C'est un rendez-vous que le futsal féminin français attendait depuis plusieurs saisons. Ce samedi 19 septembre 2026 sonnera les débuts de la toute première édition de la D1 Futsal féminine, avec cinq rencontres au programme dès la première journée. Douze équipes s'élancent dans cette aventure nationale inédite, organisée par la Fédération française de football (FFF), qui doit s'achever le 22 mai 2027. Parmi les clubs engagés figurent notamment Nantes Métropole Futsal, double vainqueur du Challenge national, première expérimentation d'une compétition à échelle nationale, en 2023 et 2024, Diamant Futsal et le Toulouse Futsal Club, sacrés respectivement en 2025 et 2026 en Coupe de France, ainsi que le Sporting Club Paris, finaliste en 2026.
Le format retenu s'articule en deux temps, autour de poules constituées sur une base géographique afin de limiter les déplacements. Les douze équipes sont réparties en trois groupes de quatre pour cette première phase "régionale". Les deux premiers de chaque groupe se retrouveront ensuite dans un groupe de six pour la phase Élite, où se jouera le titre de championnes de France, tandis que les deux derniers de chaque groupe disputeront un groupe de six pour la phase de maintien.
Une attente de plusieurs années enfin comblée
Pour les joueuses, ce lancement a des allures de soulagement autant que de fête. Fiona Bitterlin, internationale française évoluant à l'AS Musau Strasbourg, où elle est aussi ostéopathe en dehors des parquets, ne cache pas son enthousiasme à la veille de la première journée : "On est moi personnellement et un peu toutes les joueuses, que ce soit dans le club ou en sélection, hyper contentes de pouvoir participer à un championnat national qui en plus sera le premier." Un sentiment renforcé par le fait que son club reçoit dès l'ouverture : "Nous, on commence à domicile. Donc, c'est déjà une fête pour le futsal féminin. Et nous, pour notre région et notre club, c'est aussi une super fête." Elle précise d'ailleurs que la quasi-totalité des joueuses de l'équipe de France évolueront dans cette nouvelle D1.
Le sujet, d'ailleurs, s'est invité dans toutes les discussions en sélection ces derniers mois. "Ça fait quelques rassemblements maintenant depuis qu'ils parlent de la D1, où ça tombe toujours dans les discussions", raconte Fiona Bitterlin, qui évoque un thème récurrent à chaque table : "On va dire qu'au moins un repas de chaque sélection, il y avait un peu ce sujet qui était sur la table (...) il y avait le fait que certaines joueuses changent de club, il y a le recrutement dans chaque club, savoir un peu qui a joué contre qui déjà." Un constat partagé par Mélodie Carré, elle aussi internationale et joueuse de Nantes Métropole Futsal, qui explique cet intérêt par le fait que les internationales vont désormais se croiser presque chaque week-end en club : "On en parle parce qu'on est tous amis maintenant et on sait qu'on va se rencontrer quasiment tous les week-ends."
"C'est une fierté un petit peu quand même de se dire qu'on est un peu les premières à participer au premier championnat de D1 futsal féminin (...) souvent, on nous appelle un peu les pionnières", ajoute celle qui a longtemps joué au football à 11 avant de se mettre au futsal. Selon elle, ce championnat national vient aussi corriger un déséquilibre sportif devenu pesant dans les compétitions régionales qui précédaient ce championnat national unifié : "Il y avait des équipes qui étaient souvent au-dessus du lot, donc forcément ça faisait un écart de niveau. C'est pas agréable pour celles qui sont un peu supérieures parce qu'elles travaillent pas comme elles le voudraient, et puis c'est pas agréable pour celles qui accumulent les défaites." Elle rappelle au passage que l'équipe de France féminine, elle, n'existe que depuis un peu plus de trois ans.
Sélectionneure de l'équipe de France féminine de futsal, Émilie Trimoreau partage cette impatience, en y ajoutant une dimension presque institutionnelle : "C'était presque une anomalie, c'est-à-dire qu'il y avait une équipe de France, mais sans championnat national. Dans toutes les autres pratiques à la fédération, ce n'était pas le cas. Donc là, c'est juste remettre à niveau, juste rentrer dans la normalité." Elle indique avoir été associée en amont à la construction du calendrier et du format, sans pour autant être décisionnaire sur le sujet. Un chantier porté depuis plusieurs années par la FFF, comme le confirme le président de la fédération Philippe Diallo, pour qui "la saison 2026-2027 marque une étape majeure dans l'histoire du Futsal français" avec une D1 féminine conçue comme "le fruit d'un travail concerté avec les ligues, les districts, les clubs et l'ensemble des acteurs du Futsal".
