Exclu' Flashscore : Boateng évoque la Coupe du monde et ses souvenirs en carrière

Jerome Boateng au Grand Prix de Miami le 3 mai 2026.
Jerome Boateng au Grand Prix de Miami le 3 mai 2026.CHRIS GRAYTHEN/GETTY IMAGES VIA AFP/Flashscore

Jerome Boateng, vainqueur de la Coupe du monde avec l’Allemagne en 2014, a analysé l’édition actuelle du tournoi et est revenu sur les moments forts d’une carrière qui l’a vu évoluer à Manchester City et au Bayern Munich, lors d’un entretien exclusif pour Flashscore.

Jerome Boateng
Gianluca Comentale

La Coupe du monde

Parlons de la Coupe du monde. En regardant les premiers matchs, l’Allemagne a battu Curaçao et la Côte d’Ivoire, tandis que le Ghana – ton deuxième pays – a réussi à arracher une victoire en fin de match contre le Panama. Quelle impression t’ont laissé ces deux équipes lors de leur entrée en lice ?

« Concernant l’Allemagne, c’est une équipe que je connais très bien car j’ai joué avec et contre presque tous ses joueurs, et je sais que le groupe est vraiment solide.

« Avec tout le respect que je dois à l’adversaire, je pense qu’il est encore trop tôt pour juger du véritable potentiel des Allemands, car Curaçao n’était pas le test le plus difficile ; le match de ce soir (victoire 2-1 contre la Côte d’Ivoire) était clairement bien plus compliqué. Mais je suis convaincu que l’Allemagne peut aller très loin.

« Pour le Ghana, je dois être honnête : ils ne m’ont pas semblé irrésistibles. C’est une équipe très jeune, et en ce moment elle doit composer avec six ou sept blessures parmi ses joueurs les plus importants. Elle ne joue pas avec son meilleur onze, mais pour moi il n’y a pas d’excuses. Je suis content qu’ils aient remporté leur premier match, et j’espère qu’ils pourront prendre d’autres points dans le groupe. Ce sera difficile à cause de l’absence de ces joueurs clés qui évoluent dans de grands clubs européens.

« Pour les jeunes, dans tous les cas, cela reste une superbe vitrine pour obtenir du temps de jeu et acquérir de l’expérience, en pensant aussi à la prochaine Coupe du monde, où ils arriveront sûrement avec un effectif plus mûr et compétitif. »

Comment juges-tu l’approche tactique de Nagelsmann ? Penses-tu que la sélection nationale peut aller au bout sous sa direction ?

« Pour l’instant, il me semble que l’équipe répond très bien à ses idées. C’est un entraîneur jeune et très intéressant, il fait de grandes choses. Je pense que pour un coach de son âge, il est normal de commettre encore quelques petites erreurs, mais il fait preuve d’une grande capacité d’adaptation.

« Il est très autocritique et excelle dans la gestion du groupe. Il y a une vraie alchimie entre lui et les joueurs, et on sait bien que l’harmonie dans le vestiaire est l’un des facteurs clés pour aller loin lors d’une Coupe du monde. »

En dehors de l’Allemagne, qui vois-tu comme favoris pour remporter la Coupe du monde cette année ?

« Pour être honnête, jusqu’ici l’Espagne ne m’a pas semblé à son meilleur niveau, mais cela reste une sélection qu’il faut toujours compter parmi les prétendants au titre. Ensuite, il y a évidemment la France : avec l’effectif qu’elle possède, elle doit figurer parmi les favoris. Je pense aussi que l’Angleterre a de très bons atouts et peut aller loin.

« Concernant le Brésil, je ne suis pas totalement convaincu. Même chose pour l’Argentine : c’est une grande équipe, mais j’ai quelques doutes sur sa capacité à tenir face aux grosses nations.

« Si je dois citer une possible surprise capable d’aller loin, je dirais la Colombie. Elle possède d’excellents joueurs, c’est un collectif solide, et elle sait se battre ensemble sur le terrain. »

Devenir champion du monde

Boateng célèbre la victoire en Coupe du monde
Boateng célèbre la victoire en Coupe du mondePATRIK STOLLARZ / AFP

Revenons en arrière. En 2014, tu as été l’un des acteurs majeurs du fameux 7-1 contre le Brésil chez lui. Quels souvenirs personnels gardes-tu de cette soirée, et as-tu tout de suite compris que tu allais remporter la Coupe du monde ?

