il était possible de faire match nul contre l’Espagne, l’une des plus grandes équipes du monde. Maintenant, on verra ce qui va se passer. Le Cap-Vert est très fort collectivement, et il faut continuer ainsi pour aller encore plus loin.

Le monde du football entier a été touché par l’histoire du gardien Vozinha. Puisque vous l’avez dirigé et que vous le connaissez personnellement, que pouvez-vous nous dire sur lui ? 

Que dire de Vozinha ? Ce n’est pas seulement un grand gardien, c’est avant tout un homme profondément bon. Il mérite pleinement tout ce qui lui arrive de positif en ce moment. Sa prestation a été absolument décisive pour obtenir le nul contre l’Espagne, et nous verrons ce qu’il pourra accomplir lors du prochain match. Je lui souhaite sincèrement le meilleur. 

Quel genre de match attendez-vous face à l’Arabie saoudite, qui, de plus, connaît des difficultés jusqu’ici ?

Tout est possible désormais. Au départ, on pensait que l’Arabie saoudite serait notre principal adversaire, et c’est le cas aujourd’hui. C’est un match très important pour la qualification. Les Saoudiens veulent la même chose que nous et ils ont aussi fait match nul contre l’Uruguay, donc il faut les respecter et essayer d’être la meilleure équipe.

Le prochain affrontement contre l’Arabie saoudite ne sera pas qu’une question de tactique, de schémas ou de condition physique. Ce sera, une fois encore, la preuve que le football peut servir de prétexte idéal pour raconter des histoires d’émancipation, d’appartenance et de courage.

Quatre-vingt-dix minutes séparent les Requins Bleus d’un exploit qui bouleverserait la logique du football. Mais quel que soit le score final de ce match décisif de groupe, le Cap-Vert a déjà remporté son tournoi le plus important : rappeler au monde que le romantisme et l’impossible ont encore leur place dans le football moderne.

La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le tournoi réunira 48 sélections et se jouera dans 16 stades modernes.

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