Egil Olsen, le marxiste qui a orchestré la dernière victoire de la Norvège contre le Brésil en 1998

Egil "Drillo" Olsen
Egil "Drillo" OlsenJon Olav Nesvold / Bildbyran Photo Agency / Profimedia

Vingt-huit ans après leur célèbre victoire contre le Brésil, la Norvège s’apprête à nouveau à défier les quintuples champions du monde, ravivant le souvenir de cette journée glorieuse à Marseille, lorsque l’une des figures les plus controversées du football moderne a mené les Scandinaves vers le plus grand succès de leur histoire.

Six mois seulement avant que la Norvège ne lance sa campagne éclatante de qualification pour la Coupe du monde 2026, avec huit victoires consécutives à la clé, les hommes de Stale Solbakken ont manqué la phase finale de l’Euro 2024, des erreurs défensives ayant continué de les hanter tout au long des qualifications.

Malgré la présence de talents offensifs de classe mondiale comme Erling Haaland et Martin Odegaard, l’équipe de Solbakken a régulièrement laissé filer des points cruciaux après avoir mené au score, la faute à des absences défensives, illustrées notamment par une avance de 1-0 à domicile contre l’Écosse qui s’est transformée en défaite 2-1 dans les trois dernières minutes du match.

"Avec les joueurs dont nous disposons, nous devons essayer d’imposer notre jeu. Le développement des talents en Norvège nous a amenés à négliger quelque peu l’aspect défensif. Cela nous a coûté l’EURO 2024 à cause de grosses erreurs individuelles. Mais je suis très satisfait que nous soyons restés fidèles à nos principes et que nous n’ayons pas cédé à la tentation de revenir aux années 90", a déclaré Solbakken dans un entretien accordé à TV2 Sport.

Solbakken fait référence à une époque où la Norvège, après 60 ans de disette, a soudainement grimpé dans le classement mondial et s’est qualifiée pour deux Coupes du monde consécutives (1994 et 1998) en adoptant une défense de zone pragmatique et très structurée, conçue pour frustrer les grandes nations.

L’architecte de cette philosophie tactique, qui privilégiait la discipline collective, la prise de risque minimale et le jeu compact au détriment de la technique individuelle, était Egil "Drillo" Olsen, ancien ailier talentueux qui a honoré 16 sélections avec la Norvège et doit son surnom à ses qualités de dribbleur et à sa technique hors pair.

Lorsqu'Olsen a pris les rênes de la sélection norvégienne en octobre 1990, l’équipe nationale sortait d’une série de mauvais résultats sous la direction de l’ancien sélectionneur Ingvar Stadheim et était largement considérée comme une formation de troisième zone sans identité tactique.

Drillo a hérité d’un groupe qui venait de s’incliner face à l’Union soviétique et à la Suède, et qui n’avait plus participé à un grand tournoi depuis la Coupe du monde 1938. Mais en introduisant une approche révolutionnaire basée sur les données, avec un 4-5-1 rigide axé sur la condition physique, les contre-attaques efficaces et les longs ballons vers l’avant, il a réussi à transformer une équipe moyenne en puissance mondiale.

En 88 matchs, Drillo a mené la Norvège à un bilan impressionnant de 46 victoires, 26 nuls et seulement 16 défaites, propulsant la sélection à une incroyable deuxième place au classement FIFA.

Son plus grand exploit est survenu lors de la Coupe du monde 1998 en France, lorsque la Norvège a battu le tenant du titre, le Brésil, 2-1 à Marseille, se qualifiant pour les huitièmes avant de s’incliner de justesse face à l’Italie.

Si Drillo, revenu à la tête de la sélection entre 2009 et 2013, est devenu une légende dans son pays, il a été beaucoup moins respecté hors des frontières norvégiennes pour plusieurs raisons.

Sa tactique basée sur les longs ballons, les blocs bas et le renoncement volontaire à la possession a été vivement critiquée par des entraîneurs comme Johan Cruyff, Morten Olsen ou Bobby Robson.

Ses convictions politiques d’extrême gauche, marxistes, ne lui ont pas valu beaucoup d’amis non plus. Ancien communiste, il ne buvait pas d’alcool, ne conduisait pas, obligeait parfois ses joueurs à venir à pied à l’entraînement (lors de son passage à Wimbledon) et se faisait remarquer en interpellant des inconnus dans la rue pour leur reprocher de fumer. Il a aussi été moqué pour ses célèbres bottes vertes (Wellington boots) portées sur le banc afin de lutter contre son rhumatisme.

Le dernier départ de Drillo à la tête de la sélection norvégienne s’est terminé dans la controverse en 2013, lorsqu’il a été remplacé de façon très chaotique et publique par Per-Mathias Hogmo, peu avant un match de qualification pour la Coupe du monde. La polémique a ensuite contraint la fédération à présenter des excuses officielles à Drillo pour la gestion de cette transition.

La Norvège affrontera le Brésil dimanche à 22h00 au MetLife Stadium de New York, en huitièmes de finale de la Coupe du monde en cours, avec l’espoir de décrocher une deuxième victoire de prestige face à la Seleção.