« Ce match contre le Brésil est entré à juste titre dans l’histoire du football allemand. Battre une telle nation du football sur ce score, c’était irréel. Nous étions extrêmement bien préparés, mais ce soir-là, tout nous a semblé naturel, alors que pour eux, c’était un cauchemar. Nous avons marqué à chaque attaque, l’ambiance était presque mystique, et pour nous, ce n’était pas facile de rester calmes, concentrés et appliqués sans se laisser submerger par l’émotion.

« Évidemment, cette victoire nous a donné une confiance incroyable avant la finale, mais nous savions très bien qu’un 7-1 en demi-finale ne garantit pas un avantage en finale. La finale contre l’Argentine était un tout autre match, vraiment difficile.

« C’est une page historique dont je suis extrêmement fier. Je dois avouer qu’à la fin du match, il y avait aussi une pointe de tristesse : le peuple brésilien nous avait accueillis et traités merveilleusement tout au long du tournoi, et voir tout un stade et un pays en larmes, c’était un moment sportif très fort et un peu étrange à vivre sur le terrain. »

Lors de cette finale contre l’Argentine, tu as livré une prestation monumentale. Quels souvenirs gardes-tu de cette journée si particulière ?

« J’ai une anecdote particulière à propos de cette finale. Je me suis réveillé le matin du match avec une sensation très étrange. Je me demandais ce qui se passait, car je me sentais incroyablement bien. J’avais très bien dormi, je ressentais une énergie et une puissance dans mon corps hors du commun. Bien sûr, il y avait de la tension, comme avant chaque grand rendez-vous, mais c’était une nervosité positive qui te donne de l’élan.

« Ce sentiment d’omnipotence physique et mentale m’a accompagné pendant les 120 minutes du match. Je pense avoir réalisé la meilleure prestation de toute ma carrière ce jour-là. J’ai eu la chance que ce pic de forme mentale et physique coïncide exactement avec la finale de la Coupe du monde. »

Sauvetage de Boateng sur sa ligne lors de la finale 2014
Sauvetage de Boateng sur sa ligne lors de la finale 2014KIERAN MCMANUS / BACKPAGE IMAGES LTD / DPPI VIA AFP

Souvenirs de Manchester City

Durant ton passage à Manchester City, ton entraîneur était Roberto Mancini. Quelle relation avais-tu avec lui et quel impact a-t-il eu sur ta carrière à ce moment-là ?

« J’ai toujours eu une excellente relation avec lui ; après tout, c’est lui qui m’a voulu à Manchester City. Il m’a beaucoup appris tactiquement à une période où j’étais encore un jeune joueur en développement. Il m’a transmis les bases et les secrets de la défense en Angleterre en appliquant les principes de l’école italienne, et je lui en suis profondément reconnaissant. »

« Mes débuts en Premier League sous sa direction n’ont pas été simples, aussi parce que je me suis blessé dès mon arrivée au club, mais il m’a toujours soutenu. J’ai quitté Manchester après seulement une saison, mais pas à cause de problèmes avec lui ou l’environnement – simplement, quand le Bayern Munich t’appelle et que tu es un joueur clé de la sélection allemande, tu veux rentrer au pays pour être davantage sous les projecteurs.

« Je l’ai récemment croisé à Doha, au Qatar ; nous étions désolés de ne pas pouvoir passer plus de temps ensemble, mais le respect mutuel reste intact. Je le considère vraiment comme un grand entraîneur. »

Jerome Boateng sous le maillot de Manchester City
Jerome Boateng sous le maillot de Manchester CityANDREW YATES / AFP

À ton époque à City, le club commençait tout juste son ascension pour devenir la superpuissance qu’il est aujourd’hui. Sentais-tu déjà à l’époque que le club était destiné à dominer le football anglais et européen ?

« Pour ce qui est du football anglais, oui, je ressentais clairement leur immense ambition et la présence de professionnels qui faisaient un travail extraordinaire. Puis l’arrivée de Pep Guardiola a été la pièce finale du puzzle, c’était une sorte de “destin déjà écrit”.

