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Interview Flashscore - Michaely Bihina, après le sacre à la CAN : "Je ne pense pas être l'héroïne du Cameroun"

Michaely Bihina, après le sacre en CAN : "Je ne pense pas être l'héroïne du Cameroun"
Michaely Bihina, après le sacre en CAN : "Je ne pense pas être l'héroïne du Cameroun"Credit: ČTK / imago sportfotodienst / Didier Lefa Studio

Héroïque lors de la séance de tirs au but face au Maroc et décisive tout au long du tournoi, Michaely Bihina a été l'une des grandes artisanes du tout premier sacre du Cameroun à la Coupe d'Afrique des Nations. Également élue meilleure gardienne de la compétition, la joueuse du Benfica Lisbonne revient sur la folie du retour à Yaoundé, la méthode de la sélectionneuse Valentine Nguele, sa gestion de la pression grâce au "hemlè" et son "travail", celui de faire des arrêts décisifs. Entretien avec la star de la CAN qui garde les pieds sur terre malgré la popularité grandissante, réalisé avec L'Équipe.

Comment ça va ? Les images de l'ambiance à Yaoundé pour votre retour au Cameroun ont fait le tour des réseaux, c'était totalement fou. Comment vis-tu ces derniers jours ?

Michaely Bihina : Merci, ça va bien, ça va très bien. On est toutes joyeuses. On a été très bien accueillies par le public, qui nous a accompagnées depuis l'aéroport jusqu'à notre hôtel. C'était vraiment des moments inoubliables.

T'attendais-tu à voir autant de monde dans la rue pour vous accueillir ?

Honnêtement, je ne m'attendais pas à voir autant de gens sur la route. Je savais que les Camerounais célébraient, mais je ne savais pas que ça pouvait atteindre ce niveau-là. C'était de très bons moments, que nous avons partagés depuis l'aéroport jusqu'à l'hôtel. Les Camerounais étaient là, ils étaient contents, ils célébraient avec nous, ils nous disaient merci. Vraiment, c'était superbe.

Michaely Bihina au milieu de la foule à Yaoundé, lors de l'arrivée des Camerounaises après leur sacre à la CAN 2026
Michaely Bihina au milieu de la foule à Yaoundé, lors de l'arrivée des Camerounaises après leur sacre à la CAN 2026Photo par DANIEL BELOUMOU OLOMO / AFP

Une semaine de festivités vous attend encore. Vous réalisez que vous êtes championnes d'Afrique ?

Oui bien sûr. Peut-être pas à 100%, mais un tout petit peu. Au fur et à mesure que les jours passent, nous nous rendons compte de la dimension de tout ça. Le peuple est ému, il continue de célébrer, malgré le fait que nous ayons été sacrées il y a deux ou trois jours déjà. Le peuple continue de nous accompagner, de venir prendre des photos avec nous. Le peuple attendait vraiment cette première étoile.

Avec le reste de l'équipe, vous venez d'écrire l'histoire du Cameroun. Comment appréhendes-tu cette dimension historique ?

Je pense que ça inspire encore les nouvelles générations à croire en leurs rêves et à travailler.

"Gagner cette CAN, c'est un rêve devenu réalité"

Tu es devenue une véritable star au Cameroun. Comment gères-tu ce statut, toi qui es autant mise en avant ?

Je ne pense pas être l'héroïne du Cameroun, parce que nous étions 26 guerrières en compétition et nous avons toutes joué chaque match, que ce soit celles qui étaient sur le terrain ou celles qui étaient sur le banc. Je préfère prendre les choses ainsi et continuer dans la même dynamique : celle de toujours mettre l'équipe en avant. Mon travail, c'était de défendre, de donner de la confiance à l'équipe. C'est ce que j'ai fait.

Avec le recul, comment as-tu vécu cette CAN ? Le parcours de l'équipe est incroyable.

Pour moi, c'était un rêve devenu réalité, parce que c'était ma première CAN déjà. Et partir d'être repêchées à championnes, c'est quelque chose d'héroïque, quelque chose qui restera marqué à jamais dans nos cœurs. C'est historique.

On a le sentiment que vous avez cru en votre victoire depuis le début du tournoi. Est-ce vraiment le cas ?

Non, non, non, non. Depuis le début, nous ne savions pas que nous allions gagner, parce qu'honnêtement, notre parcours était difficile. Si nous avions su que nous allions rencontrer le Nigeria, championne d'Afrique, puis le Maroc, pays hôte et vice-champion, je ne suis pas sûre que nous aurions cru que nous serions championnes. Je pense que nous avons abordé chaque match avec beaucoup de concentration et de détermination. Ce qui fait notre force, je crois que c'est le mental, en plus d'un bon collectif.

Il y a trois ans et demi, Samuel Eto'o t'appelait personnellement pour te promettre que cette équipe allait gagner. Comment as-tu vécu le chemin parcouru entre cet appel et le sacre d'aujourd'hui ?

