Les footballeurs sont des professionnels parfaitement entraînés, mais ils restent des êtres humains, pas des robots. Un rapport de l’organisation FIFPro, le syndicat international des joueurs, qui a analysé l’avant-dernière saison, y compris la Coupe du monde des clubs de l’été, a livré un constat alarmant. "C’est un exemple de ce qu’il ne faut pas faire avec des êtres humains. Le calendrier actuel ne tient pas compte du bien-être des joueurs et nécessite une révision immédiate ainsi qu’une évaluation régulière", pouvait-on lire dans l’analyse.
Les mois suivants lui ont donné raison. Les deux finalistes de la nouvelle compétition estivale, la Coupe du monde des clubs, ont payé le prix fort pour ces matchs et déplacements supplémentaires. Les joueurs de Chelsea et du Paris St Germain n’ont eu, après un long tournoi terminé à la mi-juillet, qu’un temps de repos totalement insuffisant. FIFPro recommande au minimum un mois de vacances et au moins autant de préparation avant que les footballeurs ne reprennent le rythme des matchs officiels.
14 semaines de repos garanties en NBA, pas en football
Mais entre la finale de la Coupe du monde des clubs et la Supercoupe d'Europe, qui oppose les vainqueurs de la Ligue des champions et de la Ligue Europa (et dans lesquelles le PSG était engagé), il ne s’est écoulé qu’un seul mois… Dans les semaines suivantes, ses joueurs sont tombés comme des mouches. Après une saison qui a duré 357 jours et avec une récupération minimale, neuf d’entre eux se sont blessés avant début novembre (!), Ousmane Démbélé et Désiré Doué à deux reprises chacun. L’entraîneur Luis Enrique s’est reproché de ne pas avoir mieux géré la situation avec son expérience.
Mais il pouvait difficilement faire autrement, le calendrier est impitoyable. Selon les données de FIFPro, par exemple, le leader sud-coréen Son Heung-min, qui a quitté l’Europe pour la MLS américaine avant cette saison, a parcouru cette année la distance ahurissante de 208 000 kilomètres, traversé 149 fuseaux horaires et passé 11,5 jours entiers dans les airs ! Et ces chiffres ne s’arrêtent qu’en mai, sans compter le tournoi en cours. Voilà une réponse simple aux critiques des médias sur le fait que Son n’a pas marqué de but officiel depuis début avril…
Le défenseur paraguayen Gustavo Gómez va disputer ce soir face à l’Allemagne son 72e match de la saison. Le pilier défensif des Palmeiras et de la sélection nationale a en plus joué la plupart de ces rencontres sans être remplacé, soit 90 minutes pleines. Luka Modrić a enchaîné 76 matchs l’an dernier. À 39 ans ! Des chiffres similaires existent aussi chez les hockeyeurs NHL ou les basketteurs NBA. Mais eux ne passent qu’un quart ou un tiers du temps sur le terrain. Et alors que les footballeurs comptent leurs vacances entre les saisons en jours, les joueurs NBA bénéficient d’au moins 14 semaines garanties de repos.
8 jours de repos en intersaison
La Coupe du monde des clubs de l’an dernier a réduit la pause de trois semaines, et cette année, avec le championnat des sélections, la situation sera similaire. Le tournoi s’est encore allongé par rapport aux éditions précédentes, avec 16 équipes et des dizaines de matchs supplémentaires. "Si vous enchaînez trois ou quatre saisons comme ça, vous allez au-devant de gros problèmes", a prévenu l’attaquant néo-zélandais de Nottingham Forest Chris Wood, qui traverse la planète pour rejoindre sa sélection. Salzbourg, par exemple, a repris l’entraînement pour la saison suivante seulement huit jours après son retour de la Coupe du monde des clubs !
Les matchs s’enchaînent à un rythme effréné. Par exemple, la star algérienne Riyad Mahrez d’Al Hilal a disputé 78,6 % de ses matchs cette saison sans récupération suffisante. C’est-à-dire avec moins de cinq jours ou 120 heures entre deux titularisations. Le défenseur sud-coréen du Bayern Kim Min-jae a même connu, lors de l’avant-dernière saison, une période de 73 jours où il jouait en moyenne tous les 3,6 jours. Cela a débouché sur une blessure au tendon d’Achille et plusieurs semaines d’arrêt…
Les jeunes joueurs sont eux aussi surchargés. FIFPro illustre ce fait avec les lauréats du prix Bravo du meilleur joueur de moins de 21 ans et leur charge de travail avant leurs 18 ans. Entre 2010 et 2016, les plus grands talents ne dépassaient pas 2 000 minutes jouées à cet âge. Depuis 2020, ce chiffre grimpe de façon linéaire. Erling Haaland en comptait 2 092 avant sa majorité, Pedri 3 811, Gavi 4 195, Jude Bellingham 6 216 et Lamine Yamal déjà 8 158. Pour ce dernier, cela représente 130 matchs en championnat, coupes et sélection. Autrefois, cela suffisait presque pour une carrière entière…
"Tôt ou tard, ils vont craquer"
"Soumettre de jeunes joueurs à une telle charge entraîne un risque énorme de blessure. Tôt ou tard, ils vont craquer. Nous entrons dans un territoire inconnu", déclarait l’an dernier Darren Burgess, expert FIFPro en charge de la gestion de la charge de travail. Il a souligné que les adolescents sont encore en développement et qu’imposer un tel fardeau à cet âge peut endommager leurs tendons et ligaments. Que s’est-il passé en avril dernier ? Yamal s’est blessé à l’ischio-jambier, lors d’un penalty, donc dans une situation relativement calme.
Il n’y a pas si longtemps, le vainqueur du Ballon d’Or d’il y a deux ans, Rodri, menaçait d’une grève des joueurs si le volume de matchs continuait d’augmenter. Une semaine plus tard, il s’est gravement blessé au ligament croisé du genou et a été écarté des terrains pendant près d’un an… Personne ne demande l’avis des joueurs. Leurs syndicats ont porté plainte auprès de la Commission européenne contre la Fédération internationale de football pour "abus de position dominante" à cause de la Coupe du monde des clubs.
En somme, il s’agit de lutter contre l’exploitation des footballeurs, qui n’ont guère le choix s’ils veulent poursuivre leur carrière. "Combien de temps allons-nous encore fermer les yeux avant que les propriétaires de clubs ne réalisent que cela nuit à leur business ?", interrogeait le secrétaire général du syndicat, Alex Phillips. Au vu de la satisfaction générale des dirigeants, sa question semble n’être que rhétorique…
La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le tournoi réunira 48 sélections et se jouera dans 16 stades modernes.
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