FlashGolf #17 : Aaron Rai, l'éloge de la discrétion et de la détermination

Aaron Rai
Aaron RaiBill Streicher-Imagn Images-Reuters

Aaron Rai n'avait remporté que le Wyndham Championship en 2024 sur le PGA Tour avant de s'adjuger le PGA Championship de main de maître dimanche dernier. Ce premier Majeur fait déjà partie de l'Histoire du golf anglais après 107 ans de disette.

C'est un sacre que peu de monde aurait pu prévoir, y compris le vainqueur. Dimanche dernier, Aaron Rai a remporté le PGA Championship, son premier Majeur, seulement son deuxième titre sur le circuit de référence. Une surprise certes, mais aussi une démonstration de calme et de mental lors des 10 derniers trous qui lui ont permis d'accéder à l'Olympe des golfeurs.

Pendant que plusieurs joueurs ont disputé le Truist Championship, l'Anglais s'est rassuré sur le Myrtle Beach Classic, un tournoi à 4M$ de dotation. Fort d'un T5, le natif de Wolverhampton est arrivé à l'Aronimink Golf Club en pleine confiance au meilleur moment car sa saison 2026 n'avait jusqu'alors aucun relief avec au mieux un T23 sur le Cognizant Classic fin février. 48e lors du Masters d'Augusta, Rai n'avait jamais fait mieux en Majeur que T19 à The Open en 2021, à l'US Open en 2024 et au PGA Championship en 2025. 

En Pennsylvanie, toutes les planètes se sont alignées. Cut franchi avec -1 (70, 69), Rai a réalisé une performance rare : améliorer son score à chaque tour. Son moving day lui a permis de se replacer (67, -4) et de faire partie des dernières parties du 4e tour, parmi la bonne douzaine de golfeurs qui pouvait gagner la timbale. Mais dimanche, après 8 trous, le joueur de 31 ans qui a frappé ses premiers swings avec... la crosse de hockey sur gazon de sa mère, était en position de simplement jouer des accessits. 

Avec deux birdies et trois bogeys, il était à +1 sur la journée. Sa virgule au 3 l'avait frustré, même s'il n'a pas laissé l'émotion le submerger, un état qui lui servira quelques heures plus tard. Alors qu'il avait le putt pour birdie et le co-lead au 6, il a encaissé un bogey. Et puis l'ombre du drapeau du 9 a tout changé. En position d'eagle, Rai pensait jouer le birdie mais la réussite lui a souri et en passant à -1, il est entré dans la zone. Birdie au 11 pour cette fois devenir co-leader, birdie au 13 pour prendre deux coups d'avance, birdie au 16 et, pour finir, un putt de... 23 mètres pour scorer le birdie du triomphe. 

Avec une carte de 65, il a tenu en respect Jon Rahm, qui était également à -4 au matin du 4e tour. À -1 à la fin de l'aller, le Basque a signé un unique birdie au 17 sur le retour et n'a pas pu faire jouer son expérience pour mettre Rai sous pression. 

Pour la première fois depuis 1919 un Anglais a gagné le PGA Championship. Jamais sélectionné pour la Ryder Cup, repoussé au-delà du 40e rang mondial avant ce Majeur, Rai a bondi à la 15e place. 

D'inconnu du grand public, l'Anglais a donc vu sa vie décortiquée, les anecdotes ont fleuri sur les sacrifices de sa famille indo-kényane dans le nord minier de l'Angleterre pour lui offrir des clubs, la passion du fils qui s'est transmise au père qui préférait le tennis, l'extrême minutie qu'il accorde à son matériel encore aujourd'hui en souvenir des années difficiles. Rai n'est pas le working-class hero façon Ricky Hatton car le golf n'est pas la boxe, mais par son chemin de vie, il est un visage de la réussite ouvrière issu de l'immigration ce qui, par les temps (sombres) qui courent outre-Manche en ce moment, a une répercussion plus large qu'une victoire en Majeur.