Depuis cet appel jusqu'à aujourd'hui, il y a eu vraiment beaucoup d'événements. Nous avons perdu des matchs, nous avons été éliminées, ça a été des périodes très difficiles. L'équipe était aussi en pleine transition, donc c'était compliqué. Je pense qu'aujourd'hui, nous disons merci au président de la fédération, Monsieur Samuel Eto'o, pour sa patience envers nous. C'est cette patience qui nous a accompagnées durant toutes les compétitions. À chaque match, il était présent pour nous accompagner, pour nous encourager, pour nous dire à quel point il nous aime. Ça nous permet aussi de lui exprimer en retour notre amour.

"Le Nigeria nous a toujours dominées par le passé, donc c'était le moment parfait pour essayer de renverser la tendance"

Entre l'élimination en barrage et le changement de staff survenu juste avant la CAN, comment avez-vous réussi à construire un groupe aussi solide en si peu de temps ?

Je pense que ça a été beaucoup de travail, et surtout de la discipline. Chaque staff a sa manière de travailler ; celui-ci nous a amenées à nous soumettre à la discipline, au travail. Je pense que c'est ce qui a permis d'avoir un bon groupe.

Valentine Nguele a pris les rênes de l'équipe juste avant le tournoi. Qu'est-ce que son arrivée a changé selon toi ?

Il faut rappeler que la coach Nguele, c'est une vraie lionne, une ancienne Lionne Indomptable. Je pense qu'elle nous a transmis son esprit indomptable, c'est ça qui nous a aussi accompagnées, parce qu'elle était toujours en train de nous motiver, de nous rappeler les objectifs : donner le meilleur de nous chaque fois que l'occasion se présente sur le terrain, même s'il ne reste que cinq minutes, il faut se donner à fond. Je pense que c'est toute cette motivation-là qui nous a accompagnées.

On a vu Samuel Eto'o se lever et applaudir à plusieurs reprises pendant le tournoi, notamment en finale. Que représente pour toi cette présence et cette fierté affichées ?

Le voir en tribunes, en train de nous supporter, en train d'exulter à chaque fois que nous marquons, ça représente énormément pour nous. Ça témoigne à quel point il nous accompagne à chaque moment et à quel point il est proche de nous.

Face au Nigeria, vous avez signé votre premier coup d'éclat en éliminant les championnes en titre. Tu as été élue joueuse du match et on t'a vue pleurer avec tes coéquipières au coup de sifflet final. Comment as-tu vécu cette soirée ?

En fait, à la veille du match, j'avais dit à notre capitaine, Aboudi (Onguéné), que j'aime les gros matchs. Et le Nigeria nous a toujours dominées par le passé, donc c'était le moment parfait pour essayer de renverser la tendance. Je pense que c'est ça qui m'a motivée, avec le soutien de mes coéquipières qui m'ont encouragée. La veille du match, nous avons travaillé, nous avons respecté le plan de jeu et surtout nous sommes restées concentrées du début à la fin. Le Nigeria, c'est l'une des meilleures équipes d'Afrique, donc gagner contre elles, ça a une saveur particulière.

Contre le Maroc, tu arrêtes un penalty en toute fin de match puis tu réalises une nouvelle démonstration lors de la séance de tirs au but. Comment prépares-tu ce genre d'exercice et comment expliques-tu ta capacité à répéter ces exploits ?

Je pense que l'avantage que nous avons eu durant la séance de tirs au but, c'est que le Maroc était sous pression, parce qu'il jouait à domicile, devant son public. Et nous, nous n'avions pas assez de supporters au stade. La pression était beaucoup plus marocaine. Et nous avons su gérer notre pression, c'est ce qui nous a conduit vers la finale.

La veille du match, j'ai regardé les matchs marocains précédents, j'ai étudié les tirs au but, j'ai récolté quelques informations. Je ne vais pas tout dévoiler ici mais... J'ai étudié les tendances des Marocaines, retenu les numéros de dossards. Tout cela y a participé.

"Si je ne suis pas calme, je ne suis pas concentrée et ça met l'équipe en difficulté"

Tu disais aimer les gros matchs, et tu l'as prouvé en quart et en demi-finale. La finale, elle, a été beaucoup plus maîtrisée. Comment as-tu vécu ce match-là ?

La finale a été plus tranquille parce que nous avons su maîtriser l'attaque adverse. Je pense que ma ligne défensive a fait plus de travail que moi. Ça m'a gardée dans la tranquillité, dans le calme, sans que ce soit aussi tendu que lors des matchs précédents.

À la 92ᵉ minute de la finale, alors que le score était déjà acquis, on t'a vue capter un ballon sur coup franc et t'allonger seule dans ta surface. À quoi penses-tu à ce moment précis, quand tu sens que c'est vraiment fini ?

Je me suis dit : "Ça y est, nous y sommes presque !" Je pense que c'était aussi une façon de gérer le temps. J'avais l'impression que ça ne voulait pas finir. Mais c'était un bon moment, je savais qu'on était si proches de l'objectif, si proches du titre.

Entre cette finale plus sereine et les soirées où tu as porté l'équipe sous très forte tension, laquelle as-tu préférée ?

J'ai préféré la soirée de la finale ! (rires) Parce que c'est celle qui nous a offert le premier sacre.

