Sur les 26 joueurs convoqués par Graham Potter pour disputer la Coupe du monde 2026, sept sont passés par l'IF Brommapojkarna : Viktor Gyökeres (67 matchs avec Brommapojkarna), Lucas Bergvall (12 matchs), Carl Starfelt (101 matchs), Daniel Svensson (9), Jesper Karlström (53), Hjalmar Ekdal (chez les jeunes) et Kristoffer Nordfeldt (105). Et sans la grave blessure au genou qui l'écarte des terrains depuis plus d'un an, Dejan Kulusevski (chez les jeunes) aurait porté ce total à huit. Le club de la banlieue ouest de Stockholm ne possède pas le plus grand stade de Suède, ni les tribunes les plus garnies. Mais il a formé, à lui seul, la colonne vertébrale de toute une sélection nationale. On dit souvent que c'est le plus grand club d'Europe, pas au sens du palmarès, mais au sens littéral : celui qui accueille le plus grand nombre de joueurs dans son académie.
Une culture avant tout
À Brommapojkarna, tout commence par un mot : culture. Erik Rydén, entraîneur au club depuis 15 ans et en charge de la catégorie des 13-14 ans, y revient sans cesse : "Je pense que c'est la culture, la culture dans l'académie et dans le club. Si tu joues à BP comme joueur de l'académie, tu es là parce que tu veux donner le meilleur de toi-même." La plupart des internationaux suédois présents au Mondial ont rejoint le club aux alentours de six ou sept ans. Starfelt, Bergvall, Nordfeldt, et Kulusevski, absent pour blessure, sont arrivés à cet âge-là. Gyökeres, Svensson et Karlström ont intégré l'académie un peu plus tard, vers 12 ou 13 ans. "Mais la plupart, au moins quatre joueurs, ont été là depuis le début, depuis leurs six ans."

Ce que Rydén décrit, c'est moins un système d'entraînement qu'une éducation au long cours. "La chose la plus importante à Broma, c'est la culture pour développer ce type de joueurs et développer la mentalité de toujours donner le meilleur d'eux-mêmes, d'avoir un bon état d'esprit et la mentalité pour gagner des matchs de la bonne manière et essayer de se développer en tant qu'humain aussi."
Des coachs qui ont grandi ici
Une culture liée à Brommapojkarna à un héritage qui se transmet : "La plupart des entraîneurs ont été ici depuis longtemps. La plupart d'entre eux ont d'abord été joueurs ici, puis ils sont devenus entraîneurs dans l'académie, et ils ont aussi contribué à construire la culture." Un nom revient, symbole vivant de cette transmission : Tommy Söderström. "Il est là depuis peut-être 40, 45 ans. Il a maintenant environ 65 ans. Et il a vu chacun des joueurs passé ici depuis le début." Rydén insiste : "C'est un club familial. Et ça veut dire que les entraîneurs restent, et que les joueurs sont pris en charge."
Cette stabilité des cadres crée un environnement de confiance dans lequel les jeunes joueurs peuvent se construire sur le long terme, avec une philosophie qui se perpétue d'années en années : "Le joueur passe toujours en premier. Si tu as un bon joueur, tu regardes et tu discutes : comment peut-on le développer, lui, d'abord ?"
Le club met aussi un point d'honneur à ce que tous puissent jouer, aussi bien ceux qui sont au centre de formation et donc promis à un avenir brillant, que ceux qui sont au club et rentrent à la maison le soir : "Tu peux évoluer à ton propre niveau au sein du club, et si tu es le meilleur ou celui qui a le plus de potentiel, tu peux intégrer le centre de formation. Sinon, tu as la possibilité de jouer dans une autre équipe du club qui est également de bon niveau."
La technique comme fondation
Sur le plan du contenu footballistique, Brommapojkarna s'est distingué historiquement par une priorité accordée très tôt au travail technique. "Quand les joueurs sont encore jeunes, autour de huit à onze ou douze ans, il y a un très grand focus sur l'entraînement technique, si on compare à d'autres clubs ici en Suède." Un choix délibéré, à rebours d'une certaine tendance à l'athlétisation précoce.

Et quand vient l'heure d'affiner les profils, vers 13 ou 14 ans, le club adapte son approche à chaque individu plutôt que de faire entrer les joueurs dans un moule prédéfini. "À Brommapojkarna, c'est un peu plus : voilà, on a ces bons joueurs avec ces qualités, et on essaie de les aider à atteindre leur plus haut potentiel dans notre équipe. On regarde d'abord les qualités du joueur, avant de regarder l'identité de jeu du club." Cela explique en partie comment un profil aussi différent que celui de Gyökeres, puissant, vertical, axé sur le duel physique, et celui de Bergvall, technique, élégant, constructeur, ont pu s'épanouir au même endroit.