Un quotidien chamboulé pour des joueuses toujours amateurs
Cette montée en gamme sportive s'accompagne de nouvelles contraintes pour des joueuses qui restent amatrices. Fiona Bitterlin détaille le changement de rythme imposé à son club de Strasbourg : "L'an dernier, on avait un seul entraînement par semaine, dû au créneau qui était disponible. Et on est passé à trois entraînements par semaine." Elle évoque aussi une préparation physique revue à la hausse dans les clubs, avec davantage de séances de musculation pour répondre aux nouvelles exigences athlétiques du niveau national. Un surcroît d'organisation qu'elle assume comme un choix : "Effectivement, on n'a pas la même vie que certains de nos copains qui peuvent peut-être sortir souvent (...) nous, on enchaîne avec le sport, mais ça nous apporte plus de bonheur que de contraintes. Sinon, je pense qu'on ne le ferait pas."
Sur le plan des conditions individuelles, Fiona Bitterlin précise que ce n'est pas la FFF qui fixe les règles mais bien chaque club, qu'il s'agisse de l'assurance, de la prise en charge des blessures ou d'éventuelles primes de match, chaque joueuse pouvant accepter ou refuser les conditions proposées par son club et voir ailleurs. La FFF elle encadre la pratique, les membres du staff à disposition des joueuses lors des matchs etc.
À Nantes, Mélodie Carré décrit des séances repoussées tard le soir pour s'adapter aux plannings professionnels de chacune : "On s'entraîne à 20h le soir maintenant, 21h30, 22h." Un horaire tardif qui tient aussi à des contraintes logistiques propres à son club : l'arrivée d'un pôle France de volley-ball a rendu ce dernier prioritaire sur les créneaux du CREPS, où s'entraîne habituellement son équipe, ce qui a mécaniquement repoussé ses propres horaires d'entraînement. "Notre sélectionneure, Émilie Trimoreau, elle dit toujours qu'on est des amateurs professionnels. C'est-à-dire qu'on doit vivre avec un budget normal d'un citoyen français qui va au travail tous les jours, avec le statut de professionnel et de sportif de niveau."
Elle reconnaît par ailleurs que certains clubs ont été pris au dépourvu par des informations arrivées tardivement sur les conditions du championnat, ce qui a pu compliquer le recrutement, l'organisation de la présaison et la recherche d'aides financières pour les déplacements, quand d'autres avaient anticipé ce virage depuis plus longtemps. La professionnalisation du championnat, elle, reste un horizon lointain. "Je crois que c'est encore loin de notre esprit", confirme Fiona Bitterlin, qui y voit malgré tout une perspective à moyen terme : "Bien sûr que dans quelques années, ça se professionnalisera certainement, mais on n'a pas forcément besoin d'y penser tout de suite."
Un tremplin assumé pour l'équipe de France
Les joueuses et leur sélectionneure le disent sans détour : ce championnat doit faire passer un cap au futsal féminin français. Interrogée sur ce point, Fiona Bitterlin répond : "Certainement. Le fait de pouvoir jouer contre les meilleures équipes, contre les meilleures joueuses aussi (...) on doit élever notre niveau de jeu. On va devoir s'adapter aussi tactiquement, physiquement, athlétiquement, techniquement. Et tout ça, normalement, ça devrait nous faire progresser aussi bien individuellement que collectivement." Un avis partagé mot pour mot par Émilie Trimoreau, à qui l'on posait la même question sur l'équipe de France. La sélectionneuse développe : la densité du calendrier va offrir aux joueuses une saison pleine, avec "16 dates dans la saison, à minima (...) sans compter la coupe. Ça va leur faire une vraie saison pleine et évidemment, elles vont progresser". Elle établit un parallèle direct avec les nations qui dominent le futsal féminin européen : "On voit dans les pays qui sont plutôt au niveau en haut du classement européen, c'est des pays qui ont des championnats mis en place depuis longtemps et des bons championnats où le jeu est intéressant. On parle du Portugal, de l'Espagne, de l'Italie."
