L'Espagne retenait son souffle ce 12 août : si quasiment toute l'Europe pouvait voir cette éclipse solaire historique, la péninsule hibérique était la mieux placée pour observer ce phénomène rare. Mais ça n'a pas empêché le FC Barcelone de programmer son premier amical de l'été pile au moment où le Soleil allait être masqué par la Lune, dans une ville où le taux d'obscuration atteint un 99,8%. Mieux encore : le club catalan en a fait un objet de communication.
"Un match qui va éclipser Barcelone", tel était le slogan avant la rencontre, accompagné d'une photo où les joueuses positionnées devant le soleil. La télévision locale TV3 donne même quelques pistes pour ceux qui avaient l'intention de suivre la rencontre et l'éclipse, montrant dans quelle tribune il faut se placer pour combiner les deux spectacles.
Lunettes gratuites et but raté
À l'entrée, le Barça avait anticipé et distribuait des paires de lunettes spéciales éclipse pour chacun des spectateurs. Un graal presqu'aussi précieux que le ticket de la rencontre, les lunettes étant tout aussi compliquées à trouver de l'autre côté des Pyrénées que dans l'Hexagone, malgré des distributions faites par les pouvoirs publics. Avant même le coup d'envoi, chacun s'amuse à immortaliser un match pas comme les autres, avec des familles qui posent devant la pelouse du stade Johan Cruyff avec les lunettes en carton sur le nez.

La rencontre elle se déroule comme si de rien n'était, à une exception près : le speaker rappelle aux spectateurs les consignes de sécurité et le port fortement recommandé de ces montures éphémères pour pouvoir observer l'éclipse. Il faut attendre la fin de la première période pour que la rencontre bascule dans une euphorie qui vide les tribunes.
Pendant que certains font la queue pour prendre des photos avec Raphinha, capitaine de l'équipe masculine, Ebrahim Tunkara, jeune du centre de formation qui a fait la pré-saison avec l'équipe première, ou encore Aitana Bonmati, Laia Aleixandri et Kika Nazareth, toutes les trois blessées, d'autres désertent leur siège pour aller s'agglutiner dans la tribune couverte, d'où l'on peut voir le soleil si l'on tourne le dos au terrain.
Et si le Barça était jusque-là tenu en échec par une valeureuse équipe montpelliéraine, c'est au moment des prémices de l'éclipse que Patri Guijarro décide d'ouvrir le score, à la 45e+4. Une frustration pour les spectateurs, tous plus attirés ce soir-là par le soleil masqué que par le premier but du Barça dans cette saison 2026-27. Le spectacle se poursuit à la pause et après, puisque l'éclipse est quasi-totale sur les coups de 20h29, en pleine seconde période donc.
Un instant de nuit en plein match
Les joueuses elles ne se laissent pas surprendre par ce ciel qui s’obscurcit et Justine Rouquet, attaquante de Montpellier, va même profiter d'une erreur de Sydney Schertenleib pour égaliser au retour des vestiaires. Avant qu'il fasse presque nuit, Claudia Pina remet le Barça devant. Mais ses coéquipières présentes en tribunes n'ont même pas vu son but : Aitana, Laia et Kika étaient parties dans les couloirs du stade avec leurs lunettes pour observer comme tout le monde l'éclipse. Raphinha les rejoindra quelques minutes plus tard, mais trop tard, le soleil s'était déjà caché derrière les immeubles environnants.
Lui et ses amis reviennent avec l'air déçu, ne profitant que de l'atmosphère si particulière de cette nuit en plein jour, qui vient plonger dans le noir l'Estadi Johan Cruyff et des joueuses qui doivent poursuivre la partie éclairées par des projecteurs puissants qui les surprennent un peu. Cinq minutes plus tard le ciel reprend sa couleur rosée habituelle et il fait à nouveau "jour", jusqu'au coucher officiel du soleil à 21h.
Chacun rejoint sa place en tribunes et le tambour du maigre groupe d'ultras présent pour ce match amical en plein mois d'août reprend son rythme. 1894 spectateurs ont assisté à cette rencontre pas comme les autres et pourront donc dire qu'ils ont vu une éclipse solaire en plein pendant une victoire 3-1 du FC Barcelone face au néo-Montpellier FC, nouveau nom après que la section féminine du MHSC ait été rachetée et détachée du club originel.

"On n'a pas eu besoin d'arrêter le match"
"Je me questionnais beaucoup quand l'éclipse a commencé, parce que moi je n'ai jamais vu que ça, et même personne ici n'a jamais vu que ça. Je me suis demandé comment ça se passait et finalement on a joué avec ça. Le stade était bien placé pour la voir", raconte Justine Rouquet, buteuse, après la rencontre.
Si des consignes avaient été passées côté FC Barcelone pour dire aux joueuses de ne surtout pas regarder le soleil pendant la rencontre, la jeune internationale française raconte elle ne pas avoir eu d'informations particulières. "Sur les réseaux, on voyait beaucoup de choses. Ça faisait peut-être un peu peur des fois, parce qu'on se dit que ça peut quand même faire des dommages aux yeux. Mais le soleil était bien placé, on n'a pas eu besoin d'arrêter le match", raconte celle qui dit tout de même avoir été éblouie par les reflets de l'éclipse dans les vitres qui sont posées derrière la fameuse tribune d'où tout le monde scrutait le ciel.
"J'étais quand même déçue de ne pas la voir, regrette la joueuse prometteuse de 19 ans. Mais j'étais un peu contente aussi parce que j'avais peur d'endommager mes yeux. Mais si on avait pu avoir des lunettes et se poser allongées pour regarder l'éclipse depuis la pelouse, ça aurait été bien !" Prochaine éclipse prévue en 2081, Justine Rouquet fêtera alors ses 100 ans.