« En Europe, ils ont très bien réussi lors de la saison où ils ont remporté la Ligue des champions. Je pense qu’ils peuvent encore progresser dans les prochaines années, récemment ils ont laissé passer quelques occasions. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, ils se sont solidement installés parmi les quatre ou cinq meilleures équipes d’Europe. »

L’expérience en Serie A

Au cours de ta carrière, tu as joué en Bundesliga, Premier League, Ligue 1 et, récemment, tu as aussi découvert la Serie A. Quelle est la plus grande différence en termes de style de jeu et de rythme que tu as remarquée dans le championnat italien par rapport aux autres grands championnats européens ?

« La principale différence réside dans l’aspect tactique.

« En Italie, la préparation stratégique des entraîneurs et des équipes est poussée à l’extrême. Le football italien est moins frénétique que le football anglais ou allemand, mais il exige une concentration totale. Marquer est extrêmement difficile car presque toutes les équipes défendent avec une organisation irréprochable. On voit rarement des matchs se terminer sur des scores fleuves comme 5-0 ; les résultats les plus fréquents sont 1-0, 1-1 ou 2-1, et cela rend le championnat très intéressant.

« En revanche, d’après mon expérience, l’intensité globale est un peu plus faible que celle de la Premier League, de la Ligue 1 ou de la Bundesliga. Je pense que si les géants historiques comme l’Inter, Milan et la Juventus parvenaient à élever leur rythme et leur intensité à des standards plus élevés, ils redeviendraient dominants. En Serie A, ils ont l’habitude de contrôler le jeu et d’avoir beaucoup de possession face à des adversaires théoriquement plus faibles, mais lorsqu’ils affrontent des géants comme le Bayern ou le Real Madrid en Ligue des champions, ce manque d’habitude de l’intensité élevée se fait sentir. »

Jerome Boateng sous le maillot de la Salernitana
Jerome Boateng sous le maillot de la SalernitanaGIUSEPPE MAFFIA / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP

Quels souvenirs gardes-tu de ton expérience en Serie A ?

« Mon seul vrai regret, c’est d’être arrivé à Salerne trop tard, et malheureusement je me suis blessé après seulement quelques matchs. Mais je tiens à dire que j’ai adoré la ville de Salerne et ses habitants. C’est un endroit fantastique, avec une passion incroyable.

« Malheureusement, les choses ne se sont pas passées comme nous l’espérions sur le terrain, mais j’espère vraiment que Salernitana pourra rebondir rapidement et retrouver la Serie A très vite. C’est un club qui mérite le meilleur et je souhaite le meilleur au club et à ses supporters pour l’avenir. »

Rencontre avec Del Piero

Y a-t-il un adversaire en particulier qui t’a rendu la vie infernale sur le terrain ?

« À ce sujet, je peux raconter une histoire vraiment amusante sur un grand champion italien : Alessandro Del Piero.

« J’ai beaucoup d’amis en Italie qui, quand j’étais plus jeune, n’arrêtaient pas de me dire à quel point il était fort. En le voyant seulement à la télévision ou lors de la Coupe du monde 2006, je répondais toujours : “Oui, c’est un grand attaquant, mais il ne me semble pas être ce phénomène hors du commun dont vous parlez.”

« Puis, en 2010, avec Manchester City, nous avons affronté la Juventus en Ligue Europa. Il avait déjà 36 ou 37 ans. Il m’a suffi de le voir toucher le ballon de près sur le terrain pour changer complètement d’avis : j’en suis resté sans voix. J’ai compris que j’avais en face de moi l’un des joueurs les plus extraordinaires que j’aie jamais vus de ma vie. Il avait un contrôle de balle et une technique sublimes, c’était incroyable. »

Jerome Boateng et Alessandro Del Piero
Jerome Boateng et Alessandro Del PieroGIUSEPPE CACACE / AFP

« Je me souviens qu’il lui a suffi d’un seul contrôle pour me mettre dans le vent alors qu’il partait de l’autre côté. C’était une vraie leçon de football. J’espère qu’Alessandro me pardonnera de l’avoir sous-estimé dans ma jeunesse. Je ne le connais pas personnellement, mais en plus d’être un immense joueur de classe mondiale, il a vraiment l’air d’être une personne formidable et attachante. »

Bayern Munich et Vincent Kompany

Tu as vécu les plus belles années de ta carrière au Bayern Munich. La saison dernière, sous la direction de Vincent Kompany – que tu connais très bien pour avoir joué à ses côtés – le club a dominé la Bundesliga. L’ayant eu comme partenaire en défense sur le terrain, retrouves-tu chez lui, en tant qu’entraîneur, la même personnalité que lorsqu’il était joueur ? Selon toi, comment a-t-il permis au Bayern de revenir au sommet ?