Mélodie Carré, elle, mesure encore l'écart avec ces nations où la discipline est enracinée depuis longtemps chez les jeunes : "Ces nations-là baignent déjà dans le futsal depuis des années. Pas nous (...) elles ont des sélections jeunes." Un retard qui explique aussi pourquoi certaines internationales françaises ont fait le choix de l'étranger, comme le confirme Émilie Trimoreau à propos de Faustine Pellegry, meilleure buteuse de l'histoire des Bleues, qui a quitté le championnat italien pour l'Espagne, plutôt que de rejoindre cette première édition de la D1.

Le nouveau format facilite aussi le travail de repérage de la sélectionneure, qui pouvait difficilement suivre l'ensemble des championnats régionaux auparavant : "Là, ça nous facilite vraiment la tâche, ce championnat, parce qu'on va pouvoir bien les voir (...) ce week-end, par exemple, on sera sur tous les terrains." Elle y voit également un vivier supplémentaire pour l'équipe de France, la création de la D1 pouvant attirer des joueuses venues du football à 11 : "Ce championnat, à travers le fait qu'il se crée, ça attire aussi des joueuses qui étaient au foot et qui se disent qu'elles veulent tenter l'aventure du futsal."
Cette dynamique s'accompagne d'une forme de pression assumée, tant les résultats des Bleues sont perçus comme un levier direct pour la promotion du nouveau championnat. Émilie Trimoreau reconnaît que la charge existe, sans qu'elle soit propre à ce contexte : "Quand on est en équipe de France, on a toujours la pression parce qu'il faut bien figurer, être exemplaire (...) il faut qu'on performe. Alors, la performance, elle est globale. Les clubs veulent performer, nous on veut performer. Et donc, comme on est tous dans le même objectif, ça va être du positif." Mélodie Carré confirme que la question n'est pas un sujet frontal dans le groupe, mais qu'elle en perçoit malgré tout les enjeux : "Ce n'est pas quelque chose dont on parle parce que ce n'est pas un objectif, ce n'est pas un sujet, en tout cas, entre nous, mais avec du recul, bien sûr, j'imagine que si on se qualifie pour l'Euro, j'ose imaginer que l'aspect médiatique suivra derrière (...) plus on va parler de nous, plus ça risque de donner envie aux plus jeunes de jouer et d'avoir des références dans ce sport."
Rendez-vous crucial en octobre pour l'Euro
Ce lancement intervient à un moment charnière pour les Bleues, qui disputeront en octobre le Tour Élite de qualification pour l'Euro 2027 en Croatie, face à l'Espagne, triple championne d'Europe en titre, l'Italie et la Slovénie. Émilie Trimoreau reste lucide sur le statut d'outsider de son équipe : "On ne part pas favori, évidemment (...) mais voilà, nous, on est ambitieux aussi (...) montrer ce dont on est capable de faire en si peu de temps et voir si on ne peut pas accrocher quelque chose." Une qualification aurait, selon elle, une résonance particulière : "Ce serait une qualification dans les huit meilleures équipes après une seule participation (...) ça serait vraiment super pour l'image du futsal en France, à l'étranger aussi, parce qu'ils sont très intrigués de nous voir progresser aussi vite."
Reste que la visibilité du championnat lui-même demeure un chantier ouvert : aucune diffusion des matches de D1 n'est pour l'heure programmée par la FFF, un point que reconnaît Émilie Trimoreau, évoquant "un vrai sujet dont on a déjà parlé", en comparant la situation à celle qu'a connue en son temps le championnat masculin avant de se structurer progressivement sur ce plan. En attendant, les joueuses espèrent que les clubs prendront l'initiative de diffuser eux-mêmes leurs rencontres, comme certains le faisaient déjà dans leurs compétitions régionales.
C'est bien sur les parquets que tout commence ce samedi, avec cinq affiches d'ouverture : AS Beauvais Oise - Sporting Club Paris, Nantes Métropole Futsal - AS Rennes Futsal, Diamant Futsal - Hercules Futsal, AS Musau Strasbourg - US Beuvry et Grand Saint-Barthélémy - Toulouse Futsal Club. Douze équipes, un objectif commun : faire décoller une discipline qui a déjà vu ses effectifs féminins progresser de +23,5% en un an, portée par des profils de joueuses aussi variés qu'une psychologue, une professeure des écoles, une professeure d'espagnol ou encore une salariée chez Airbus. Mélodie Carré résume l'enjeu avec simplicité : "Aujourd'hui, qui n'a pas cette ambition d'être la première équipe à remporter ce championnat national ? Je pense que les 12 équipes ont l'ambition de pouvoir gagner cette nouvelle D1 (...) Ce serait historique."