On a l'impression, en te regardant jouer, que tu es totalement libérée de toute pression. D'où vient cette sérénité apparente ?

Oui, c'est vrai. À chaque match, j'essaie de rester le plus calme possible, pour rassurer l'équipe. Parce que si je ne suis pas calme, je ne suis pas concentrée et ça met l'équipe en difficulté au niveau de la défense.

Comment parviens-tu à ne jamais montrer de stress, même dans les rencontres les plus importantes ?

Je pense que c'est aussi un état d'esprit. Chez nous, au Cameroun, on cultive la force du mental. Dans notre jargon, on appelle ça le hemlè : un état d'esprit qui nous pousse à n'avoir peur de rien, à tout donner sur le terrain, à rester le plus calme possible même dans les situations les plus difficiles. Parce que rien n'est impossible pour les Camerounais.

"Je me sens honorée d'être comptée parmi les meilleurs gardiens du Cameroun"

Tu as terminé la compétition avec le trophée de meilleure gardienne du tournoi. Quelle valeur donnes-tu à cette récompense individuelle ?

Je tiens à remercier mes coéquipières, parce qu'elles m'ont beaucoup encouragée. Les débuts n'étaient pas faciles, notamment face au Mali, où on a eu un peu de difficultés à entrer dans la compétition. Je pense que c'est cette confiance qu'elles m'ont transmise qui m'a accompagnée tout au long du tournoi, en plus du fait de rester la plus calme possible dans la prise de décisions, même face aux équipes les plus difficiles. Je pense que tout cela a joué, en plus de la concentration, qui m'a permis d'être la meilleure gardienne de la compétition.

À tes côtés évoluait une très jeune défenseure, Myriam Maeva Nyadjou, 19 ans, que tu as visiblement beaucoup guidée sur le placement. Comment fonctionne cette relation entre une gardienne et sa défense ?

Bien sûr. Moi, en tant que gardienne, je communique toujours avec ma défense. On essaie de se mettre en confiance, de trouver des solutions face aux difficultés que nous rencontrons, que ce soit à l'entraînement ou pendant les matchs, afin de rassurer tout le monde, de rassurer l'équipe. En communiquant beaucoup, que ce soit sur le terrain ou en dehors.

Au Cameroun, certains te comparent déjà à Fabrice Ondoa et te placent parmi les meilleurs gardiens de l'histoire du pays. Comment reçois-tu ce genre de comparaison ?

Personnellement, je me sens honorée d'être comptée parmi les meilleurs gardiens du Cameroun, mais je préfère ne pas trop m'attarder là-dessus. Chez nous, si je laisse les choses ainsi, ça m'empêchera de travailler encore davantage. Je préfère rester la petite Michaely que je suis, continuer à travailler, à progresser, et donner le meilleur chaque fois que le pays aura besoin de moi.

"Mon rêve pour les prochaines années ? Remporter plus de CAN avec le Cameroun et pourquoi pas la Coupe du monde ?"

Avant d'en arriver à ces grands rendez-vous, peux-tu revenir sur le déroulement de ta saison en club avant d'arriver à cette CAN ?

Je me donnais beaucoup aux entraînements en club, parce que je savais que la CAN approchait. Chaque fois que l'opportunité de jouer se présentait, je donnais le meilleur de moi-même et je travaillais aussi individuellement. Je me mettais en condition pour arriver en sélection le plus en forme possible mentalement et physiquement.

Enfant, avais-tu des modèles dans le football ?

Oui, j'avais des modèles. J'avais le président Samuel Eto'o, le grand joueur Ronaldinho, j'avais aussi le gardien Thibaut Courtois et le gardien Thomas Nkono. Dans le football féminin, j'avais la Brésilienne Marta. J'aime beaucoup les attaquants (rires).

Tu portes le numéro 23. Ce chiffre a-t-il une signification particulière pour toi ?

Oui, le 23, c'est une signification particulière, parce que j'ai perdu mon père biologique le 23 décembre 2012. Ce sacre c'est aussi en hommage à lui.

Te voilà désormais qualifiée pour la Coupe du Monde avec le Cameroun. C'est un rêve ?

C'est un rêve, comme pour chaque joueuse. Mais pour le moment, nous ne sommes pas encore dans la préparation de la Coupe du Monde, nous sommes encore en train de célébrer. Je pense que c'est le staff qui décidera qui ira à la Coupe du Monde ou pas.

En parlant d'avenir : où en es-tu sur le plan de ta carrière en club ? Des propositions de transfert sont-elles sur la table ?

Pour le moment, je suis encore sous contrat avec mon club, le Benfica Lisbonne. En ce qui concerne les différentes propositions, je ne dis pas qu'il n'y en a pas, mais mon agence s'en occupe. Moi je suis concentrée sur la nouvelle saison qui est sur le point de débuter.

Pour terminer : à seulement 22 ans, tu cumules déjà de nombreux titres et distinctions individuelles. De quoi rêves-tu encore pour la suite de ta carrière ?

Mon rêve pour les prochaines années, c'est de donner encore plus de CAN au Cameroun et pourquoi pas gagner la Coupe du Monde, les Jeux Olympiques...

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