Le "plus grand club d'Europe"
Ce n'est pas un oxymore : Brommapojkarna est à la fois un club modeste sur la scène professionnelle et une machine à former d'une ampleur exceptionnelle. Situé dans la banlieue ouest de Stockholm, le club compte environ 4 500 licenciés et aligne plus de 250 équipes, toutes catégories confondues, des tout-petits jusqu'aux équipes seniors masculines et féminines évoluant en première division. Pour quelques 700 entraîneurs et dirigeants chargés de faire tourner cette "usine de talent". C'est à ce titre qu'il est considéré comme le plus grand club de football d'Europe en volume, dont la fierté n'est pas dans les trophées mais dans les jeunes pousses qu'elle a vu grandir.
L'académie accueille des centaines d'enfants chaque saison, organisés en nombreuses équipes à tous les niveaux. "Chez les U16, on a trois équipes de Brommapojkarna dans le plus haut niveau national de cette catégorie." Cette profondeur de vivier est en elle-même un outil de formation : "C'est aussi une chose importante de créer de bons joueurs, d'avoir beaucoup de joueurs à disposition."
Longtemps, ce côté club formateur avait un revers : les meilleurs éléments partaient tôt, souvent récupérés par des clubs suédois de l'élite avant même de pouvoir être exportés. "Ça a été un problème que nos joueurs partent un peu trop tôt. Avant, on perdait des joueurs au profit d'autres clubs suédois parce qu'on n'était pas dans le plus haut niveau, appuie Rydén, qui assure que la situation s'améliore. Mais aujourd'hui notre première équipe joue en Allsvenskan, la première division suédoise, depuis 4 ans. Si on peut rester en Allsvenskan, on a une bonne chance de garder nos joueurs et de les faire jouer dans la plus haute ligue suédoise. Et ensuite on pourra les vendre directement à des clubs anglais, allemand ou néerlandais."
"Si tu veux être un joueur de la Suède, c'est le meilleur club dans lequel tu peux être"
Dans les couloirs du centre de formation, les murs portent la mémoire du club. Au centre de formation, un couloir est dédié à ceux qui ont porté haut les couleurs D'un côté, ceux qui évoluent en Allsvenskan. De l'autre, ceux qui ont porté le maillot de la sélection nationale. "On essaie de montrer aux jeunes joueurs des photos de ces joueurs, Victor Gyökeres ou Bergvall, Kulusevski. Ils étaient dans ce vestiaire quand ils avaient votre âge. On essaie de les inspirer." Et parfois, les idoles en question repassent en personne. "En été ou pendant les vacances, ils viennent à Stromäs ou à Glimstå, nos installations, et ils rendent visite aux jeunes joueurs. C'est aussi une chose importante."
Rydén, qui est lui-même toujours en contact avec certains mondialistes, décrit des liens qui ne se défont pas vraiment avec le temps. "Je pense que tous ces joueurs ont un très bon ressenti pour Brommapojkarna et qu'ils ont une relation de gratitude envers Brommapojkarna." Une fidélité affective qui, en retour, nourrit le recrutement. "Si tu veux être un joueur de Coupe du monde avec la Suède, c'est la meilleure organisation et le meilleur club dans lequel tu peux être si tu veux atteindre ton potentiel."
Et demain ?
À la question de savoir qui, dans l'académie actuelle, pourrait suivre la trajectoire des aînés, Rydén ne cherche pas longtemps. "On a peut-être Love Arrhov. Il est à Francfort maintenant, en Bundesliga. Il est né en 2008. Je pense qu'il a de bonnes chances. Francfort l'a recruté l'hiver dernier pour environ 7 millions d'euros." Lui fait partie de cette nouvelle génération qui a joué en Allsvenskan (seulement 20 matchs) sous le maillot de Brommapojkarna avant d'être transféré directement en Allemagne à l'âge de 17 ans en janvier dernier.
Lucas Bergvall, lui a pris l'autre chemin : parti de BP à 16 ans après 12 matchs pour Djurgårdens, il a signé à Tottenham à 18 ans, avant d'être titulaire à 20 ans en Coupe du monde. "Bergvall a été le meilleur depuis le début", assure Ryden. Mais pour Gyökeres, Svensson ou Starfelt, le chemin fut plus sinueux : "Ils ont toujours été de bons joueurs, mais peut-être pas les meilleurs dès le début. Cela dit, ce sont des joueurs qui ont un bon état d’esprit et qui adorent s’entraîner et faire des séances de préparation physique, ce genre de choses. Donc, de ce point de vue-là, ça ne me surprend pas. C'est bien de voir qu'il n'y a pas une seule voie possible pour tous les joueurs. Chaque joueur a son propre parcours pour devenir un joueur de Coupe du monde." À Brommapojkarna, on fabrique des footballeurs. Mais surtout, on apprend aux enfants à trouver leur chemin.