« Tout d’abord, je veux dire que Vincent est un grand ami, j’ai énormément de respect pour Kompany en tant que personne. Son style de jeu actuel est clairement le fruit des expériences acquises auprès de grands entraîneurs comme Mancini, Pellegrini et bien sûr Guardiola.

« En tant que joueur, c’était un défenseur redoutable : très fort physiquement, agressif, dominateur dans les airs, rapide et dynamique. Son football reflétait parfaitement ce caractère. En tant qu’entraîneur, en revanche, je le trouve extrêmement calme et réfléchi. Il est très posé dans ses décisions, il sait exactement ce qu’il fait et il est incroyablement intelligent pour trouver les bonnes solutions tactiques.

« J’ai eu le privilège de parler souvent football avec lui et il a toujours des idées très claires. Il a apporté au Bayern une identité claire et une excellente gestion des relations humaines avec les joueurs. »

Vincent Kompany soulève la DFB Pokal
Vincent Kompany soulève la DFB PokalTOBIAS SCHWARZ / AFP

« Sur le terrain, on voit clairement que l’équipe joue avec sérénité ; je ne dis pas qu’ils jouent uniquement pour l’entraîneur, mais on sent qu’ils sont heureux, à l’aise et qu’ils adhèrent pleinement à sa philosophie de jeu. Dans le football moderne, c’est un facteur décisif. »

Passé et avenir

Revenons à tes racines : qu’est-ce qui t’a inspiré, enfant, à te lancer dans le football ?

« Ma première et plus grande source d’inspiration, c’était mon père. Lui aussi jouait au football, mais il a malheureusement dû arrêter très tôt à cause de graves problèmes de genou et n’a pas pu atteindre un haut niveau. Il m’a mis un ballon dans les pieds dès que j’ai su marcher. Tout est parti de là.

« En grandissant, j’ai commencé à dévorer le football à la télévision : je me souviens des premières images de la Coupe du monde 1990 en Italie, du spectacle du Brésil, puis de l’Euro 96 et du Mondial 1998. Mes idoles absolues étaient les défenseurs de l’école italienne, surtout Paolo Maldini et Fabio Cannavaro ; je les étudiais sans cesse.

« En 2006, alors que je n’avais que 17 ans, j’ai eu l’honneur de disputer un match amical avec mon équipe contre la sélection allemande avant son départ pour la Coupe du monde ; c’était une émotion indescriptible.

« J’étais littéralement obsédé par le football : j’étais fou de Ronaldo (Nazario) et Zinedine Zidane. Je me souviens que le soir, quand mes parents m’envoyaient me coucher, je cachais la télévision dans ma chambre pour regarder les émissions qui diffusaient les résumés des championnats italien et espagnol. Dans ma tête, il n’y avait de la place que pour le football, et rien d’autre. »

Tu as joué pour les clubs les plus prestigieux d’Europe, remporté une Coupe du monde et réalisé deux triplés historiques. Dans vingt ans, quand on parlera de la carrière de Jerome Boateng, pour quel aspect précis aimerais-tu qu’on se souvienne de toi ?

« Cela dépend vraiment de la culture footballistique de celui qui parle de moi.

« J’aimerais qu’on retienne mon évolution technique et tactique : la façon dont j’ai su changer et affiner mon style de jeu, passant de jeune espoir à défenseur mature et expérimenté lors des années dorées au Bayern, en Ligue des champions et à la Coupe du monde. Si ceux qui parlent de moi ont vraiment suivi ma carrière, comprennent le football et savent pourquoi je suis resté à ce niveau pendant tant d’années, alors ce sera intéressant. »

« Si, en revanche, le souvenir se limite à un simple “Il a gagné ceci ou cela, c’était un bon défenseur”, alors cela veut dire que c’est quelqu’un qui ne fait qu’effleurer la surface sans aller au fond de l’essence du football. »

Jerome Boateng enlace Pep Guardiola avec émotion
Jerome Boateng enlace Pep Guardiola avec émotionANDREAS GEBERT / DPA / DPA PICTURE-ALLIANCE VIA AFP